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Evaluation des enseignants hospitalo-universitaires : parlons-en !

14 septembre 2018 à 20 h 44 min

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en collaboration avec le ministère de la Santé, a rendu public l’arrêté interministériel du 23 août 2017 fixant les modalités d’application de l’article 21 du décret exécutif du 3 mai 2008 portant statut particulier de l’enseignant-chercheur hospitalo-universitaire.

Pour rappel, l’article 21 stipule que «les enseignants- chercheurs hospitalo-universitaires sont soumis à une évaluation continue et périodique. A ce titre, ils sont tenus d’établir annuellement un rapport sur leurs activités scientifiques, pédagogiques et de santé au terme de l’année universitaire, aux fins d’évaluation par les organes scientifiques et pédagogiques habilités. Les modalités d’application du présent article sont fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l’Enseignement supérieur et du ministre chargé de la Santé».

Ma première réflexion porte sur la lenteur à concevoir un arrêté interministériel après presque dix ans d’attente et d’expectative. Faut-il encore s’interroger sur la manière dont cet arrêté sera appliqué et intégré au sein de la communauté des hospitalo-universitaires, dont la formation en pédagogie fait grandement défaut.

Ce délai d’attente aurait dû être exploité pour instaurer un plan de développement professionnel, où la culture pédagogique servirait de matrice à l’évaluation des enseignements en milieu hospitalo-universitaire. On se pose également la question de l’impact de ces évaluations sur la qualité des enseignements en sciences de la santé et sur la qualité de la formation médicale en général et les soins de santé en particulier. De plus, et en l’absence d’expertise tant pédagogique que docimologique, quelles sont les compétences des organes d’évaluation  ? Et surtout, les évaluateurs peuvent-ils se revendiquer pour l’appliquer sur le terrain et mettre en œuvre cet arrêté interministériel, tout en sachant que ce processus d’évaluation répond à des normes quantitatives et non qualitatives, et donc avec peu d’impact possible sur la qualité de la formation médicale et les soins de santé.

Par ailleurs, l’évaluation du volet enseignement des hospitalo-universitaires est d’abord une nécessité pédagogique essentielle et fondamentale pour espérer la sensibilisation et la conscientisation des professionnels de la santé à s’interroger sur leur pratique pédagogique et d’enseignement en sciences de la santé, mais également pour espérer une mutation en faveur du développement des compétences professionnelles au service des soins de santé de haut niveau. Hélas, l’absence de valorisation de l’acte d’enseigner et de la reconnaissance institutionnelle de l’investissement en enseignement est une barrière majeure à l’implication et à l’engagement des enseignants hospitalo-universitaires.

Il aurait été plus intéressant de concevoir l’évaluation des enseignants hospitalo-universitaires sous la forme d’un dossier enseignement à caractère pédagogique avec les dimensions qualitative et surtout réflexive. En d’autres termes, ce processus d’évaluation nécessite l’élaboration d’un dossier enseignement annuel, qualitatif et notamment réflexif par chaque médecin hospitalo-universitaire, car ce que propose l’arrêté du 23 août 2017 est un bilan pédagogique annuel quantitatif. Ce dernier ne renseigne pas suffisamment sur la qualité des pratiques pédagogiques en sciences de la santé ni sur la qualité des apprentissages en milieu hospitalo-universitaire.

Il est reconnu que le dossier enseignement est l’équivalent du portfolio de l’enseignant hospitalo-universitaire, qui résume ses pratiques pédagogiques en sciences de la santé pour le volet enseignement, et il est l’équivalent du dossier recherche pour le volet recherche. En effet, le dossier d’enseignement est un document élaboré périodiquement par chaque enseignant hospitalo-universitaire et à plusieurs reprises durant sa carrière professionnelle. A titre formatif, il permet à l’enseignant de donner du sens à ses pratiques pédagogiques et de valoriser l’acte d’enseigner, ainsi qu’à ses accomplissements en enseignement d’une manière rétrospective et prospective. A titre sommatif, il permet l’évaluation par l’administration universitaire à des fins de promotion, de nomination ou de titularisation.

L’évaluation des enseignements ou des pratiques pédagogiques est très peu développée en milieu hospitalo-universitaire, car le modèle de promotion et de progression de carrière est axé principalement sur le volet recherche et la publication scientifique. En d’autres termes, bien que les médecins hospitalo-universitaires aient accumulé des années d’enseignement, c’est sur la base de leur contribution en recherche et des parutions scientifiques qu’ils seront évalués et promus, notamment au regard des nouvelles grilles des concours de promotion des hospitalo-universitaires.

De plus, pour les promotions et le développement de la carrière hospitalo-universitaire et professorale, la recherche et les publications sont souvent les critères essentiels, et parfois les seuls à être considérés dans le nouveau barème de promotion des hospitalo-universitaires et de chefferie de service. De plus, pour la progression de carrière, comme pour les demandes de subventions ou lorsque l’enseignant hospitalo-universitaire rédige son cahier des charges et son curriculum vitae, il procure beaucoup plus de la visibilité à ses domaines d’intérêt, notamment le volet recherche, ses ouvrages et ses participations à des congrès ou séminaires scientifiques.

Par ailleurs, la raison d’être du dossier enseignement est principalement pédagogique au regard de la complexité de l’acte d’enseigner. En effet, enseigner la médecine n’est pas aussi simple qu’on le prétend, car l’enseignement en sciences de la santé est une activité beaucoup plus complexe. De plus, enseigner en milieu de santé n’est plus une activité de transmission des connaissances par le biais d’exposés magistraux unidirectionnels ou à sens unique, car tout enseignant hospitalo-universitaire doit pouvoir démontrer son habileté à enseigner avec rigueur, efficacité et selon les normes modernes en sciences de l’éducation. A cet effet, c’est certainement dans le dossier enseignement que le médecin hospitalo-universitaire découvre un outil réflexif et une procédure qui lui permettent de brosser un tableau précis de ses pratiques pédagogiques.

L’utilité première du dossier enseignement est une halte annuelle, périodique, réflexive, volontaire et personnelle à des fins d’auto-analyse et d’assurance qualité. Cette pause permet à l’enseignant hospitalo-universitaire d’établir le bilan et la progression de ses pratiques pédagogiques. De plus, elle lui permet également de reconnaître ses forces et ses faiblesses en matière d’enseignement et de réfléchir sur ses conceptions à propos de l’acte d’enseigner en sciences de la santé. La deuxième utilité du dossier enseignement est l’évaluation administrative et de promotion. L’enseignant s’en sert alors comme un outil de présentation et de mise en valeur de ses activités pédagogiques aux collègues, aux pairs, au responsable de département, directeur de programme et aux comités pédagogiques. La troisième utilité du dossier enseignement est une valorisation de l’enseignant hospitalo-universitaire comme acteur principal par son rayonnement en enseignement, et par la promotion du dossier enseignement au sein de la culture pédagogique en milieu hospitalo-universitaire.

Pour que le dossier d’enseignement soit bien intégré au sein de la communauté des hospitalo-universitaires, le MESRS et les doyens des facultés de médecine devraient avoir le courage de proposer de nouveaux modèles pour reconnaître et récompenser les deux volets de recherche et enseignement de la mission des facultés de médecine et d’adopter des mesures plus égalitaires en matière de valorisation et de promotion des enseignants hospitalo-universitaires. Ce modèle peut prendre appui sur une parité claire et transparente entre le dossier enseignement et le dossier recherche. Pour ce faire, le MESRS doit favoriser et encourager la préparation, la rédaction du dossier d’enseignement et l’intégrer dans les critères de promotion, de recrutement et de nomination par le biais des concours hospitalo-universitaires. En d’autres termes, il est plus que nécessaire  que le dossier d’enseignement occupe une place importante dans la progression et la promotion de la carrière et que le volet enseignement compte autant que le volet recherche.

Par ailleurs, il est important pour le MESRS, les doyens et les responsables des facultés de médecine de sensibiliser, informer, organiser des colloques en pédagogie des sciences de la santé, des formations continues sur la valorisation des enseignements et sur le dossier enseignement à des fins d’assurance qualité et de progression de carrière. Cette démarche doit être claire, ciblée, bien organisée, structurée, formative et conçue par des personnes-ressources compétentes en pédagogie appliquée en sciences de la santé. Il ne suffit pas de décréter par un arrêté ministériel le dossier enseignement comme une obligation administrative, mais de soutenir cette démarche et cette initiative par des arguments tangibles, convaincants et cohérents afin de s’assurer de l’engagement et de l’implication des enseignants hospitalo-universitaires à réfléchir sur leurs pratiques pédagogiques et à rédiger leurs dossiers enseignements.

De plus, et pour toute faculté de médecine, encourager un hospitalo-universitaire à réfléchir sur ses pratiques pédagogiques et à rédiger son dossier d’enseignement constitue un signal fort de valorisation de l’acte d’enseigner et des pratiques pédagogiques en sciences de la santé. En d’autres termes, recommander la rédaction d’un dossier d’enseignement constitue un geste concret de la part du MESRS et de son engagement certain en faveur de l’amélioration des enseignements. Cela constitue également un geste tangible que l’acte d’enseigner et l’enseignement occupent des places importantes parmi les autres missions des facultés de médecine.

Plus important encore, une réforme majeure des textes et des arrêtés ministériels régissant tous les concours de recrutement des futurs enseignants hospitalo-universitaires serait plus que nécessaire pour s’adapter à l’évolution de la réalité professionnelle et pédagogique des pratiques d’enseignements universels. Finalement, la notion de certification en pédagogie et le concept de l’épreuve pédagogique devraient être soutenus et promus comme outils de sensibilisation, de conscientisation, de sélection et de promotion bien avant l’organisation de tout concours de recrutement, et à tous les paliers de l’enseignement supérieur et notamment en milieu hospitalo-universitaire.

Par le Dr Lardjane Dahmane

Conseiller et concepteur en pédagogie médicale

[email protected]

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