La Guerre d’Algérie , une guerre de cent trente-deux ans | El Watan
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La Guerre d’Algérie , une guerre de cent trente-deux ans

13 juillet 2021 à 10 h 00 min

Chacune de ces questions, traitée de manière isolée, permet, certes, d’apprendre beaucoup de choses sur le système colonial, mais donne l’impression d’être une série d’improvisations destinées à renforcer les fondements de ce système pour en assurer la pérennité. Nombre d’historiens laissent entendre que les autorités coloniales ont construit l’Algérie coloniale par une série de mesures prises sous l’inspiration du moment, sans plan préconçu, et pratiquement au hasard des individualités qui dominaient la vie politique en France ou en Algérie. C’est une perspective qui, parfois même sous le couvert de critique du système colonial par des historiens de bonne volonté et sympathiques aux malheurs du peuple algérien, aboutit à innocenter ce système dont les animateurs n’auraient fait que répondre aux circonstances, sans autre objectif que de trouver des solutions aux problèmes de la colonisation, et sans même être conscients des effets négatifs que ces solutions avaient sur la société musulmane.  Bref, suivant ces narrations, la colonisation n’aurait pas eu pour motivation première de marginaliser de manière méthodique cette population majoritaire, mais  seulement de rationaliser l’exploitation des ressources naturelles et humaines du pays, sans vraiment que ses concepteurs aient pensé que cette rationalisation réduisait à la misère, à l’ignorance et à la déchéance de la population.

Le Colonialisme : Une Guerre Multiforme et Globale Visant A Faire Disparaître le Peuple Algérien

Le colonialisme n’aurait donc pas été méchant ou exploiteur par calcul. On a même tenté de prouver qu’en fait, la colonisation de l’Algérie aurait été un investissement perdant. Si tout tournait autour de la rentabilité de l’occupation de l’Algérie, pourquoi alors les autorités françaises se sont-elles acharnées à garder l’Algérie en y mobilisant 1,4 million de soldats, ajoutant plus à leurs pertes financières ?

Ainsi, selon les historiens du «terroir», la guerre d’Algérie, ou plutôt , les «opérations» de maintien de l’ordre, aurait été provoquée par «des partisans de la violence», le 1er Novembre 1954, qui auraient mis fin unilatéralement à plus d’un siècle de paix et de progrès amené par l’occupation coloniale «bénévole», «volontaire» et «civilisatrice». Les nostalgiques du système colonial veulent faire croire qu’en fait toute «l’affaire algérienne» pourrait se réduire à un simple cas de «CBVR» ( coups et blessures volontaires et réciproques) provoqué, sans raison, par des «terroristes» qui s’en seraient pris, par «simple méchanceté» et sans provocations, à un système grâce auquel l’Algérie aurait connu une ère de paix et de sécurité sans précédent dans son histoire. Mais, hélas ! et les politiques et les faits qui caractérisent le système colonial en font un état de guerre permanent et multiforme contre les populations du pays occupé. Le système colonial est un totalitarisme, qui n’épargne rien de la société qu’il a placé sous son joug. Il n’y a aucun aspect de la vie de «l’indigène» qui soit laissé intact et intouché par l’agression coloniale. Cela va de la langue , en passant par la culture, sans compter l’accès à l’éducation, le droit à la propriété, l’exercice de la justice, la liberté de circuler, de s’exprimer, de vivre une vie digne d’être vécue, l’image même que se fait le colonisé de son individualité et de son droit à exister, etc. Cette guerre est non seulement totale, mais elle est également permanente, menée sans pitié, sous différentes formes, des plus violentes aux plus sournoises, contre la population occupée, et pendant toute la période de l’occupation. La guerre contre le peuple algérien a commencé le 25 juin 1830, au débarquement des troupes d’occupation, et s’est achevée le 5 Juillet 1962. Le 1er Novembre 1954 n’a pas provoqué cette guerre, il a seulement marqué une volonté populaire d’en finir une fois pour toutes avec l’état de guerre imposé unilatéralement par le système colonial au peuple algérien. C’était un sursaut désespéré d’un peuple condamné à mourir qui finalement a préféré jeter un défi à l’agresseur colonial en le forçant à dévoiler sa «solution finale». Du début à la fin du système colonial, l’agressé a été le peuple algérien, qui se battait sur son territoire contre un système qui lui faisait une guerre sans merci et sans relâche.

La «Bataille d’Alger», Réplique de la «Bataille de Marseille»

La «Grande Rafle d’Alger», connue sous l’euphémisme de «Bataille d’Alger», pour innocenter les crimes commis par les quelque quarante mille hommes armés mobilisés par les autorités coloniales pendant neuf mois en 1957, sous le commandement du Gauleiter français, le général Massu, constitue l’apogée de la brutalité et de la barbarie coloniale sans pitié, et en même temps un résumé condensé de la guerre menée contre le peuple algérien pendant cent trente-deux ans. Cette «bataille» n’avait rien d’un accident de parcours ou d’une réaction violente à des «actes de violence» perpétrés par des Algériennes et Algériens.

Cette  «Rafle» est un parallèle étrange à la rafle de Marseille montée par les autorités nazies, sous la conduite de Karl Olberg, contre les vieux quartiers entre le 22 et le 24 janvier 1943, et justifiée ainsi par les autorités françaises complices des nazis :

«Pour des raisons d’ordre militaire et afin de garantir la sécurité de la population, les autorités militaires allemandes ont notifié à l’administration française l’ordre de procéder immédiatement à l’évacuation du quartier Nord du Vieux-Port. Pour des motifs de sécurité intérieure, l’administration française avait, de son côté, décidé d’effectuer une vaste opération de police afin de débarrasser Marseille de certains éléments dont l’activité faisait peser de grands risques sur la population. L’administration française s’est efforcée d’éviter que puissent être confondues ces deux opérations. De très importantes forces de police ont procédé dans la ville à de multiples perquisitions. Des quartiers entiers ont été cernés et des vérifications d’identité ont été faites. Plus de 6000 individus ont été arrêtés et 40 000 identités ont été vérifiées.» Dans : Maurice Rajsfus, La Police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, 1940/44 (Le Cherche Midi éditeur, 1995 – en particulier chapter XIV, La Bataille de Marseille, pp. 209–217, https://en.wikipedia.org/wiki/Marseille_roundup)

L’Assassinat de Larbi Ben M’hidi, Symbole de La Guerre D’extermination Coloniale Contre le Peuple Algérien

Dans la «Grande Rafle d’Alger» dans laquelle, selon Teitgen, alors préfet de police de la ville, plus de 3100 Algériennes et Algériens ont disparu, victimes de la barbarie coloniale, l’assassinat de Larbi Ben M’hidi apparaît comme le symbole de cette guerre sans merci menée, sous différentes formes, contre le peuple algérien pendant cent trente-deux années consécutives.

On donnera, sans le commenter, le rapport de cet assassinat, tel que rédigé par le général Massu, le «Gauleiter», qui a commandé cette «Rafle.»

«Depuis son arrestation, Ben M’hidi était gardé dans un cantonnement du 3e  RPC à la disposition des services de police (DST) et des services de renseignements du bureau de la 10e Région militaire d’Alger. Ils avaient obtenu de lui certains renseignements et en attendaient d’autres. Il sera transféré le 3 mars 1957 à 23h à Maison Carré. Il sera supprimé avec l’accord des politiques de l’époque. Sa disparition comblera le vœu de notre ministre de la Guerre  Max Lejeune. Il estimait que Ben M’hidi avait suffisamment de sang sur les mains pour que son suicide soit souhaitable. Il me précisa : «Dites-vous bien que si l’avion de Ben Bella n’avait pas été piloté par un équipage français, il ne se serait jamais posé.» (http://algeroisementvotre.free.fr/site0301/bataille/massu007.html).

Il faut souligner la déclaration du ministre de la Guerre français de l’époque, qui se disait avoir été prêt, en violation du droit international, à abattre l’avion civil qui transportait les dirigeants algériens, lors du premier détournement d’un avion civil (22 octobre 1956), si ses pilotes n’avaient pas été Français.

En conclusion

L’histoire de la période coloniale est à revoir, et a être présentée comme elle a été vécue par le peuple algérien : une guerre sans merci contre lui ayant pour objectif de l’éliminer

Le processus de décolonisation de la part de l’ancienne puissance coloniale est loin  même d’avoir été entamé, cette dernière ayant tout simplement décidé de se laver de tous les crimes qu’elle a commis contre le peuple algérien, la dernière phase de cette opération d’auto-amnistie et d’amnésie contrôlée étant de faire reconnaître aux autorités algériennes la légitimité du colonialisme, par le biais d’une commission mémorielle conjointe

Il ne s’agit nullement de discuter de la compétence, ni de la sincérité de l’historien chargé du côté français, de la conduite de cette commission ; c’est la signification politique de cette commission qui est questionnée, alors que le gouvernement français a décidé, tout seul, d’amnistier unilatéralement, et sans consulter les autorités algériennes, tous les hauts responsables militaires français impliquées dans la guerre contre le peuple algérien, et d’aller jusqu’à baptiser des promotions militaires de leurs noms

Il faut souligner qu’il n’est pas question d’exiger quelque type de repentance ou d’excuses que ce soit, de la part de l’ancienne puissance coloniale, qui est suffisamment mûre et avancée pour savoir ce que veut dire le terme «décolonisation» et qui n’a besoin ni de remontrances, ni de réclamations de la part de l’Algérie, d’autant plus que cette puissance clame être «la patrie des droits de l’homme»

Le processus de décolonisation dans l’ancienne métropole devient d’autant plus urgent que, depuis quelque temps, les autorités de ce pays sont engagées dans une campagne anti-musulmane hystérique, sous le couvert de «lutte contre l’islamisme» et contre «le séparatisme musulman». Les autorités algériennes ne peuvent pas donner l’impression qu’elles sont disposées, du fait de la situation de grande faiblesse par lequel passe notre pays, non seulement à conforter la France officielle dans sa stratégie de légitimation de la guerre coloniale menée contre le peuple algérien, mais également à donner son aval à la politique islamophobe déclarée, dont même des les autorités et les intellectuels de pays «judéo-chrétiens» ne sont pas dupes

Il est regrettable que nombre d’historiens algériens passent plus de temps à mettre à nu les déchirements des responsables de la dernière phase de la guerre de Libération nationale au lieu de présenter, sous une perspective spécifiquement algérienne, le système colonial comme une guerre d’extermination qui a duré cent trente- deux ans, et de revisiter avec la passion et l’intensité qu’il mérite, l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, le symbole du peuple algérien martyrisé.

M. B.


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