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Congrès de la Soummam, 62 ans après : un congrès unificateur des rangs des maquis et de la Révolution Partie I

17 août 2018 à 6 h 22 min

Plus d’un demi-siècle est passé depuis le Congrès de la Soummam, à Ifri, le 20 août 1956. Pour mieux mesurer l’importance de ce grand événement historique, il convient de revenir en arrière et d’analyser les conditions du déroulement, à savoir les préparatifs, la sécurité du congrès, les décisions arrêtées et leur portée.

Des raisons d’un congrès

Les responsables de la Révolution à l’origine du déclenchement de la guerre de Libération avaient jugé utile de tenir un congrès afin de faire le point de la situation, évaluer le chemin parcouru, arrêter un modèle d’organisation de la lutte de libération, unifier les rangs du FLN et de l’ALN, opérer un découpage territorial du pays et enfin de jeter les jalons d’un Etat algérien moderne après la fin de la guerre.

Il est vrai que depuis le 1er Novembre 1954, l’organisation des maquis se faisait d’une façon empirique. Chaque responsable prenait des initiatives pour organiser, juger, exécuter, sanctionner, selon ses intimes convictions ; il pouvait s’agir des condamnations à la peine de mort, de fixer les amendes, les contributions financières, organiser les villages en y installant les OPA au niveau de chaque village…

Les groupes de moudjahidine agissaient au début dans le plus grand secret, presque dans la clandestinité, étant donné que les douars traversés n’étaient pas préparés pour les recevoir, ou n’étaient pas encore structurés. Les effectifs de ces groupes variaient entre 20 à 100 combattants, voire 150 et allaient à la conquête des territoires pour les organiser, à la manière des conquistadors. Désormais, ils ne s’arrêtaient que lorsqu’ils font la jonction avec les combattants des régions voisines.

Si l’année 1955 était consacrée à l’implantation de l’organisation, à un début d’assainissement des villages, à des sabotages, quelques embuscades ou accrochages, l’année suivante fut celle des grandes actions militaires, des embuscades meurtrières contre l’ennemi, un déploiement des groupes de moudjahidine au grand jour et parfois à l’exhibition de leurs forces devant la population ; il fallait imposer un code de conduite conformément aux préceptes de l’islam et d’amener la population sur le giron de la Révolution, souvent par la terreur qui fut d’ailleurs l’arme de toutes les révolutions.

Il était donc primordial d’obtenir une adhésion massive de la population à la Révolution ; cette adhésion était souvent spontanée, mais il fallait qu’elle accepte dans son ensemble de se reconnaître dans la guerre de Libération, qu’elle se rende compte que tout ce qui se faisait c’est uniquement dans son intérêt. Il s’agissait de l’amener à prendre conscience de la nécessité de son choix.

Malheureusement, il y a eu des attentistes, des hésitants et même des opposants. Par ailleurs, la répression de l’armée française était omniprésente pour réprimer toute collaboration avec l’ALN. Il y eut des massacres collectifs, des bombardements, des villages brûlés, détruits et évacués pour inaugurer la politique de la terre brûlée.

 

Il est évident que devant une telle répression, les gens étaient gagnés par la peur de s’engager pour la Révolution, donc désobéissaient parfois aux consignes du FLN et de l’ALN ; c’est alors qu’intervient la justice impitoyable et effroyable des moudjahidine. Mais souvent, ces massacres ont fait basculer les gens du côté de l’ALN/FLN qui demandaient souvent la vengeance.

Tous les caïds, bachaghas, notables furent contraints de démissionner de leurs fonctions, ceux qui refusent ou qui enfreignent aux consignes sont exécutés, les traîtres et les collaborateurs durement châtiés ; ceux qui fréquentaient les postes militaires subissaient le même sort et parfois, même les indécis, les neutres ou les hésitants subissent des sanctions. Dans les maquis, il y avait une devise «celui qui n’est pas avec nous, est contre nous».

Après ces deux périodes et pour mettre fin à cet empirisme, les responsables importants qui dirigeaient la guerre de Libération ont donc jugé qu’il était temps d’organiser une rencontre nationale de tous les chefs des maquis et des responsables de la délégation du FLN à l’extérieur. Ils savaient que la guerre allait être longue et qu’il fallait se préparer et s’organiser à combattre l’ennemi sur une longue période.

De l’idée d’un congrès

En analysant le contenu de la lettre adressée par Abane Ramdane à la délégation extérieure du FLN, il ressort que l’initiative pour une telle rencontre est venue de Abane Ramdane lui-même cautionnée par Krim Belkacem et certainement par Larbi Ben M’hidi. L’éloignement entre les Zones et les difficultés de communication n’ont certainement pas permis de consulter tous les chefs des maquis. Ce qui est sûr, c’est que Zighout Youcef était consulté et avait même donné son accord pour que la rencontre se tienne dans sa zone, à savoir quelque part dans le Nord constantinois.

Le fait important, c’est que cette lettre est destinée aux trois responsables de la délégation extérieure du FLN pour inviter deux d’entre eux à y assister en leur précisant les moyens d’y parvenir et éventuellement par parachutage, étant donné que Zighout garantissait leur sécurité. Nous relevons l’avertissement qui leur est donné pour ne pas dire menaces au cas où les deux représentants de l’extérieur seraient absents.

Elle fait déjà état depuis avril 1956 d’un désaccord entre l’intérieur et l’extérieur, puisque les combats se déroulaient dans les maquis et que la délégation restreinte du FLN à l’extérieur était chargée de l’achat des armes et de la diplomatie.

Les termes de cette lettre étaient révélateurs de futurs conflits entre les uns et les autres  : plus que des malentendus, mais cette animosité deviendra un conflit entre les chefs de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Nous devons donc retenir que l’initiative de cette rencontre provient exclusivement des maquis. Etant donné l’importance de cette lettre, nous la publions comme origine du conflit entre les uns et les autres, du moins entre les maquis et les responsables de l’extérieur.

Lettre de Abane Ramdane a délégation FLN du Caire représentée par : Ben Bella – Aït Ahmed – Khider –

Alger le 3 avril 1956

Chers frères.
Nous venons de recevoir votre lettre du 15 mars. Elle répond à notre lettre du 29 février. Nous vous avons expédié entre temps deux lettres importantes en réponse à votre lettre du 21 février et à votre plate-forme politique. Le ton de nos deux dernières lettres était très violent, des propos désobligeants pour vous.

Il n’y a chez nous aucune animosité à votre égard, mais il faut que vous sachiez que nous avons rompu définitivement avec l’esprit du PPA et MTLD ((le zaimisme). Nous exigeons beaucoup de nous-mêmes. Il faut que vous sachiez aussi que personne, quel que soit son nom ou sa responsabilité, ne devra reculer devant le sacrifice suprême. Il faut que vous sachiez qu’aucun d’autre vous ne refusera de rentrer malgré les risques et malgré la tâche qu’il assume à l’extérieur, si l’intérêt du pays l’exige.

Nous avons décidé de tenir une réunion des principaux chefs de la résistance FLN et ALN. La rencontre aura lieu chez Zighout Youcef dans le Nord constantinois, y assisteront : le responsable de l’Oranie à qui nous venons d’écrire pour venir à Alger, Krim et Abane de l’Algérois, Zirout et son adjoint, Ben Boulaïd et son adjoint et deux éléments de l’extérieur.

Les deux éléments du Caire viendront soit par la Libye-Aurès ou bien se feront parachuter directement dans la région d’El Mila. Cette réunion se tiendra même si nous devons tous mourir ou nous faire prendre. Zirout se porte garant de la sécurité des délégués une fois entrés dans sa Zone. Quant à nous Algérois, nous partirons à pied et nous comptons arriver chez Zirout au bout de 25 à 30 jours.

Dans cette réunion, seront réglés tous les problèmes et nous dissiperons tous les malentendus, l’intérêt du pays exige cette rencontre, car nous ne vous cachons pas que si la situation actuelle dure, nous allons vers une catastrophe.

La France est décidée à nous écraser. Des cris d’alarme nous parviennent de tous les chefs de Zone et de région, particulièrement la Kabylie. Ils nous demandent de vous dénoncer publiquement. Des groupes entiers ont enterré leurs armes faute de munitions et se sont mêlés à la population.
Le découragement s’empare du peuple qui commence à nous lâcher. Des régions entières demandent la protection de l’armée française, c’est en un mot, le commencement de la fin.

Nous espérons que vous serez au rendez-vous, sinon nous prendrons seuls de grandes décisions et alors vous ne vous en prendrez qu’à vous-mêmes.
La rencontre avec les délégués du gouvernement français est tombée à l’eau. Les Français ne veulent pas de la présence de Krim dans la délégation algérienne.
Salutations.
Signée/ Abane Ramdane.

 

Donc, l’idée d’un congrès a été déjà mûrie depuis quelques mois auparavant et on avait même avancé un lieu quelque part dans le Nord constantinois, nous croyons savoir qu’il n’y eut pas de suite et que la Kabylie a réuni l’unanimité pour recevoir cette première rencontre nationale dans les maquis (et elle sera la dernière), étant donné sa position stratégique.
Le premier lieu convoité fut la Kelaa des Beni Abbas, le village d’El Mokrani et de Boumezrag afin de leur rendre hommage.

Une telle initiative consistait à montrer au peuple algérien et au monde entier, le transfert du flambeau de la lutte armée entre les générations de 1871 et celle de Novembre 1954. De toute façon, il était clair que les insurrections armées n’avaient jamais cessé au point où un historien français nous a révélé que chaque génération avait sa révolte ; il avançait alors le chiffre de 36 insurrections de 1830 à 1954, ceci pour justifier que le peuple algérien ne s’était jamais soumis à la domination coloniale française.

Qui pouvait penser mieux qu’Amirouche Aït Hamouda ? Il est vrai que du point de vue du relief, il y avait des régions beaucoup plus propices pour protéger le conclave des chefs de la Révolution. A la Kelaa, en cas de fuites, l’artillerie et l’aviation auront vite fait de balayer les crêtes et le village lui-même. Mais il avait confiance en la population de la Kabylie et savait que le secret serait bien gardé.

Il avait même envisagé que l’ennemi serait informé tout ou tard de la tenue de ce congrès ; dans ce cas, il savait qu’il pouvait compter sur le courage de ses groupes de moudjahidine, avec à leur tête, des chefs auréolés de gloire, comme Hamitouche Aïssa dit Boundaoui, Fadel Hamimi, Seddik Ou Mehfi, Hocine Bouadjil, appelé Moustache El Hocine, Oudek Arab, Titouh Salem, Yahya Abbas, etc. Il n’oubliait pas bien sûr, Mira Abderahmane, son collègue, sur lequel il pouvait compter, car il n’ignorait pas ses capacités militaires.

Et puis, tout a été annulé à cause d’une «bougre de mule», chargée de tous les documents du congrès et qui, lors d’une embuscade, a profité d’un moment de panique du groupe qui l’accompagnait pour dévaler sur la route en faisant claquer ses sabots sur l’asphalte, vers… le poste militaire, près de Tazmalt ! Dans la nuit noire, elle laissa même quelques étincelles derrière elle, comme pour leur montrer ce dont elle était capable.

Le groupe d’accompagnement avait paniqué ; il y avait déjà avec eux, Amar Ouamrane et Mohamedi Saïd, qui seront élevés au grade de colonel, un mois plus tard. Les hommes de l’escorte se savaient tous condamnés à mort, surtout les responsables locaux qui étaient censés surveiller l’itinéraire et placer des vigiles aux endroits de passage, réputés dangereux.

Offrir tous les secrets de la Révolution à l’ennemi était un acte de haute trahison ! Personne ne pouvait leur pardonner pareille faute, même s’il s’agissait d’un manque d’attention.

Quelle belle aubaine pour les états-majors français qui avaient pris connaissance des projets de documents du congrès, avant les congressistes eux-mêmes ! Quelle honte pour ceux qui prétendaient organiser la Révolution ! Tout avait basculé à cause d’une mule «qui s’est ralliée à l’ennemi» avec ses bagages ! De drôles de bagages qui avaient une valeur inestimable pour les Français.

Les chefs de l’ALN craignaient que cette embuscade ait été tendue sur renseignements, car ce serait trop grave que l’ennemi en soit déjà informé avant même la tenue du congrès, finalement, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une opération de routine. La mule portait également sur son dos une sacoche de Mohamedi Saïd qui, selon sa déclaration, contenait 8 millions de centimes et celle d’Ouamrane dont on ignore la somme qu’elle renfermait.

 

La présence de ce « trésor » a fait penser aux chefs de la Révolution, que la mule s’était débarrassée de son fardeau et qu’un paysan qui se trouvait dans les parages, l’aurait retrouvé et se serait accaparé de cette fortune ! L’indice qui corroborait cette thèse, c’était que les Etats Majors français n’avaient pas fait cas, à notre connaissance, de la récupération de tels documents, pourtant d’une si grande importance !

Article du journal satirique « Le canard enchaîné » paru le 26 septembre 1956. Le journaliste ironise sur le traitement de cette information par la presse française.

Finalement, plus de quarante-cinq ans après, en compulsant la presse de l’époque, nous nous sommes rendu compte que l’ennemi avait bel et bien mis la main sur ces documents, la révélation avait été faite le 22 septembre 1956 par le journal la Dépêche quotidienne d’Algérie. Son correspondant avait transmis en date du 24 juillet et, à partir de Tazmalt, l’information suivante :
«Un bourricot fait prisonnier : il transportait les archives de Krim Belkacem.»

L’analyse d’une telle information fait ressortir que le secret d’une telle découverte avait été gardé par les états-majors français pendant deux mois et qu’il avait été révélé à la presse, un mois après la fin du Congrès de la Soummam. Il était clair que l’armée française n’avait pas su exploiter l’information. C’était une preuve supplémentaire qu’il n’y avait pas eu de fuites sur ce rassemblement qui, avec quelques trois mille hommes, ne pouvait passer inaperçu.

Ce qu’il faut remarquer également, c’est que, pour tourner le FLN à la dérision, la mule «était transformée en bourricot» et qui avait été «fait prisonnier».

Le mystère de la mule fut élucidé quelques décennies après. En effet, ce n’était pas un hasard si elle s’était dirigée directement au poste militaire, mais parce qu’elle était simplement «pensionnaire» de la ferme qui servait de poste militaire. Ainsi, elle faisait partie d’un lot de bêtes récupérées par l’ALN et qu’elle aurait réintégré les écuries auxquelles elle était habituée.

En tout cas, cette mauvaise nouvelle avait secoué Amirouche qui, ce jour-là, avait devancé le convoi. A un moment, il allait perdre la tête. Il ne croyait pas ses oreilles. Il n’accepta guère que les documents «top secret» fussent tombés entre les mains des états-majors français. Il avait tout envisagé, sauf la «trahison» de cette mule. Comment l’ennemi allait-il réagir après «cette prise» unique en son genre ? Et le groupe d’accompagnement de cette mule  ? Qu’est-ce qu’il en ferait ? A un moment, l’idée l’effleura qu’il fallait les passer tous par les armes. Une foule de choses envahit son esprit. Pour la première fois, il se sentit dépassé par les événements.

Envahi par la lassitude et le dégoût, il couva sa colère. Il était presque désemparé. Lui, Amirouche, chef incontesté de la Soummam, humilié, tourné au ridicule à cause de cette maudite mule ! Que penseront les autres chefs, notamment ceux qui avaient rédigé les documents  ? Comment allait-il affronter Krim Belkacem ? Aura-t-il au moins le courage de le regarder en face ? Avec ses adjoints, et même devant ses hommes, il paraîtra comme un piètre chef. Il savait qu’il n’avait pas d’adversaire, mais s’il les ignorait, ils lui ricaneraient au nez. Il sentait le besoin de réfléchir ; il y va de l’intérêt de la Révolution et de son propre avenir.

 

A un moment, les responsables pensèrent franchement que le conclave serait annulé ou tout au moins éloigné le plus possible de la Kabylie où l’ennemi devait avoir la puce à l’oreille. Déjà, le 27 mai 1956, une opération de grande envergure fut déclenchée et couvrait la région située entre Sétif, Lafayette, Bordj Bou Arréridj, Bouira, Akbou, jusqu’à Bougie. C’était «l’opération Espérance» commandée par le général français qui fut annonciatrice de la politique de la terre brûlée ; une centaine de villages détruits, dont Boubirek qui fut incendié. Nous pouvons assister à ce carnage grâce à une vidéo qui circule sur l’internet (opération espérance – village Boubirek).

En tout cas, Amirouche s’opposa à l’idée de tenir le congrès loin de la Kabylie. Tenace, il le maintiendra dans la région et fit tout pour convaincre Krim. Ce dernier n’avait pas d’autre choix, sachant que ses invités étaient déjà dans les parages de la Kelaa et que certains y étaient déjà. Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Mohamedi Saïd et Mira Abderahmane faisaient partie du convoi, alors qu’Amirouche les avait devancé pour préparer l’accueil de ces responsables à l’étape suivante, c’est-à-dire Boudjellil ! Il s’était rapproché du lieu du congrès qui n’était plus qu’à quelques heures de marche, au moment où la mule avait fait défection.

Les invités de la Petite Kabylie, tels que Abane, Zirout Youcef, Larbi Ben M’hidi, Bentobal, etc., sont des gens illustres dont le temps est précieux. Ceux qui arrivaient par l’Est, tels Zighout Youcef, Si Lakhdar Bentobal et leurs groupes s’étaient déjà accrochés avec l’ennemi dans la forêt de Boni (Bibans) ; ils avaient même récupéré un fusil mitrailleur. Il fallait donc arrêter un endroit pour les recevoir et entamer cette réunion tellement attendue.

Connaissant parfaitement la Kabylie, Amirouche proposa à son chef de traverser tout simplement la Soummam pour changer de rive. Le congrès se tiendra en Petite Kabylie toujours, mais sur la rive gauche, au lieu de la rive droite. Il n’y avait qu’une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau par rapport à l’endroit initial. Amirouche s’était lancé un défi à lui-même et à certains responsables sceptiques sur le lieu du congrès.

Krim Belkacem, Mohamedi Saïd, Mira et les autres chefs de la Kabylie acceptèrent la proposition de tenir le congrès à Ouzellaguen, à quelque dix kilomètres d’Akbou.

Amirouche avait gagné ! Il voulait peut-être prouver qu’il voyait plus loin que les états-majors français et qu’il avait deux atouts :

Que le secret sera bien gardé par la population et les moudjahidine. La discrétion était la règle d’or inculquée à tout le monde. Lorsqu’elle était violée, la sanction pouvait aller jusqu’à la peine de mort. D’ailleurs même entre les membres d’une même famille, la méfiance était de rigueur. Chacun devait ignorer ce que faisait l’autre, tous savaient qu’il était difficile de résister à la torture des soldats français, alors autant ne pas connaître beaucoup de choses. «Celui qui en connaît moins risquera moins», telle était la règle dans les maquis.

La Petite Kabylie disposait déjà de plusieurs milliers d’hommes bien armés et entraînés en mesure de faire face à l’ennemi. Pour lui, « ces lions de l’ALN » étaient capables d’affronter toutes les forces de l’OTAN ! Il est vrai que les moudjahidin ont foi dans leur lutte, mais pas au point de surestimer leurs capacités ou de négliger les forces ennemies.

Même si Amirouche faisait preuve d’un optimisme exagéré, il n’en demeure pas moins qu’il pouvait compter sur eux. Il savait que ses hommes sont capables de ne pas bouger de leurs positions, de résister même s’ils avaient en face d’eux, toute l’armée coloniale française. L’esprit de sacrifice était l’une des conditions exigées des combattants de l’ALN. Il n’avait aucun doute là dessus.

1956 – Participants au congrès de la SOUMMAM. Accroupi à gauche : Amirouche.

Mais toutes ces données ne suffisaient pas. Il fallait devancer l’ennemi et pourquoi pas deviner ses plans. Le renseignement était le seul moyen pour y arriver. Les réseaux avaient été renforcés au niveau de chaque village et tout autour des postes militaires, à partir même des maisons limitrophes des postes militaires. Les voisins immédiats de ces camps étaient tenus de faire un signal significatif, dans le cas d’un mouvement suspect de l’ennemi; il s’agissait par exemple d’étendre un drap blanc à un endroit déterminé, allumer une lampe électrique la nuit, en faisant certains signaux préalablement convenus, de suspendre un tissus dont la couleur était significative, etc.

La nuit ou le matin de bonheur sont les moments propices pour l’arrivée des renforts. C’est ainsi que les vigiles se relayeront de jour, comme de nuit sur les crêtes pour guetter tous les mouvements suspects : mouvements des véhicules militaires, surveillance des effectifs des postes militaires; il fallait même s’informer sur la quantité de pain commandée chez le boulanger, poster discrètement à l’entrée de chaque camp militaire un agent de renseignements pour détecter les mouchards, les gens qui fréquentaient les militaires, etc. Le réseau de renseignements était organisé en véritable toile d’araignée.
A suivre

 



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