toggle menu
mardi, 19 février, 2019
  • thumbnail of elwatan09072018

Italie-France : La crise des extrêmes

12 février 2019 à 10 h 30 min

Depuis quelques jours, la France et l’Italie sont entrées dans la pire crise diplomatique qu’ont connue les deux pays depuis la Deuxième guerre mondiale. Aux attaques rageuses des leaders de la droite extrême italienne, aujourd’hui au pouvoir dans la Botte, notamment les deux vice-présidents du Conseil italien (le gouvernement), Luigi Di Maio et Matteo Salvini, se sont vu répondre des propos peu amènes du gouvernement français à travers, notamment, ses porte-parole.

La crise a atteint son paroxysme en cette fin de semaine avec le rappel, inédit en Europe depuis des dizaines d’années, de l’ambassadeur de France à Rome ! Un acte d’une incroyable «violence» diplomatique dans le contexte européen qui n’aura jamais connu cela depuis le traité qui avait scellé l’Union des pays européens signé à…

Rome le 25 mars 1957 ! Horrifiés, les Européens on découvert depuis deux jours que deux pays, voisins et alliés séculaires, se sont brouillés d’une manière inédite dans l’Europe du XXIe siècle, au point de rendre l’Exécutif européen à Bruxelles totalement aphone, incapable de comprendre le pourquoi du comment de cette crise et incapable, surtout, d’y répondre de manière assez convenable pour ne pas froisser les uns par rapport aux autres. La brouille entre ces deux pays, membres fondateurs historiques de l’Union européenne et poids lourds économiques de la plus puissante entité géo-économique au monde, laissent les Européens carrément pantois.

Mais, au-delà du cercle européocentriste, ce qui frappe le plus un étranger lambda – au hasard, un Algérien par exemple – dans les échanges aigre-doux entre les deux voisins transalpins, c’est la réaction outrée, surprise, courroucée des pouvoirs publics français. Avec le rappel de leur ambassadeur, les officiels français, gouvernement et (une partie) de l’opposition comprise – rejoints depuis par une partie de la presse française – ont hurlé au loup depuis que les deux vice-présidents du Conseil italien ont publiquement encouragé le mouvement des «gilets jaunes» en France mais, comble de la discourtoisie diplomatique, se sont même affichés avec eux en photo !

Depuis quelques jours donc, la France officielle et (en partie) médiatique, a utilisé des mots qui résonnent d’une manière particulière à nos chastes oreilles politiques algériennes : «ingérence», «parti pris», «tentative de déstabilisation», «interventionnisme». Rien que ça ! A entendre certains commentaires français sur les chaînes de radio et de télévision, la notion de la «main étrangère» n’est plus loin pour expliquer les déboires de la politique macronienne en hexagone !

Y a-t-il un seul Algérien qui aurait pu croire que la France de 2019 pouvait utiliser une dialectique stalinienne, devenue la panacée de toutes les dictatures du monde depuis 70 ans ? Y a-t-il un parmi nous qui peut croire que la France, chantre de la démocratie, de l’ouverture au monde, donneuse de leçons aux trois-quarts de l’humanité sur la liberté d’expression, la liberté de penser et, surtout, la liberté d’opinion, puisse se recroqueviller sur des éléments de langage propres au FLN et aux gouvernants algériens depuis 1962 ? C’est juste incroyable ! Entendre des commentateurs français de qualité, des intellectuels et des journalistes «sommer» l’Italie de «s’occuper de ses affaires et de laisser les Français résoudre leurs problèmes seuls» est tout bonnement ahurissant !

Un discours d’Ould Abbès ou de Saadani devant la kasma de Oued Rhiou au lendemain d’un article du Monde ou de Libé stigmatisant la mise en prison d’un militant algérien ou d’un journaliste n’aurait pas été plus cinglant !

En parlant de kasma, il y a le souvenir impérissable de cette Assemblée communale FLN du pays profond qui, un jour, en 1970, avait «commis» un communiqué exigeant le départ immédiat des troupes américaines du Vietnam ! On n’en est pas loin en France où un député de la France profonde a demandé «la reconsidération des relations diplomatiques franco-italiennes». Un autre a même annoncé travailler sur un projet de résolution pour la fermeture «temporaire» des frontières entre les deux pays ! Un «appel» qui sonne fort pour nous maghrébins, orphelins d’une frontière depuis plus de 23 ans…

Les cris d’orfraie outragés de la classe politique dirigeante française, relayés par une partie de la presse et de l’intelligentsia, sont un sacré désaveu pour les intellectuels et militants démocrates algériens devant le «modèle démocratique français». Il en prend un coup, en tout cas. Répondre aux élucubrations et inepties d’un gouvernement italien en mal de populisme par une réaction «à l’algérienne» est stupéfiant. Les masques tombent ! Moralité : le nationalisme chatouilleux, populiste, disproportionné et biaisé n’est pas l’apanage des seules dictatures de ce côté-ci de la Méditerranée. Et les donneurs de leçons gaulois du savoir-vivre démocratique ont, a priori, pas mal de coups de balai à donner devant leurs portes…

La prochaine fois que les relais du pouvoir algérien crieront à l’ingérence, à la 5e colonne et à la main étrangère pour dénoncer l’ingérence de la France, ou de l’Europe – via un article de presse ou une déclaration d’un politique – quand un journaliste algérien se fera embastiller ou qu’une manifestation soit interdite ou malmenée par les forces de l’ordre, on repensera, tous, aux «gilets jaunes» français et au «match» France-Italie sans… Zidane.

Lire aussi

Loading...

Related Post

S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!