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La contre-révolution et le racisme de l’Etat

15 juillet 2019 à 9 h 00 min

Au moment où les voies et voix pour la liberté sont au plus fort dans l’histoire récente de l’Algérie, le pouvoir en place pousse à la surchauffe, et d’une façon dangereuse, l’engrenage du système qui actionne les soumis pour la confrontation dans son expression la plus extrême qui est le racisme et l’ethnicité, c’est la contre- révolution.

La négociation entamée depuis des mois entre le peuple et le pouvoir en place a pris une forme non conventionnelle directe et sans intermédiaires, ce sont les vendredis et mardis (pour les étudiants) du peuple avec les mercredis de El Gaïd et ses réponses tranchées hebdomadaires. Cela a accouché d’une situation clivante.

Le contraste est tellement saisissant aujourd’hui entre ceux qui crient la liberté dans la rue et les individus qui manifestent la dépendance et la soumission extérieures au pouvoir, politique civil, soit-il, ou militaire, dans les réseaux sociaux.

Ces derniers constituent des groupes hétérogènes au service du système et ils sont qualifiés de «kachiristes, lahassine randgas, mouches électroniques…» Ils sont un symptôme des tentatives du système de survivre à la révolution par la division.

Il est d’une importance capitale pour la révolution du sourire aujourd’hui de jeter un regard sérieux sur ce phénomène de la soumission avec son corollaire la domination.

Pour comprendre le phénomène et comment l’Etat gère la société, construit l’opinion publique et crée des groupes soumis au sein de la population, il faut identifier les rapports «Etat-société» qui se déclinent en moyens de persuasion (écoles, médias, mosquées, politique économique et sociale…) et moyens de persécution (justice aux ordres, police, gendarmerie, prison…).

Puis il faudra être conscient de cette dualité «liberté intérieure et soumission extérieure au pouvoir politique» qui anime l’individu soumis et ses rapports avec la société.  Le premier groupe des soumis est constitué de véritables soldats d’appoint, agents propagandistes et mercenaires politiques.

Individus à la propension forte pour la soumission extérieure au pouvoir en contre-partie de certains avantages et strapontins. Pour eux, la liberté intérieure est monnayable, ils sont sans scrupules ni idéologie, aussi capables de trahison à chaque fois que le centre du pouvoir change de camp (des Boutefs vers El Gaïd par exemple).

Ce sont les professionnels du système qui s’organisent selon des tâches allouées dans les médias (TV et réseaux sociaux, mouches électroniques), dans les partis politiques et associations, parfois s’auto-mobilisent. Ce sont les intellectuels de service sur les plateaux TV et autres médias, fossoyeurs de l’histoire pour les besoins de la propagande (zouafs, badissia…).

Ce sont aussi les travestis de la politique pour forcer la manipulation (MPA,TAJ, FLN, RND…) en mettant en scène leur soutien à l’homme fort du moment, quel qu’il soit. Soutien à Bouteflika hier, à El Gaïd aujourd’hui et à qui demain ?

Ils tentent d’occuper l’espace, d’étouffer les voix de l’opposition et de la liberté, de pousser à la démobilisation, mais la rue et les marches leur sont impossible jusqu’à maintenant. Ils sont le symptôme majeur du problème de la séparation des pouvoirs dans la Constitution actuelle qui permet au pouvoir exécutif d’avoir la main sur le pouvoir législatif et judiciaire et de se doter de ses relais.

Le deuxième groupe est constitué des égarés de la politique. Produits du système et à forte influence par les individus du premier groupe et ses organisations.

On y retrouve des instruits ou non (médecins, fonctionnaires, ingénieurs, techniciens, journalistes…) incapables d’abstraction pour atteindre le statut d’intellectuels ou d’émancipés, mais assez bien adaptés au système.

L’emprise de la matrice sur eux est telle que la censure pratiquée par le système se traduit chez eux par l’autocensure, même dans des conditions favorables à la liberté. Leurs pensées sont prisonnières de l’offre du système, l’Etat-nation est sacralisé, alors que l’Etat fédéral ou décentralisé est un péché pour eux.

L’union est confondue avec l’unicité et il n’y a pas de possibilité de s’unir dans la différence pour eux. La diversité qui peut être synonyme de richesse est division pour eux. L’école leur a refusé l’enseignement de la critique et de la science qui dérange, la mosquée leur a imposé «ta3at el waliy».

Les médias leur ont assené des slogans qu’ils répercutent tels que «el 3issaba, faragh doustouri» au lieu de créer et crier les leurs. La vie sociale les a pressés, soumis à l’insécurité pour être terrorisés et inhibés, ils se sont résignés à chercher toujours la protection chez un patriarche.

On leur a fait détester la politique pour qu’on leur fasse de la politique. Mais paradoxalement, leur besoin de liberté intérieure n’est pas systématiquement éteint et la possibilité qu’ils soient libérés existe toujours, ce sont les potentiels «mounbatihines» libérables.

Un autre groupe est constitué de racistes ignorants, car le racisme est devenu une pensée assumée en Algérie.

Longtemps véhiculée et promue par le système, et à défaut d’arguments biologiques (race blanche et noire…), la pensée raciste s’est construite d’abord sur les bases de l’arabo-baathisme pendant la crise identitaire durant le mouvement national avec le rapprochement entre Messali El Hadj et Chakib Arslan.

Elle a été institutionnalisée lors de la première Constitution post-indépendance sous la bannière du socialisme arabe et du nationalisme panarabe, voulant effacer la dimension amazighe de la société algérienne.

Puis, la pensée raciste a connu une autre étape avec l’utilisation de la religion (filiation au Prophète) et la sacralisation de la langue arabe lors de la politique de l’arabisation conduite dans les années 1970.

C’est une véritable tentative de hiérarchisation des groupes de la société et elle a comme objectif final la domination. Elle est adoptée par certains groupes d’individus simples d’esprit mais disciplinés et mobilisables.

Ils sont intolérants car ignorants, l’intolérance est l’effet de l’ignorance, alors que la puissance de l’âme est donnée par la connaissance qui nous amène à supporter la diversité, donc à devenir tolérants, selon Spinoza.

Les attaques dont est victime la Kabylie ces derniers temps par ces groupes vise à isoler et contenir certaines idées non conventionnelles et alternatives au système actuel (changement de système pas juste d’individus, deuxième République…) portées essentiellement par des leaders issus de cette région et ainsi affaiblir la révolution et retourner à la normalisation soumission le plus tôt possible.

Le dernier groupe des soumis est constitué des individus les plus indignes appelés «lehassines randjas». La liberté est amère pour eux, nés pour être soumis, ils n’hésitent pas à exhiber et mettre en scène leur soumission.

Leur importance politique est insignifiante. Pour conclure, la responsabilité du pouvoir en place, comme cela a été pour Ben Bella, Boumediène et Bouteflika est engagée quant aux risques de dérives graves que peut provoquer cet aspect de sa politique de domination.

Car la division et le racisme quel que soit leurs modes d’expression, constituent toujours une violence qui peut appeler à la violence.

Il est question de l’intérêt et du devenir du pays, le pouvoir en place doit comprendre que le «Système dégage», crié dans la rue, n’est pas une posture sans issue, il est accompagné par une véritable transition des valeurs et un nouveau projet et espoir par et pour le peuple.

Le «khawa-khawa» du vendredi est un appel à l’union dans la différence. «el blad-bladna-ou-ndirou rayna» est un appel à rendre le pouvoir à la voix du peuple par l’urne préservée.

Le «klitou lebled, ya serrakine» est un appel à une justice dans un Etat de droit. «L’emblème amazigh» brandi est un appel à se réconcilier avec son identité.

«La femme-dans-la-révolution» est un rappel pour la reconsidérer dans la société. Le «yetnehaw ga3» est une volonté pour le changement et le progrès avec le regard tourné vers le futur et mené par la nouvelle génération.

Le «dawla madania machi 3askaria» est la volonté de construire un Etat fort, moderne, stable et viable. Le «silmya-silmya» est le rejet de la violence comme moyen de changement, et par voie de conséquence comme moyen de domination.


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