Faire entendre la voix des travailleurs et de la jeunesse | El Watan
toggle menu
dimanche, 26 septembre, 2021
  • thumbnail of elwatan10072021






Chawki Salhi. Militant socialiste

Faire entendre la voix des travailleurs et de la jeunesse

15 mars 2019 à 10 h 00 min

Le formidable déferlement populaire dans les rues de nos villes ouvre une nouvelle séquence. Tout est possible, le meilleur comme le pire. Cette irruption, massive et festive, de tous les secteurs de la société, derrière une jeunesse enthousiaste, met fin au renoncement au changement hérité du traumatisme des années 90.

Le couronnement de vingt années de luttes incessantes

La sentence des élites médiatiques est unanime : après vingt ans de passivité indigne, les Algériens auraient vaincu leur peur. Il s’agit, pour ces élites, de justifier leur mépris des classes populaires, qualifiées de «tubes digestifs» parce qu’elles avaient ignoré, en 2011, les appels à rejoindre le printemps arabe de l’OTAN. Pourtant, cette gigantesque mobilisation n’est que le couronnement de vingt années de bouillonnement.

En 2001, le mouvement populaire de Kabylie a affronté, sans peur, les tirs meurtriers de la gendarmerie qui ont fauché 127 jeunes dans la fleur de l’âge. Dans 42 wilayas d’autres jeunes, révoltés par l’arbitraire et la misère, ont affronté la police. En 2001 et 2003, les grèves massives de l’UGTA, pas encore totalement soumise à l’époque, ont bloqué la loi de dénationalisation des hydrocarbures de Chakib Khelil et la privatisation totale de Temmar. En 2011, c’est un tsunami social avec des milliers de grèves. Les étudiants, enseignants, médecins, cheminots,  les quartiers et les villages en lutte continuent de rythmer l’actualité.

La force de frappe des marches, ce sont les supporters sportifs qui, depuis les années 80, n’ont pas cessé d’inventer des slogans contre la mal-vie et contre la hogra, chantant la Libye de Khaddafi agressée par l’OTAN, à contre-courant des élites, dénonçant, à Aïn Mlila, la collusion entre Trump et les monarchies du Golfe, sans parler des stades kabyles pour tamazight et pour la démocratie.

Le souvenir du GIA n’empêche plus la demande de changement

Ce qui est inattendu, c’est l’ampleur du mouvement, son unanimité. Ce qui est nouveau, c’est que sous l’impulsion d’une jeunesse qui n’a pas vécu les années 90, on ne refuse plus le changement politique.

Malgré la détestation grandissante du régime Bouteflika, malgré la haine populaire à l’égard de cette bourgeoisie arrogante qui s’enrichit pendant que la majorité se paupérise, la demande de changement politique avait été longtemps bridée par la crainte de reconvoquer le cauchemar qui avait suivi l’ouverture démocratique de 1989, une douleur revivifiée par les drames des «printemps arabes».

Aujourd’hui, on ne craint plus le changement. Mais tout n’est pas oublié. le discrédit des partis, celui de la démocratie, persiste encore. La peur d’un dérapage persiste. C’est aussi pour cette raison que le mot d’ordre guerrier contre le cinquième mandat de Bouteflika, défiant les corps de répression est entrecoupé du rappel que la marche est pacifique. On veut éviter la Syrie.

La force du mouvement vient de la force du ressentiment social

Au premier regard, la levée en masse de la jeunesse est causée par le cinquième mandat. le 8 mars, la foule crie au départ de toute la bande,  tout le personnel dirigeant du règne de Bouteflika. Mais quand on écoute plus longtemps, les jeunes parleront de chômage, de conditions de vie, de l’absence d’espoir. le 5e mandat a été le déclencheur du mouvement, mais sa force vient de la force du ressentiment social.

Malgré la présence, dès le 1er mars, des notables libéraux et de certain oligarque de l’opposition, malgré les élites, le mouvement étendra inexorablement sa demande de changement à l’ensemble du système politique et social en place. Bien sûr, son expression politique doit s’enrichir pour permettre l’élaboration d’un projet politique à la mesure de sa radicalité et de sa profondeur sociale.

Notre rôle dans la période qui vient consiste à aider à l’émergence de cette dimension sociale dans les revendications, dans les exigences de changement mais aussi aider les secteurs dynamiques à prendre conscience de leur identité sociale. Nous avons vécu, il y a trente ans, une révolte des démunis qui s’est égarée dans un parti populiste réactionnaire, aujourd’hui, des forces libérales au programme antisocial agressif se posent en alternative pour conduire la jeunesse révoltée.

Abolir l’ordre social injuste !

Face aux millions de marcheurs qui réclament son départ, Bouteflika décide de prolonger son mandat. C’est un coup d’état. Il espère l’essoufflement du mouvement, il espère donner le temps de se redéployer à ses alliés. Mais les manœuvres ne sont pas finies. D’autant qu’il n’y a pas une différence de nature entre les hommes du camp Bouteflika et leurs partenaires de l’opposition.

Toute la mouvance qui s’agitait hier autour du général Ghediri se redéploie vers la conduite d’un gouvernement prétendument neutre pour la transition. Sauf que ces personnalités ne sont pas neutres, elles sont du côté de l’ordre impérialiste, du côté de l’ordre social, injuste et quand ces partisans du capitalisme vous disent qu’ils combattront le populisme, cela signifie s’attaquer aux acquis sociaux afin, disent-ils, d’aider les investisseurs milliardaires.

En Egypte, en 2011, il y a eu un engouement semblable pour Baradei, l’homme chargé par les USA de faire semblant de chercher des bombes atomiques en Irak. En Tunisie, c’est Marzouki qui offre ses services. Ils frétillent d’impatience et veulent représenter le mouvement populaire. Mais il y a six mois, il y a un an, ces démocrates n’avaient que mépris pour le peuple. Certains appelaient Gaïd Salah à faire un coup d’Etat, d’autres en appelaient à la communauté internationale, c’est-à-dire aux bombardiers de l’OTAN.

A quoi sert de remplacer l’équipe de prédateurs qui est au pouvoir par une nouvelle équipe dans le même ordre social fait d’oppression et d’exploitation, qui organise la prédation. C’est cet ordre social injuste qu’il faut abolir.

Pour l’auto-organisation dans les entreprises les universités les quartiers les villages

D’abord discuter et rediscuter de nos plateformes, pour y inclure la défense des richesses nationales contre la prédation impérialiste, la défense des biens collectifs contre l’appropriation par une minorité bourgeoise, pour une politique de développement de l’industrie et de l’agriculture au service des besoins sociaux et enfin liberté d’expression d’organisation et de grève sans agrément, droit des femmes, droits linguistiques, liberté de conscience…

Et dégager des structures représentatives, car les millions de marcheurs ne seront pas représentés valablement par une poignée de notables au service des forces d’argent.

La perspective d’une constituante n’est pas l’organisation d’un vote pour permettre aux politiciens bourgeois de régenter notre avenir. Elle doit être l’aboutissement d’un processus démocratique afin qu’elle puisse véritablement représenter la majorité laborieuse de notre peuple.

L’absence d’un puissant syndicat indépendant démocratique et combatif nous coûte. Les travailleurs doivent se réapproprier l’UGTA, dont la direction s’est mise au service de l’état bourgeois et du patronat et il faut redonner aux syndicats autonomes la perspective de l’unité des travailleurs.

La construction d’un mouvement politique représentatif des travailleurs et des masses est une nécessité impérieuse pour mener toutes ces tâches.


Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!