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La Grande Mosquée d’Alger, monument à la gloire de Dieu, ou mausolée destiné à éterniser le nom de Bouteflika ?

05 octobre 2020 à 10 h 24 min

Un regard froid et objectif sur la crise sanitaire actuelle, causée par la Covid-19, montre que cette épidémie a rendu de grands services à l’humanité, en général et l’Algérie en particulier.

Doit-On Célébrer les «Grands Services» Rendus Par la Covid-19 A L’Algérie ?

Certes, elle a causé des pertes et des souffrances humaines intolérables, entre décès, longues maladies, pertes d’emplois et de revenus, etc.

Mais, de l’autre côté, il faut reconnaître que les mesures prophylactiques qui ont été prises pour contenir l’avancée de cette épidémie ont eu des effets positifs certains sur l’environnement comme sur les liens familiaux, et même les mœurs sociales, dont la plus importante est évidemment le mariage : les dépenses somptuaires jetées dans les cérémonies maritales ont été remplacées par des réunions intimes regroupant le futur couple et un nombre extrêmement restreint de témoins.

On peut, évidemment, développer autrement plus amplement qu’ici la série des services rendus par le coronavirus. Faut-il pour cela consacrer un jour officiel célébrant ce virus ? Doit-on donner à des lieux ou bâtiments publics, rues, avenues, écoles, hôpitaux, etc. le nom de ce virus ? Bref, faut-il mettre en exergue les effets positifs de ce virus, et oublier totalement les dégâts humains qu’il a créés, dans les moindres aspects de la vie des populations ? Les historiens du futur devront-ils mettre exclusivement l’accent sur les conséquences positives de ce fléau, tout en omettant ses effets négatifs, qui contrebalancent, et de loin, ses effets positifs ?

Le coronavirus cause une maladie dont les conséquences sur la santé de ceux qu’elle atteint sont loin d’avoir été inventoriées. Et donc, oublier les effets positifs de cette maladie n’a rien ni d’injuste, ni d’injustifié, car, ce qui compte, ce sont les conséquences négatives de cette épidémie, tant immédiates que futures, qui pèseront, à juste titre, sur le jugement qui sera porté sur elle.

«Les Services Rendus» N’Effacent Pas Les Immenses Dégâts Causés

Ce qui est valable pour cette catastrophe naturelle l’est aussi pour les individus. Il ne s’agit nullement là d’une analogie tirée par les cheveux, mais d’une réalité qui, d’ailleurs, constitue une règle de justice routinière.

Même en y intégrant les circonstances atténuantes, un crime est un crime, et aucun facteur positif antérieur, concomitant ou postérieur, ne peut effacer totalement ce crime et le rendre non qualifiable pénalement et, donc, absolvant le criminel de l’acte condamnable qu’il a commis.On n’a nullement besoin d’avoir usé ses culottes dans les amphithéâtres des universités et des grandes écoles, connaître tous les arcanes des systèmes politiques, être passé grand maître dans la géostratégie, avoir brûlé des tonnes de bougies à tenter de comprendre les lois de l’économie, etc. etc. pour constater les dégâts causés par vingt années de pouvoir sans partage sur le moindre des aspects de la société algérienne. Faire l’inventaire des services rendus ne rend pas la crise moins profonde et moins complexe, et n’aide pas à trouver les solutions pour sortir le pays de ce bourbier dans lequel l’a plongé un mode de gouvernance, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il était en opposition totale avec les intérêts culturels, sociétaux, économiques ou politiques du pays. L’Algérie est un vaste chantier de ruines, et dont la reconstruction, sur des bases saines, prendra beaucoup de temps. Les apparences sont trompeuses, pour ne pas dire traîtres !

Et s’il y a un domaine crucial, car c’est de lui que dépend la vie quotidienne de chaque citoyen et citoyenne, et qui détermine la part de bonheur que l’un et l’autre peut espérer dans le bas-monde, où les dégâts de cette gouvernance sont les plus importants et les plus visibles, c’est bien le domaine économique.

Une Destruction Planifiée de L’économie Algérienne

On peut affirmer, et beaucoup l’ont montré chiffres à l’appui, que l’économie algérienne est dans une situation si mauvaise qu’elle apparaît échapper à toute possibilité de remédiation ayant des effets positifs immédiats, car, qu’on le veuille ou non, les gens vivent au jour le jour, en supposant même qu’ils soient d’une prévoyance sans faiblesse, et leur horizon de bonheur est très étroit. La probabilité d’un changement positif dans leurs perspectives à court terme est quasiment nulle.

Les choses ne pourront aller que plus mal, car, tout simplement, le système de production, tout comme de répartition des revenus, a subi des distorsions qu’il est difficile d’éliminer du jour au lendemain. Les Algériennes et Algériens ont tout simplement perdu la capacité de compter sur eux-mêmes pour les choses les plus banales de leur vie.

La Grande Mosquée d’Alger : Le Symbole de La Gouvernance économique Au Cours de Ces Deux Décennies Passées

La grande Mosquée d’Alger, est, en fait, l’épitomé de la politique économique de Bouteflika, l’ex-président démissionnaire, mais encore non déchu.
Les mosquées ne constituent pas le type de construction demandant une grande expertise technique. Il s’est construit des centaines, si ce n’est des milliers de mosquées à travers le pays au cours des siècles, des plus modestes aux plus somptueuses. Il s’en construit encore, exclusivement conçues et réalisées par des experts et de la main-d’œuvre algérienne.

On aurait pensé qu’un chef d’Etat responsable et tenant pathologiquement à ce que son nom soit glorifié à travers les siècles, aurait saisi l’occasion de la réalisation de ce chantier pharaonique qu’était la réalisation de la Grande Mosquée, pour mobiliser toutes les capacités de conception nationales pouvant contribuer à cette œuvre unique dans ses dimensions, et montrer au monde que l’Algérie est un pays qui a, non un potentiel, mais des capacités réelles et autonomes pour réaliser un chef-d’œuvre architectural sans pareil. Cette réalisation aurait été une occasion unique de créer des milliers d’emplois, dans les domaines les plus complexes de la construction et des travaux publics, comme dans l’artisanat et les plus humbles des emplois de maçonnerie. Cet édifice aurait donné, par les sommes qu’il a mobilisées et les multiples secteurs qu’il aurait touchés, un effet certain d’accélération à de multiples secteurs de l’économie, et aurait contribué à changer le visage du pays, au lieu de modifier seulement le paysage de la proche banlieue algéroise.

La Grande Mosquée : Un Produit d’Importation Dans Ses Moindres Clous !

En fait, cette mosquée est un produit d’importation, dont même la valeur religieuse est sujette à caution, car celui qui a donné l’ordre de la construire n’a jamais montré au cours de sa vie publique, ou privée, une quelconque tendance à la piété, et a – faut-il le dire ? – voulu plus glorifier sa propre personne que rendre grâce à Dieu ou contribuer à renforcer la foi des citoyens.
Or, nul n’ignore que, dans notre religion, l’intention prime l’action et lui confère son sens et sa portée. L’ex-chef de l’Etat a plus pensé à son immortalisation par cet édifice qu’à sa glorification de l’islam. Peut-on qualifier la construction de cette mosquée d’acte blasphématoire ? Laissons les théologiens répondre à cette question !

En conclusion

Ce monument, loin d’ajouter à la gloire de celui qui en a décidé l’édification, constitue une preuve supplémentaire de ses motivations strictement égoïstes, et profondes, dans le mode de gestion des affaires du pays. Et, en même temps, cette mosquée est l’exemple-type de la politique économique de l’ex-président, plus destinée à servir sa gloire et son image qu’à faire avancer le pays vers le développement, qu’il soit durable, comme le veut la mode, ou qu’il ne vise, en toute modestie, qu’à l’utilisation optimale des ressources nationales pour améliorer le mode de vie de la population et le maintenir à un niveau acceptable pour tous.

C’est une humiliation supplémentaire infligée au peuple algérien, qui s’ajoute à l’humiliation déjà subie par notre peuple lors de la construction de la Grande Mosquée d’Alger que d’associer, de quelque manière que ce soit, ce monument – édifié pour la plus grande gloire d’un homme qui a plus fait contre l’Algérie que le pire de ses ennemis – à la date du 1er Novembre, double symbole de la lutte de ce peuple contre les envahisseurs étrangers, tant lors de l’agression par l’armada chrétienne, conduite par Charles Quint, et défaite le 1er Novembre 1541, et comme date choisie par les héros qui ont eu l’audace de lancer la guerre de Libération nationale ayant conduit, après des sacrifices inouïs, à sa résurrection comme Nation indépendante.

Abdelaziz Bouteflika mérite-t-il vraiment que son nom et ce monument, édifié pour sa gloire, et sans aucune considération de caractère religieux, un mausolée personnel aux desseins païens, plutôt qu’une mosquée glorifiant l’unicité divine, et symbolisant l’attachement du peuple algérien à l’islam, soient associés pour l’éternité au 1er Novembre, et à la lutte héroïque menée pendant des siècles et pour sa survie par le peuple algérien ?

Par Mourad Benachenhou


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