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mercredi, 21 novembre, 2018
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Dans la foulée des changements, un ministère pour la diaspora algérienne à l’étranger !

10 septembre 2018 à 21 h 18 min

Selon une analyse réalisée par l’Institut national français des études démographiques (Ined), l’Algérie figurerait parmi les 15 pays qui fournissent le plus de migrants au monde.

Pour l’Aida (Association internationale de la diaspora algérienne) basée à Londres, les Algériens ou personnes d’origine algérienne vivant à l’étranger en 2018 seraient au nombre de 7 millions d’individus, voire plus !

Combien sont-ils, ces immigrés ?

Rien qu’en France, ils seraient plus de 5 millions ! En Amérique du Nord, ils se situeraient entre 120 000 et 140 000 (110 000 au Canada, 30 000 aux USA et 2000 au Mexique). Dans les pays arabes, ils seraient quelques milliers et en Afrique plusieurs centaines.

Mais qui sont ces immigrés ?

La première vague de migration algérienne a débuté en 1905. La main-d’œuvre qui la compose travaille essentiellement dans les raffineries et huileries de Marseille, ou comme dockers sur les navires. Puis, des centaines d’Algériens sont embauchés dans les mines et les usines du Nord et du Pas-de-Calais, les industries de Clermont-Ferrand et Paris. Dès 1912, on parle d’un véritable mouvement migratoire de 4000 à 5000 Algériens qui s’accélère dès 1913, grâce à la suppression du permis de voyage qui était alors requis pour les Algériens en France.

La seconde vague migratoire est composée globalement de 80 000 travailleurs et 175 000 soldats venus d’Algérie dans le cadre de la Première Guerre mondiale. Ceux qui ne sont pas sur le front sont employés dans la production d’armement, le génie, l’aéronautique, les transports et les mines.

La troisième vague débute en 1920 avec une composante kabyle qui reste importante, avec la migration des habitants du Nord-Ouest oranais qui commence à gagner du terrain.

La quatrième vague débute avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, après 1945 où les Algériens occupent des emplois dans les domaines de la reconstruction de la France et de la relance économique, dans les mines, la sidérurgie, l’industrie et le bâtiment.

La cinquième vague commence avec la guerre de Libération nationale (1954-1962). Le GPRA est formé, le FLN prend le contrôle de l’émigration qui participe au combat libérateur et à l’effort de guerre.

Peut-on pour autant parler de diaspora ?

Nous sommes en 2018, et cette population qui ne cesse de croître se décuple en générations voyageant, étudiant, commerçant et s’établissant dans les cinq continents. Ces Algériens-là sont visibles et font étalage de leur amour du pays à chaque occasion et à chaque match de l’équipe nationale de football où ils déploient l’emblème national, une manière comme une autre de manifester leur présence et de se rappeler au bon souvenir de leurs gouvernants nationaux.

Les personnalités publiques françaises d’origine algérienne qui n’ont de cesse d’affirmer leur appartenance à l’Algérie, sans pour autant que cela profite au pays, faute de diaspora influente ont pour noms Isabelle Adjani, Leïla Bekhti, Shéryfa Luna, Smaïn, Rachid Taha, Rachid Bouchareb, Zinédine Zidane, Brahim Asloun et beaucoup d’autres qui appartiennent au monde de la culture et du sport. Ou encore Fadéla Amara, Leîla Aïchi, Kader Arif, Azouz Begag, Nora Berra, Malika Benarab-Attou, Yamina Benguigui, Malek Boutih, Samia Ghali, Bariza Khiari, Tokia Saïfi, Karim Zeribi qui appartiennent au monde de la politique. On peut même ajouter à cette liste qui n’est pas exhaustive Rachida Dati, dont la mère était d’origine algérienne !

Tout ceci pour dire que le potentiel humain existe mais que les mécanismes institutionnels de ceux qui font actionner les lobbys font défaut comme par exemple le fameux «Conseil consultatif de l’immigration» souvent annoncé mais tant de fois différé puis remisé dans les tiroirs de nos instances gouvernementales, ou encore «le Secrétariat d’Etat» qui a été supprimé au bout d’une année d’existence seulement !

Son titulaire et présentement secrétaire général d’un parti politique, n’était pas fait à l’évidence pour le poste ; la preuve, répondant à une question d’un journaliste sur le nombre des Algériens vivant à l’étranger, il avait répondu par cet artifice : «Il y a ceux qui résident à l’étranger de manière régulière et qui sont immatriculés dans nos consulats, ceux qui aussi résident de manière régulière et qui préfèrent ne pas se rapprocher de nos services et sont donc non immatriculés, et il y a enfin ceux qui y vivent de manière irrégulière ou clandestine.»

Comment, sincèrement, peut-on être aussi nuancé pour ne pas dire évasif concernant ce segment particulier de notre population ?

Etat des lieux, particulièrement dans l’hexagone

Pour prendre la mesure des problèmes, il faut lire ce sondage réalisé en France par Ifop/Atlantico, qui révèle que 26% des Français seulement ont une bonne image des Algériens contre 71% des Marocains et 53% des Tunisiens :

1- Existe-t-il un lien entre le déficit d’image dont souffre l’Algérien en France et la façon dont sont intégrés les immigrés et leurs enfants ?

2- Sont-ils moins intégrés que les autres magrébins ?

3- Sont-ils moins défendus au plan des droits ?

L’immigration algérienne en France continue à être marquée par ses divisions historiques, politiques et même ethniques. Elle est surtout préoccupée par son existence quotidienne car l’immigré, le beur, est avant tout une condition sociale dont il est difficile de sortir.

Que dire alors de ceux qui ne possèdent ni titre de séjour ni permis de travail, les sans-papiers qui vivent dans la clandestinité la plus totale échappant même au recensement le plus approximatif de «l’éphémère» ministre délégué qui a précisé qu’«il est difficile de donner d’eux un chiffre précis». Un ancien ambassadeur français les a situés autour de 350 000, chiffre qu’il faut prendre sous toutes réserves, bien entendu, dans ce qu’il cache comme manipulation politicienne. C’est vrai qu’il est difficile de compter des gens dans la clandestinité, mais ce qui est aussi vrai, c’est que ces personnes sont décidées «à faire leur trou là-bas envers et contre tous» et tout ce qu’on a mis en place alors comme ministère délégué, représentation politique à l’APN, ouverture de nouvelles dessertes aériennes et maritimes ne les fera pas changer d’avis, eux qui n’ont foi qu’en leur destinée.

Il existe quand même quelques Algériens immigrés, diplômés et expérimentés qui ont accumulé un petit capital, qui songent à retourner au pays. Ce phénomène de retour répandu chez les retraités s’est étendu ces dernières années chez les plus jeunes. Apparemment et à les entendre, ils n’éprouvent aucun regret à quitter la France et l’Europe où sévissent, selon eux, le racisme, la discrimination dans l’emploi et le logement, ainsi que la bureaucratie pour qui veut obtenir la nationalité française.

C’est tout cela dont il faut peut-être discuter à l’avenir si on veut comprendre les émigrés et capter de nouveau la confiance perdue !

Où va l’argent des émigrés ?

En Algérie, le seuil des transferts est négligeable ! Interpellé au sujet de l’apport des Algériens établis à l’étranger à l’économie du pays, Belkacem Sahli, l’ancien ministre délégué chargé de la Communauté nationale à l’étranger, a estimé que «leur contribution est insignifiante, les sommes transitant par le canal bancaire ne se hissent pas au niveau souhaité, et comparativement aux seuls voisins maghrébins, nous sommes les derniers. Nous travaillons justement pour rétablir la confiance et les encourager à transférer leur argent.»

Il faut dire aussi que toutes les assurances ministérielles et autres mesures institutionnelles pour rétablir un climat de confiance n’ont pas eu l’écho escompté auprès des immigrés toutes générations confondues, à en juger par le faible niveau de transfert d’argent.

En comparaison et malgré la crise, les transferts d’argent des travailleurs immigrés vers les pays en voie de développement augmentent de plus de 6% d’année en année. C’est ce qu’affirme la Banque mondiale. L’Inde et la Chine sont les premiers bénéficiaires de ces fonds avec 70 milliards de dollars par chaque pays. En 2017, ces fonds ont atteint le seuil de 406 milliards de dollars, soit une hausse de 6,5% par rapport à 2016. Une manne en constante augmentation, selon la Banque mondiale ; ces flux ont encore progressé de près de 8% en 2017, puis de 10% en 2018.

Pour certains pays africains, les transferts des immigrés représentent près de 10% du PIB. Le Nigeria est en tête avec 26 milliards de dollars en 2016, suivi du Soudan, du Kenya, du Sénégal et de l’Afrique du Sud.

En Afrique du Nord, le Maroc se taille la part du lion avec plus de 6 milliards de dollars. Les travailleurs immigrés n’hésitent pas à augmenter les sommes envoyées en cas de situation difficile dans leur pays d’origine. Le Printemps arabe a aussi eu de fortes conséquences sur la croissance des transferts (Tunisie-Egypte notamment).

Autre exemple, lors de la crise politique en Côte d’Ivoire en 2011, la diaspora ivoirienne a doublé le montant des transferts afin de soutenir les familles au pays.

Pourquoi un ministère et maintenant ?

Parce qu’il faut aller apparemment vers d’autres solutions, de celles qui consistent déjà à prendre en charge les préoccupations des Algériens dans leur pays d’accueil. Ça, c’est le travail de nos chancelleries et autres consulats ! Et il y a à faire, à en juger par les récriminations des Algériens de France.

Quant à notre diaspora, elle n’est, tout comme l’immigration en général, organisée ni socialement ni culturellement et aujourd’hui on en arrive même à regretter «l’Amicale des Algériens en Europe», organisation sous l’égide du FLN certes, mais qui arrivait tout de même à encadrer, peu ou prou, cette population de l’étranger.

Est-il besoin pour autant de nommer un ministre pour prendre en charge nos expatriés dont Belkacem Sahli, du temps où il était secrétaire d’Etat, ignorait jusqu’à leur nombre ?

Affirmatif ! A en croire déjà Smaïl Chikhoune, vice-président de l’Association internationale de la diaspora algérienne (AIDA), c’est d’abord parce que cette diaspora est très dispersée et de ce fait son apport au développement du pays reste peu visible. Selon lui, il y a plus de 200 000 chefs d’entreprise qui génèrent un chiffre d’affaires de plus de 100 milliards d’euros. Sans compter la part de ceux qui ont une valeur ajoutée, comme les professeurs d’université et autres managers dans plusieurs domaines de compétence.

Le message, semble-t-il, a été reçu cinq sur cinq par Ahmed Ouyahia qui, lors d’un déplacement qu’il avait effectué en France, avait annoncé des mesures arrêtées par le président de la République lui-même, à savoir :

• accès à tous les programmes de promotion immobilière publique en Algérie (hors social) ;

• accès des jeunes de la communauté souhaitant investir en Algérie dans le cadre du dispositif du microcrédit (Ansej) ;

• accès aux investisseurs et aux industriels algériens résidant à l’étranger à tous les dispositifs de soutien des investissements au même titre que les résidents ;

• confirmation de l’ouverture d’une succursale de la Banque extérieure d’Algérie (BEA) en 2018.

Et qui mieux qu’un ministre en charge des Algériens de l’Etranger pour mettre en œuvre ce programme ? Et aussi et surtout plancher avec ses collègues du gouvernement sur les causes réelles qui conduisent nos jeunes à vouloir, parfois au péril de leur vie, s’installer et vivre à l’étranger malgré les conditions déplorables qu’ils y trouvent ! Autrement dit, éventer le «secret» de leur quête éperdue !  

 

Par Cherif Ali

Cadre supérieur en retraite

 

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