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mercredi, 20 mars, 2019
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Mourad Preure. Expert pétrolier international

Il faut préserver le secteur des hydrocarbures de toute perturbation

15 mars 2019 à 10 h 00 min

Je vois des appels à la grève dans le secteur des hydrocarbures. Je ne doute pas de la sincérité de nombre de ces appels. Mon devoir en tant qu’expert est de vous expliquer comment fonctionne le système pétro-gazier algérien. D’abord, vous dire toute la complexité de ce système qui est composé de chaînes intégrées verticalement depuis le puits jusqu’à l’aval de la chaîne. Je m’explique :

#1 La chaîne pétrolière comprend les gisements de Hassi Messaoud, Berkine, les gisements du Sud-Est, notamment. Ces gisements sont tous reliés par oléoduc au centre de stockage et de Haoud El Hamra près de Hassi Messaoud. Depuis Haoud El Hamra des oléoducs vont à l’ouest vers Arzew où ils alimentent la raffinerie ainsi que les postes de chargement maritimes. Il y a une capacité de stockage à Arzew autant dans le centre de stockage de Sonatrach que dans la raffinerie.

Même chose à Skikda reliée par oléoduc à Haoud El Hamra. Il y a aussi un oléoduc centre Haoud El Hamra – Beni Mansour qui se prolonge vers la raffinerie de Sidi Arcine (qui a des capacités de stockage limitées) et, dans un deuxième tronçon, vers les postes de chargement maritimes de Béjaïa.

S’il y a grève à un point de la chaîne, les flux sont interrompus. En cas de saturation des capacités de stockage de ce fait, il faut réduire le flux et donc revenir jusqu’aux gisements pour ajuster l’équilibre des flux. En cas d’impossibilité de réguler cette interruption, on va mettre à l’arrêt des capacités de raffinage, mais plus grave encore, des puits producteurs.

L’arrêt intempestif des équipements va provoquer leur altération et des dommages dans de nombreux cas. La remise en fonctionnement aux capacités design de la chaîne pétrolière peut prendre des semaines, voire plus, cela s’il n’y a pas de dommages structurels dans les équipements. L’arrêt des opérations de réinjection peut provoquer des dommages irréversibles.

Gaz

#2 La chaîne gazière est tout aussi intégrée, alors que les capacités de stockage de régulation de flux n’existent pas. A l’exception des complexes de liquéfaction de gaz qui disposent de capacités limitées de stockage de gaz naturel liquéfié, les gisements gaziers d’In Salah, de Hassi Rmel d’Alrar et de Rhourde Nouss, d’In Amenas au Sud-Est sont tous reliés au Centre National de Dispatshing du Gaz (CNDG) situé à Hassi R’mel.

Depuis le CNDG, les gazoducs partent vers les usines de liquéfaction de gaz (GNL) d’Arzew et Skikda, vers le marché intérieur, y compris les centrales électriques et vers les gazoducs transcontinentaux qui vont vers l’Italie via la Tunisie, vers l’Espagne et le Portugal via le Maroc et vers l’Espagne en ligne directe depuis Beni Saf. Le gaz n’étant pas stockable, cette chaîne gazière fonctionne en flux tendus, sans aucune possibilité de régulation des flux depuis les puits, depuis les gisements jusqu’à l’aval. Ces flux, sans flexibilité, sont calés sur les engagements contractuels vis-à-vis des marchés consommateurs. Pour les usines de liquéfaction du gaz d’Arzew et de Skikda, il faut prendre en considération des éléments techniques importants.

L’usine de liquéfaction reçoit du gaz par gazoduc et le liquéfie, puis le livre par bateau méthanier aux clients étrangers. Elle dispose de capacités de stockage de GNL limitées pour réguler le flux, considérant les engagements contractuels mais aussi les conditions climatiques qui peuvent occasionner la consignation des ports et arrêter le chargement des méthaniers. Là, il faut savoir que pour liquéfier le gaz et réduire son volume de 600 fois, on le refroidit à -162 degrés.

Si les usines de GNL voient leur approvisionnement en gaz perturbé, soit les bacs de stockage à -162 degrés se vident, se réchauffent et risques des dommages, soit sont dans l’obligation d’arrêter l’un de leurs six trains de liquéfaction avec pour conséquence une hausse brutale de température des équipements (qui fonctionnent à -162 degrés, rappelons-le) avec des risques graves de détérioration.

Leur remise en fonctionnement prendra du temps dans tous les cas. Au niveau des gisements, la conséquence peut être très grave avec l’arrêt de la réinjection et l’altération grave du gisement. Rappelons que nos gisements gaziers sont convalescents du fait de la réduction de la réinjection une décennie durant et ont besoin de soins particuliers. Toute perturbation peut être excessivement dangereuse.

Rajoutons enfin, que du fait des caractéristiques du gaz, des difficultés de son stockage, la confiance est essentielle dans les relations commerciales. Les clients européens, électriciens ou industriels ne peuvent accepter une rupture d’approvisionnement. Durant la décennie noire, notre pays a réussi le défi de ne pas infliger une rupture d’approvisionnements à ses clients gaziers. Ce qui a renforcé l’image de notre pays et rassuré nos clients.

Aujourd’hui, le marché gazier européen est attaqué par de nouveaux entrants très agressifs qui convoitent les parts de marché de notre pays. Et déjà, la position de notre pays est fragilisée par la baisse de ses exportations gazières. Voilà, chers amis, j’ai essayé de vous éclairer en vous donnant tous les éléments pour vous faire votre opinion. Ma conclusion est donc la suivante : une grève dans l’industrie pétrolière et gazière nationale est excessivement dangereuse. Elle est à éviter absolument.

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