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Par Mahelal Ali

Fils de Chahid

Dans le sillage du Congrès de la Soumam : l’Opération «Oiseau Bleu» ! (1re partie)

16 septembre 2017 à 12 h 00 min

Nous venons de célébrer la journée du 20 Août, Journée du Moudjahid, qui consacre deux épisodes majeurs de la glorieuse Révolution de Novembre 54 : le 20 Août 1955, date de l’offensive du Nord-Constantinois, et le 20 Août 1956, date marquante de la tenue du Congrès de la Soummam.

Cette escale sur ces deux épisodes glorieux de la guerre de Libération nous inspire pour esquisser la rédaction de cette modeste contribution pour nous rappeler et faire rappeler que nous ne sommes pas loin de commémorer le dénouement heureux d’un autre glorieux épisode de la Révolution de 54 réalisé par les vaillants résistants en wilaya III historique, représenté par le complot dénommé «Opération Oiseau Bleu», qui a été dévoilé aux congresistes de la Soummam et qui a conu son épilogue suite à la décision d’y mettre un terme prise par les mêmes congressistes, compte tenu de la réussite au profit du FLN/ALN qu’il a connue jusque-là et du danger qu’encourraient, plus avant, les militants qui y étaient engagés (entre 1000 et 1200 hommes).

L’opération «Oiseau Bleu» consiste en un complot qui a été mis en œuvre par le SDECE (services secrets français) à partir du printemps 1955 et qui envisageait de détacher de la rébellion du FLN plusieurs centaines de Kabyles, puis de les transformer en commandos clandestins, opérant avec des tenues et des armes analogues à celles de l’ALN et de les charger de créer un véritable «contre-maquis» en Kabylie baptisé «Oiseau bleu» ou «Force K» (K pour «Kabyle»). Ce complot s’est soldé par un cuisant échec, mieux, par un total retournement puisqu’il permit d’approvisionner le FLN en armes, hommes et fonds numéraires.

Cette opération, longtemps tenue secrète, est encore largement ignorée des historiens et des opinions française et algérienne.
Yves Courrière se vante d’être le premier à l’avoir révélée, mais ne l’a jamais cernée de manière satisfaisante, certainement empêché, tant l’échec pour la partie française était désastreux et, à l’inverse, la victoire pour le FLN et l’ALN rehaussait leur prestige auprès de l’opinion nationale et internationale, raison pour laquelle les effets, tant de la victoire que de l’échec, devaient être passés sous silence à tout prix.

LE CONTEXTE

C’est en Indochine que les Français avaient eu pour la première fois l’idée d’utiliser à leur profit les rivalités séculaires entre les différents groupes ethniques et plus précisément celle opposant les minorités et les sectes aux Annamites parmi lesquels se recrutaient les principaux membres du Viêt minh. Au printemps 1956, ce procédé est repris en Algérie, notamment en Kabylie.
La Toussaint de l’an 1954 a été amère pour l’administration et l’armée coloniales, ainsi que pour l’ensemble des colons d’Algérie.
Les succès enregistrés dès le début de l’insurrection par les combattants du FLN grossissaient leurs rangs et grandissaient le soutien de toutes les couches de la population, notamment dans le monde rural où ont vite fini par se créer des réseaux de soutien logistique et de liaison-renseignements.

Au cours du printemps 1955, la rébellion FLN conduite en Kabylie par Krim Belkacem devenait de plus en plus active. En face, les troupes françaises qui y étaient stationnées, chargées du rétablissement et du maintien de l’ordre, paraissaient peu efficaces pour ce qui concerne la pacification et la contre-guérilla.

Composées d’appelés du contingent, dotées d’un encadrement souvent insuffisant, elles manquaient non seulement de capacités techniques, mais également, chez un grand nombre de leurs éléments, de motivation.

Pendant ce temps, que faisaient les responsables politico-militaires français d’ici et d’outre-mer ? Pour répondre à cette question, nous ne pouvons qu’imaginer des scénarios qui auraient été mis en œuvre par les officines et les bureaux d’experts qui planchaient, à coup sûr, sur les voies et moyens à même de permettre de contrer le mouvement insurrectionnel qui venait de se déclencher, ou tout au moins freiner ou fragiliser son expansion et surtout étouffer ses échos à l’intérieur du territoire de la colonie pour éviter d’attirer l’attention de l’opinion publique française et internationale.

D’autant plus que la Kabylie que Krim Belkacem a organisée depuis longtemps commence à bouger, selon les informations recoupées au niveau du cabinet Soustelle.

Dans la vallée de la Soummam, des combats meurtriers sont livrés contre les troupes du «général autoproclamé Bellounis» qui a «ramassé une raclée» des hommes de Krim et tente une «reconversion» dans le Sud. La haute Kabylie va suivre. Il faut l’en empêcher. Alors pourquoi ne pas monter en Grande Kabylie un contre-maquis en utilisant des hommes sûrs, des super-harkis clandestins, qui lutteraient contre Krim en employant les mêmes armes ? Aux membres de cette armée secrète on donnerait d’abord des mousquetons, puis des armes plus efficaces.

Ces commandos clandestins se déplaceraient dans des zones soigneusement évitées par l’armée française et eux, des enfants du pays, sauraient bien débusquer ces maquisards que les unités classiques ne parviennent jamais à accrocher.
Et c’est ce scénario qui aboutit à l’affaire dite «Opération Oiseau Bleu», du nom mythique de l’oiseau du paradis, selon le moudjahid et officier de l’ALN Si Ouali Aït Ahmed qui a été l’auteur de plusieurs écrits(1) sur cet épisode de la guerre de Libération nationale en Wilaya III historique.
 

Naissance du complot dans les deux camps

Sous le patronage de Jacques Soustelle donc, il avait été décidé de monter une opération de contre-espionnage qui avait pour but de noyauter rapidement les maquis de Kabylie que dirigeait Krim Belkacem. Il s’agissait de charger des Kabyles de monter l’opération sur le terrain : mettre sur pied un mouvement clandestin qui toucherait tous les villages, selon un scénario déjà expérimenté en Indochine, «le Bao Dai», et qui s’était soldé, du reste, par un échec cuisant.

Il nous tient à cœur, ici, d’essayer de comprendre le mobile et les objectifs à caractère politique et militaire qui sont à l’origine de l’initiative.
Pourquoi avait-on choisi la Kabylie alors même que les maquis du Nord-Constantinois et des Aurès étaient, au moins, autant embrasés sinon plus, immédiatement après le déclenchement de la Révolution ?

1)- Nous reprenons certains récits à partir de ces écrits de Si Ouali Aït Ahmed, avec sa permission.
Le choix ainsi opéré répondait, à notre sens, à une stratégie bien précise

– La Kabylie était immédiatement proche de la capitale, c’est-à-dire du pôle politique et médiatique, d’une part, et proche également du centre de décision politico-militaire, ceci pour le management de l’opération, d’autre part.
– Au plan de la stratégie militaire, il s’agissait de couper la Révolution en deux ensembles à partir de la capitale pour aboutir à isoler les maquis de l’est de la colonie.
– Au plan de la stratégie politico-médiatique, il s’agissait de convaincre l’opinion française et internationale qu’on avait affaire à un énième mouvement insurrectionnel régional, confiné à l’est du territoire de la colonie.

Une fois la stratégie adoptée et le champ d’intervention délimité, il fallait procéder à la recherche des hommes qui seraient chargés de l’exécution du plan concocté qui consistait à recruter parmi les populations de Kabylie des «mercenaires» qui accepteraient de combattre les «fellagas», mais sans être officiellement enrôlés sous la coupe de l’armée française comme les «goumiers» par exemple ; les membres de ces milices armées, que nous avons dénommés «mercenaires» parce qu’ils devaient percevoir, en contrepartie de leur engagement, une prime de 30 000 anciens francs, devaient être recrutés en petits groupes de quinze à vingt éléments commandés par un chef de groupe ; les services français, quant à eux, les ont dénommés «éléments de la ‘‘Force K’’ (K pour Kabyle)».

Et c’était là, à notre sens, le commencement de l’erreur commise par les initiateurs du complot : le fait d’avoir négligé d’apprécier le patriotisme, le nationalisme et l’esprit de sacrifice qui animaient les enfants du peuple d’Algérie brimé par plus d’un siècle de colonialisme, de domination et de négation !

Il se trouve que pour lancer une telle opération, il fallait activer dans un grand centre urbain, comme la ville d’Azazga par exemple, qui présentait l’avantage, du reste, d’être épicentrique selon plusieurs aspects :
– suffisamment proche de la grande ville de Tizi Ouzou dont elle constituait le centre urbain le plus dense en population, le plus proche et le plus facile d’accès ;
– équidistante des autres centres urbains importants tels : Fort National (actuellement Larbaâ Nath Irathen) – Michelet (actuellement Aïn El Hammam) – Port-Gueydon (actuellement Azeffoun)…
– suffisamment proche des grands maquis de l’Akfadou, de Yakouren et des monts du Tamgout.
Pour toutes ces raisons, et à la réflexion, nous pouvons même esquisser une hypothèse selon laquelle la région d’Azazga avait été choisie comme théâtre d’opération avant que l’on ait choisi les hommes auxquels devait échoir la mission et qui devaient en être originaires.
Et c’est ainsi que, d’un Kabyle à un autre, on finit par prendre contact avec un personnage assez singulier de la ville d’Azazga d’où ce dernier est natif et résident depuis toujours, en l’occurrence Zaïdat Ahmed.
Zaïdat Ahmed est un personnage qu’il m’est tout particulièrement agréable de présenter pour ce qu’il représente :
– pour la Wilaya III historique ;
– pour la région d’Azazga ;
– pour la réussite de l’opération «Oiseau Bleu» au titre du FLN / ALN ;
– pour l’amitié et le compagnonnage qui le liaient à mon défunt père, que ce soit dans le militantisme au sein du PPA/MTLD ou durant la réalisation de l’opération «Oiseau Bleu» ; les noms de Hend Ouzaïd et Saïd Mehlal sont intimement liés dans l’esprit des gens, moudjahidine ou commun des mortels, à la moindre évocation des actes de militantisme dans la région d’Azazga.

Ce sont exactement les termes qu’a utilisés Me Ali Yahia Abdennour que j’ai rencontré durant l’été 2009 et qui m’a révélé avoir rencontré les deux hommes à trois reprises au moins :
– Mehlal Saïd seul, lors d’une réunion du parti (PPA), en 1949 ;
– les deux ensemble, en pleine exécution de leur mission, dans le cadre de l’opération «Oiseau Bleu» ;
– Zaïdat Ahmed, toujours dans le cadre de l’opération «Oiseau Bleu» et dans des circonstances particulières et assez graves ; jugeons-en à travers ce récit de Me Ali Yahia Abdennour : «Un jour où Zaïdat Ahmed avait été convié à une entrevue avec un officiel français, en l’occurrence le maire d’Alger, Jacques Chevalier, (c’était la première fois qu’on exigeât de lui de rencontrer une personnalité représentant les autorités françaises autres que les premiers contacts qu’il avait eus depuis le début du complot), il avait un peu paniqué et me rendit visite en mon domicile.

Et nous avons passé trois jours et trois nuits ensemble à imaginer tous les scénarios possibles et les questions qui risquaient de lui être posées.Le jour J et à l’issue de l’entretien (auquel avait finalement assisté Mehlal Saïd) ils sont passés me voir sur le chemin du retour vers Azazga et Zaïdat Ahmed m’annonça, excité mais néanmoins triomphant, que tout s’était bien déroulé».
A partir de l’instant où la proposition lui fut faite, de manière officielle et solennelle, Zaïdat Ahmed n’eut de repos de l’âme et de l’esprit que lorsqu’il se résolut à prendre contact avec les premiers dirigeants de la Révolution en Kabylie, à savoir Krim Belkacem et Mohammedi Saïd.
Dans la foulée, Zaïdat Ahmed ne tarda pas à rencontrer son ami Yazourène à qui il rendit compte de la situation, c’est-à-dire du complot dont on venait de le mettre au courant et de la proposition qu’on venait de lui faire de l’y associer. Nous pouvons aisément supposer que la démarche de Zaïdat Ahmed consistait, jusque-là, à prendre le soin d’avertir les dirigeants de la Révolution quant au danger que pouvait représenter le complot que préparaient les services secrets du Gouvernement général.
Il ne restait plus à Yazourène que de courir, à son tour, à la rencontre de Krim Belkacem afin de le mettre au courant et l’avertir du danger que pouvait constituer ce projet de complot.

Selon mon ami, feu le moudjahid El Hadj Arezki Ighil Ali qui accompagnait Yazourène dans tous ses déplacements à cette époque-là, ce dernier avait fini par rencontrer Krim Belkacem qui était en compagnie de Mohammedi Saïd dans une habitation-refuge à Larbaâ Nath Irathen. Bien que n’ayant pas assisté à l’entretien entre les trois hommes, mon ami El Hadj Arezki m’en a fait le récit suivant, qu’il tenait lui-même du colonel Yazourène : lorsque Yazourène eut terminé le récit de la révélation que lui avait faite son ami Zaïdat, et après un moment de silence et de réflexion, tant le sujet était grave, Krim Belkacem prit la parole pour questionner Yazourène : «Connais-tu suffisamment l’engagement de Zaïdat Ahmed ?» Ce à quoi répondit sans hésiter Yazourène : «Bien sûr ! C’est lui qui m’a enrôlé dans le PPA».
Krim Belkacem : «Alors, demande-lui s’il accepte la mission que lui confie le FLN et qui consiste à accepter de s’associer au complot afin de le déjouer au profit de la Révolution le moment venu».

Devant la hardiesse de l’idée, Mohammedi Saïd n’avait pas manqué de réagir :
«Tu es fou ! C’est trop délicat et trop grave ; tu vas griller nos militants les plus engagés et les plus braves dans cette affaire».
Krim Belkacem s’employa alors à convaincre son assistance de la faisabilité de son idée et, à tout le moins, de la nécessité de réagir face à ce complot. «Ecoute Si Nacer, c’est une chance que nous ayons pu être avertis de ce complot dès sa gestation, ce qui nous permet de réagir et de manœuvrer en vue de tirer profit de cette situation qui nous offre deux possibilités :
1- soit nous nous limitons à saborder le complot que l’ennemi s’emploie à mettre en œuvre, ce qui présente l’inconvénient et le danger de voir ce dernier se rebiffer et l’amener à tenter d’initier un complot similaire dans une autre contrée de notre territoire sans que nous puissions nous en rendre compte, quoique nous puissions être vigilants ;
2- soit nous tentons, selon mon idée, de déjouer le complot et de le retourner en notre faveur, ce qui se soldera par un double gain :
– Primo : l’ennemi, étant convaincu que son complot marche à merveille, il sera occupé par sa mise en œuvre et n’aura pas, de ce fait, le loisir ni même la velléité d’ourdir d’autres complots ;
 – secundo : si nous réussissons dans notre contre-offensive, je vous laisse deviner le gain que nous pourrions en tirer sur tous les plans : politique, médiatique, militaire, en armement, etc.».
«Alors il faut y aller à fond», décide Krim. «Qu’est-ce qu’on risque ? Acceptons et jouons le jeu ! Il faut que nous fournissions nous-mêmes aux Français les hommes sûrs dont ils ont besoin».
L’argumentaire développé par Krim Belkacem a vite fini d’avoir raison des réticences que son idée avait suscitées chez ses interlocuteurs du moment.

A la suite de ce conclave de Larbaâ Nath Irathen où la décision de principe venait d’être prise quant à l’attitude à adopter face au complot que tramait l’ennemi, Krim Belkacem et Mohammedi Saïd ont alerté trois autres responsables de la première heure avec lesquels ils ont élargi la concertation, en l’occurrence : Amar Ouamrane, Amar Ath Cheikh et Ali Mellah, connu sous le nom de guerre «Si Cherif».
Cela n’avait pas empêché Krim Belkacem, fin limier, prudent et méfiant tout à la fois, de rapprocher de lui et de les entretenir les deux premiers militants qu’il allait responsabiliser dans le cadre du complot en gestation : Zaïdat Ahmed et Mehlal Saïd.
S’agissant de l’entretien Krim Belkacem-Zaïdat Ahmed, sa tenue vient de nous être confirmée à travers une séquence consacrée à l’opération «Oiseau Bleu» dans le film Krim Belkacem réalisé par Ahmed Rachedi et diffusé récemment sur les écrans de chaînes de télévision algériennes.

Quant à l’entretien Krim Belkacem-Mehlal Saïd, je le tiens personnellement de la bouche d’un collègue et ami, ancien moudjahid en wilaya III, feu Kadri Ahmed, qui avait publié, juste avant de nous quitter (au cours de la décennie 2000) un article consacré à l’opération «Oiseau Bleu», paru dans l’édition n° 200 du 26/ 04/1999 du quotidien en langue nationale El Youm″ et dans lequel il rapportait un dialogue entre Krim Belkacem et Mehlal Saïd, à travers lequel le premier nommé prévenait : «Ya si Saïd, réfléchis bien, la mission est délicate et dangereuse ; tu risques d’y perdre beaucoup ainsi que ta famille». Ce à quoi Mehlal Saïd répondait : «Ordonnez et j’exécute ; je suis confiant en nos chances de réussite».

Après avoir pris connaissance de cet article du Cheikh Kadri Ahmed (il avait été directeur des affaires religieuses de la wilaya de Béjaïa), je l’ai invité à me rendre visite au sein de son ancien ministère au sein duquel j’occupais une fonction supérieure à cette époque-là. Et lorsque je lui ai signifié que le contenu de son article m’avait surpris, notamment le dialogue entre Krim Belkacem et Mehlal Saïd, qui constituait pour moi un fait nouveau par rapport à tout ce que j’ai eu à lire ou à découvrir concernant l’opération «Oiseau Bleu», Cheikh Kadri Ahmed me répondit en m’affirmant ceci : «Je tiens ce récit de ton propre père, Mehlal Saïd que j’ai rencontré au QG de la Wilaya III en 1957 et avec lequel j’ai partagé trois jours et trois nuits de notre vie de maquisards».    
Par ailleurs, Krim Belkacem se rend discrétement à Alger pour en discuter avec Abane Ramdane dont le nom commence à inspirer respect après son fameux billet «Appel aux intellectuels algériens.(2)
Après avoir étudié l’affaire sous tous ses aspects, les deux leaders concluent à l’avantage que l’on pourrait tirer du complot fomenté par l’ennemi si on réussissait à le détourner au profit de la Révolution.
En fin rusé, Krim souligne que «El harb khidaâ» et, de son rire sonore, Abane lui répond : «A toi d’agir sur le ‘‘Cheval de Troie’’, comme ‘‘Ulysse’’».(3)

Et c’est ainsi qu’il fut décidé de mettre en œuvre l’idée de Krim Belkacem et de charger Yazourène de coordonner et superviser les actions qui devaient être menées pour le compte de la Révolution tout au long du déroulement du complot.
Une fois le consensus établi depuis la décision de principe prise lors du mini-conclave de Larbaâ Nath Irathen jusqu’au partage des rôles entre les membres de ce groupe restreint, Yazourène prit contact avec Zaïdat Ahmed et lui fit part des instructions qu’il devait appliquer à la lettre et dont les plus importantes étaient d’une pertinence remarquable :

1- œuvrer dans le secret le plus absolu ;
2- coordonner, désormais, les moindres actions avec lui-même (Yazourène) en vue de lui permettre de tenir au courant, au fur et à mesure, les premiers responsables de la Révolution (Krim, Mohammedi Saïd…) ;
3- enfin, condition sine qua none, faire accepter par les instigateurs du complot le partage des rôles suivants :
 – les éléments mandatés par la partie française s’occuperaient des contacts avec les services français ainsi que de la logistique sans que

Zaïdat n’ait à se mêler de quoi que ce soit (remise des listes des recrues — prise de possession des armes, des munitions et des uniformes ainsi que des primes qui revenaient aux «mercenaires» ) ;
(2) & (3). Nous citons Si Ouali Aït Ahmed.
– Zaïdat Ahmed s’occuperait, quant à lui, des recrutements sans que ses interlocuteurs s’en mêlent ou n’aient même la possibilité de proposer quelque recrue que ce soit.
Du reste et pour couvrir cette vaste région, il fut procédé, par Krim Belkacem lui-même, à la désignation des premiers responsables de l’organisation :
– Yazourène, en sa qualité de coordonnateur et superviseur des activités liées au déroulement du complot, mais dont la présence et le rôle qui lui était dévolu dans le complot en gestation devaient être ignorés de toutes les parties au complot du côté français, ce dernier étant déjà «grillé» auprès des autorités françaises, au moins depuis la nuit du déclenchement de la Révolution où son implication dans les actions qui ont été menées a été découverte par ces dernières (des écrits signalent que les autorités françaises ont incendié sa maison immédiatement après le 1er Novembre 1954, en représailles contre le rôle qu’il a joué dans l’opération de déclenchement des hostilités).
– Zaïdat Ahmed, en qualité de principal interlocuteur de toutes les parties au complot
du côté français ;
– Mehlal Saïd, en qualité d’adjoint dans la mission confiée à Zaïdat Ahmed ;
– Mohamed Hamadi d’Ighil Mehenni et Si Moh Tahar de Timizart N’Sidi Mansour  pour les Aït Djenad ;
– Omar Toumi dit «Omar Averkhane, ou le Noir» pour les Iflissene ;
– Saïd Makhlouf d’Aït Ouaniche, dit «Saïd Lacoste» pour les Ath Zmenzer et  Ihsnaouène.

LES FAITS : La phase de recrutement commence

Nous sommes à l’automne de l’année 1955, an I et deuxième semestre du déclenchement de la lutte armée et «l’affaire» est ficelée dans chaque camp.

Dans le camp français, le nouveau Gouverneur général, Robert Lacoste, venait d’adhérer au complot et de marquer son accord sur l’organigramme et les premiers responsables qui allaient recruter les éléments de la «Force K» qu’on devait armer et former, un tant soit peu (voilà le «bon truc» pour nous débarrasser des fellagas avait-il déclaré lorsque son prédécesseur, Jacques Soustelle, lui révéla le complot qu’il avait concocté, dans le cadre des passations de consignes). Cette action était menée selon un processus et une stratégie arrêtés unilatéralement par les responsables du FLN sans que les responsables français n’aient eu à se douter de quoi que ce soit et encore moins à réagir.

Dans la stratégie élaborée par les responsables du FLN, le volet «recrutement des éléments» a été étudié et mis au point avec une minutie d’orfèvre, de manière à minimiser les risques de dévoiler le double jeu qui devait être mené dans le secret le plus absolu : rappelons-nous la condition sine qua none du partage des rôles fixée par Zaïdat Ahmed sur instruction de ses chefs et qui avait été acceptée par ses interlocuteurs. Selon cette condition préalable donc, ce dernier allait pouvoir s’occuper du recrutement de manière exclusive sans que ses partenaires au complot, représentant la partie française, n’aient à s’en mêler à quelque niveau que ce soit ou à quelque titre que ce soit.

De ce fait, les recrutements ont été effectués par le trio :

– Yazourène, en sa qualité de coordonnateur et superviseur des activités liées au déroulement du complot ;
– Zaïdat Ahmed et Mehlal Saïd ainsi que par les autres responsables indiqués plus haut :
– Mohamed Hamadi d’Ighil Mehenni et Si Moh Tahar de Timizart N’Sidi Mansour au
 niveau des Aït Djenad ;
– Omar Toumi au niveau des Iflissene ;
– Saïd Makhlouf au niveau des Ath Zmenzer et Ihsnaouène.
Du reste, l’accaparement de cette mission (recrutement) par ces responsables qui activaient pour le compte du FLN a vite fait d’être accepté par tous les responsables et à tous les niveaux dans le camp français qui ignorait, il faut le souligner, la présence et le rôle dévolu à Yazourène, pour les raisons que nous avons évoquées ci-dessus.     M. A.

 


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