Hadni Saïd : Parcours d’un combattant | El Watan
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Hadni Saïd : Parcours d’un combattant

04 février 2020 à 9 h 01 min

L’histoire de notre pays a été fertilisée depuis des millénaires par le sang des meilleurs de ses enfants. Parmi les plus valeureux, tombés au champ d’honneur, Hadni Saïd connu sous le nom de «Si L’Hakim». A l’occasion de la commémoration du 63e anniversaire de sa disparition, cette contribution se veut un hommage, une évocation et une lecture de son parcours, qui permettra de retracer son cheminement, son affiliation politique et son attachement à l’Algérie.

Si l’Hakim est un militant au long parcours qui traverse le mouvement national, du Parti du peuple algérien (PPA) au Front de libération nationale (FLN). La noble et juste cause de mourir pour la patrie était présente dans son esprit, son cœur et son action. Son destin lui confère l’auréole de martyr. Il est un magnifique exemple, le symbole du sacrifice suprême et final pour cette terre qu’il a tant aimée et chérie, un révolutionnaire, un meneur d’hommes, un homme de décision et d’action.

Dans les nombreuses responsabilités qu’il exerça, il a mis ses qualités et son don particulier de l’organisation au service de son pays et de sa famille politique, le PPA /MTLD/FLN. Il l’a fait avec fermeté, en adoptant des positions tranchées. Eminent patriote, son action, son engagement militant témoignent de l’humanisme et de l’universalité de la condition de l’homme pour lesquelles il a combattu tout au long de sa brève existence. Telles étaient ses convictions et les idéaux à partir desquels il a forgé son éthique de l’engagement et a consacré sa vie pour la libération du peuple algérien de l’asservissement colonial. Officier de guerre inspiré et fin stratège politique, Saïd Namar Arezki était une figure fascinante de la zone 3 de la Wilaya III. Militant de la première heure contre le colonialisme français, engagé bien avant le déclenchement de la révolution armée, ayant pour seul idéal l’indépendance de l’Algérie.

Il fut un homme de foi et de conviction, fidèle aux principes énoncés au Congrès de la Soummam auquel il a participé activement. Il se donna pour mission de ne jamais renoncer à libérer le pays aux côtés des millions d’Algériennes et d’Algériens, liberté si chèrement acquise mais qu’il ne verra jamais !

Hadni Saïd est né en 1917 dans le village Boudjellil (Irdjen), situé dans la tribu des Ath Irathen, dans une famille traditionnelle et paysanne, composée de cinq frères et deux sœurs, dont il fut l’aîné. Une lourde responsabilité pour l’époque. Le jeune homme grandit dans l’entre-deux Guerres mondiales ; une période qui a vu l’éclosion des partis nationalistes, l’Etoile nord-africaine (ENA) puis son prolongement naturel, à savoir le Parti du peuple algérien (PPA).

Il perdit sa mère alors qu’il n’avait que quinze ans. Très jeune, il montrait très vite son aptitude à la rébellion. Il fut renvoyé de l’école après l’obtention du certificat d’études qu’il avait réussi brillamment, goûtant ainsi à l’injustice coloniale, et c’était devant cette situation qu’il se révoltait. Son enfance, l’environnement politique dans lequel il avait évolué le définissait et le formait. Il restera très attaché à son village et à sa région malgré son départ pour Alger à la fin des années 30’, où il fut pour un temps employé à l’hôpital d’El Kettar à Bab El Oued, avant d’intégrer l’équipe rédactionnelle du journal Alger républicain. Il s’éveillait à la cause indépendantiste dans le giron nationaliste actif dans le milieu professionnel.

Il a adhéré au Parti du peuple algérie (PPA) dès sa création en 1937 et s’était structuré dans la cellule d’Hussein Dey. Il s’acquittait de ses obligations militantes avec sérieux, intelligence et talent. Il s’était marié en 1941 et deviendra père de 4 enfants. Il lui sera de plus en plus difficile de concilier la vie professionnelle et l’engagement politique. Il quittait ainsi son travail et rejoint sa région natale où il s’est consacré exclusivement et inlassablement à l’action militante et patriote. Sur les traces de ses aînés dans l’Etoile nord-africaine (ENA), à l’instar de Moussaoui Rabah, Si Djilani
Mohand Saïd et Radjef Belkacem, il s’est investi avec d’autres militants dans les campagnes de sensibilisation et d’adhésion en Haute Kabylie.

Le 1er mai 1945, le PPA organisait des défilés pour réclamer la libération de Messali. De nombreux dirigeants connus du Parti du peuple algérien furent arrêtés.

La direction du parti donna l’ordre d’insurrection générale pour la nuit du 23 et 24 mai 1945. Mais devant l’ampleur de la répression, un contre-ordre fut donné pour éviter le massacre des populations. Il ne touchera pas toutes les régions. Dans le département de la Haute Kabylie, les indépendantistes ont poursuivi la résistance. Si l’Hakim fut courageux, rigoureux et discipliné, il avait le sens du devoir et de l’amour de la patrie qu’il assuma avec conscience et détermination ; aux côtés d’autres militants, ils passèrent à l’offensive. Plusieurs opérations de sabotage et de saccage étaient enregistrées dans le département de Fort National.

Ils ciblèrent essentiellement les écoles et les cafés que fréquentaient les militaires français. L’invétéré Hadni Saïd, dans le feu de l’action, fut pris dans les flammes d’un immense brasier, ce qui lui occasionna de profondes brûlures et d’importantes lésions. Contraint à la convalescence, il se réfugia chez les militants de sa famille politique jusqu’à totale guérison.Les insurrections de mai 1945 ont eu pour effet de faire prendre conscience aux responsables du PPA de la nécessité de porter la revendication de l’indépendance par d’autres voies. Il faut désormais à travers l’action clandestine projeter une lutte armée.

En février 1947, au congrès du parti, les nationalistes du PPA/MTLD adoptèrent une nouvelle stratégie, celle de l’action militaire avec l’Organisation spéciale (OS). Hadni Saïd fut membre actif dès sa création. Aux côtés de Fernane Hanafi et Ali Ferhat dit Ou-Mahmoud, ils entreprirent une campagne de recrutement de militants au sein de l’organisation. Mars 1947, il participa activement aux préparatifs de la visite historique de Messali Hadj à Aïn El Hammam aux côtés de Messaoud Oulamara et Amar cheikh.

De 1947 à 1948, sur instruction de la direction du MTLD, les responsables de l’organisation paramilitaire l’OS chargèrent ses membres d’une mission dangereuse, celle de s’opposer aux trucages électoraux afin de déjouer la gigantesque opération de bourrage des urnes aux élections municipales et nationales.

Si l’Hakim s’est investi dans cette nouvelle tâche avec courage et détermination. Dans son département, il a fait face aux simulacres électoraux avec force, conviction et lucidité. Il entravait le bon déroulement, sabordait les bureaux de vote et brûlait les urnes. Il fut arrêté par la police et fut condamné à deux reprises, successivement à 8 jours et à 8 mois de prison ferme. Tout au long de son incarcération, il fut soumis à un régime de détention inhumain.

La prison fut pour lui une véritable école de patriotisme, il en ressortait expérimenté, aguerri et décidé à l’action armée, il devint désormais l’avant-garde du nationalisme algérien.

Il consacra tout son temps à l’action politique et à l’organisation paramilitaire pendant que l’évolution interne du MTLD entrait dans sa phase d’éclatement. Fin 1948, Messali Hadj adressa un mémorandum à l’ONU dans lequel il fixait le cadre identitaire de l’Algérie.

Ce qui engendra une crise profonde et mena le parti à une impasse historique, la crise berbériste. L’existence de l’Organisation spéciale (OS) fut éventée et celle-ci démantelée. Une véritable chasse à l’homme fut menée contre ses éléments. Ceux qui en réchappaient, ou qui se sont évadés des geôles coloniales se refugièrent dans les maquis ou s’exilèrent, sous des noms d’emprunt. Hadni Saïd fut activement recherché par les autorités coloniales. Il fut contraint à la clandestinité, au pays pour un temps, avant de prendre le chemin de l’exil pour se réfugier à Besançon, en France.

Entre 1950 et 1954, il faisait des entrées sporadiques et clandestines en Algérie.

Ne pouvant rester sourd à l’appel du 1er Novembre, il regagna définitivement le pays en janvier 1955. Son passé de militant actif de l’organisation de l’OS qu’il intègre dès sa création en 1947 lui a facilité son incorporation au sein du FLN/ALN.

Dès les premiers jours de son intégration, il fut désigné responsable de la région de Larbaâ Nath Irathen par Krim Belkacem et Mohammedi Saïd. Il fut chargé du recrutement et de la collette de fonds auprès de la population locale. Pour Si l’Hakim, la Révolution devait être portée par le peuple, dans le giron populaire, d’où elle repartira plus forte et plus motivée. Il fallait donc lui donner une assise populaire. Fédérateur, doté d’une forte personnalité, il se consacra exclusivement aux tâches et aux missions qui lui sont assignées.

Il mena avec succès le travail de sensibilisation et de conscientisation dont il a été chargé pour réaliser les objectifs de la Révolution et l’impérieuse nécessité de l’adhésion populaire. En un temps court, il recruta et enrôla plusieurs militants dans les rangs de l’ALN et collecta des fonds importants auprès de la population. Il s’impliqua dans les préparatifs du Congrès de la Soummam. Il achemina la literie et les couvertures nécessaires pour les congressistes, ainsi que les fonds réunis.

Homme de confiance, il fut chargé par Si Nacer d’escorter Abane Ramdane à Ifri, lieu de la tenue de cet événement historique. Dès son retour, comme le préconisent Krim Belkacem et Mohammedi Saïd, il mena dans le département de Fort National plusieurs actions de diversion, des harcèlements et des embuscades pour éparpiller, affaiblir les forces de l’armée française et la tenir dans l’ignorance totale du déroulement de cette rencontre nationale. L’embuscade d’Azouza fut la plus retentissante. Elle mit hors d’état de nuire dix-sept militaires français, dont un capitaine.

A l’issue du Congrès de la Soummam, Si l’Hakim fut nommé au grade d’officier : lieutenant et commissaire politique. Il seconda le capitaine Abderrahmane Mira dans la zone 3 et siège dans le conseil. Cette zone fut délimitée géographiquement par les daïras de Dra-Bekhedda, Tizi Ouzou, Makouda, Ouagnoun, Tigzirt, Azzefoun, Azazga, Bouzeguene, Mekla, Tizi Rached, Larbaâ Nath Irathen, Michelet, Ifarhounene jusqu’aux portes de Bouira. Le PC fut installé en région 1.

Hadni Saïd fut également à la tête de cette région eu égard à son rôle central dans le fonctionnement de la zone 3. Avec sa double casquette de responsable politico-militaire, il traduisait sur le terrain sans répi les résolutions de la Plate-forme de la Soummam. Tour à tour, il mit sur pied un service sanitaire en désignant aux commandes l’aspirant Iratni Mohamed ; un tribunal civil à Isahnoun ; une justice parallèle à celle des tribunaux français qui résout les litiges entre familles ; mit en place les chefs de régions et enfin, dans toute la circonscription de la zone 3, il organisa avec succès une tournée de sensibilisation et de vulgarisation des résolutions d’Ifri.

A partir de 1956, la zone 3 se distinguera par son organisation et son immense activité politico-militaire. Elle intensifia les attaques, multiplia les embuscades contre l’ennemi et abrita des réunions politiques de premier rang. En novembre 1956, l’état-major de la Wilaya III tient dans le village d’Aït Hague à Larbaa Nath Irathen sa première réunion d’évaluation après la rencontre d’Ifri. Trois jours durant, du 5 au 7 novembre, en présence de Krim, Si Nacer, Yazourene, Mira, Si l’Hakim, Mohand Oulhadj, Kaci Hemaï, Zaïdat Ahmed et autres, le conclave s’étale sur le développement et l’organisation politico-militaire de la Wilaya. Avant la fin du conclave, le village est encerclé par l’armée française. Alertés par les moudjahidine, les participants réussissent à se replier sains et saufs, mais des pertes humaines sont enregistrées dans les rangs de l’ALN, cinq morts au total, dont deux aspirants, à savoir Hamoudi Ahmed et Habes Ferhat.

L’étau de l’armée française se resserra autour de la zone 3. Entre décembre 1956 et janvier 1957, elle connaît des défections et des redditions.

Des membres de l’ALN se rallièrent armes et bagages à l’armée française. Les renseignements fournis à l’ennemi sur l’organisation politico-militaire et ses relais lui assénèrent des coups terribles. Plusieurs pertes dans les rangs de l’ALN tombés dans des embuscades que menait l’armée française. Pour les autorités coloniales, le lieutenant Si l’Hakim est une cible prioritaire, un leader et un officier à abattre. Une vaste opération de recherche est menée contre lui.

Muni de son mitrailleur Sten, il est en permanence sous escorte ; craignant d’être repéré, il ne passa jamais plus de deux nuits consécutives dans le même endroit. Ne pouvant l’atteindre en personne, l’armée française abat de terribles représailles sur sa famille. Elle opérait plusieurs incursions dans le domicile familial et y commet des actes de pillage et de vandalisme. Cette répression engendre une vision idéaliste de lui, de son action et de son combat ! A Alger, Robert Lacoste utilisa les pouvoirs spéciaux adoptés à l’Assemblée nationale et ordonna à Massu la pacification de la zone autonome et le démantèlement de l’organisation du FLN. Le général proclame la loi martiale, s’ensuit une terrible et féroce répression, forçant les dirigeants de la Révolution à quitter Alger.

Fin janvier, Si Nacer confia à Si l’Hakim la responsabilité de préparer une importante réunion de l’état-major de la wilaya III à laquelle devaient prendre part Krim Belkacem et Benyoucef Benkhedda ; à l’ordre du jour de la réunion, le départ des instances dirigeantes de la Révolution à l’extérieur. Le 2 février 1957, Si l’Hakim, en conclave à Arous entre Fort National et Mekla, en compagnie du capitaine Abderrahmane Mira et un nombre important de moudjahidine, peaufina le plan sécuritaire et logistique de cette réunion.

Fort des renseignements qu’elle a recueillis, très tôt le matin l’armée française lança une grande opération de ratissage dirigée par le chef de secteur militaire de Fort National, le colonel Dalstain. Sous son commandement, deux bataillons formés d’éléments de plusieurs unités, notamment de la 17e Brigade des chasseurs alpins (BCA) des dragons, des Sénégalais et des zouaves, venus des casernes de Michelet, Larbaâ Nath Irathen, Mekla et Tizi Ouzou, encerclèrent toute la région. Si l’Hakim et Mira ordonnaient à leurs hommes de se disperser. Mira et son groupe se replient sains et saufs.

Quant à Si l’Hakim et les siens, ils sont pris dans un accrochage avec l’ennemi. Ils résistèrent vaillamment, occasionnant à l’armée française des pertes humaines avant de mourir les armes à la main. Le lendemain, des soldats de l’armée française reviennent sur les lieux pour exhumer le corps de Si l’Hakim pour le prendre en photo. Dans toute la région, elle annonce triomphalement l’élimination du redoutable officier et combattant, Saïd Namar Arezki.

Toute la semaine durant, elle s’adonna à une guerre psychologique pour baisser le moral des troupes dans les rangs des moudjahidine et de leurs relais civils. L’état-major de la Wilaya III avait riposté par le maintien de cette réunion en zone 3. Elle eut lieu le 30 mars en région 1, à Mekla pendant laquelle on annonce officiellement le départ du CCE et du CNRA à l’extérieur. A l’issue de cette réunion, Krim Belkacem et Benyoucef Benkhedda se dirigèrent vers la Tunisie.

Hadni Saïd, sous le nom Si l’Hakim, est mort au champ d’honneur à l’âge de 40 ans. Une vie brève, mais fulgurante.Ce fut un militant de conviction qui a choisi sa filiation politique et historique. Il a mis toute sa force, sa compétence et son intelligence pour la libération du pays du joug colonial. Il restera dans notre histoire comme une grande figure de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie !

Nous nous inclinons devant la mémoire de cet immense nationaliste, d’une intégrité légendaire, dont les qualités morales de patriotisme et de probité sont sans faille. Son combat est plus actuel que jamais : la liberté et l’émancipation pour lesquelles il s’est battu demeurent les objectifs de millions de femmes et d’hommes à travers le monde. 

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