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Colonel Mokhtar Kerkeb : Un homme de l’ombre et un spécialiste des Mouvements de libération africains (1re partie)

22 août 2021 à 10 h 00 min

Le colonel Mokhtar Kerkeb, un homme de l’ombre et surtout d’une grande modestie. Un homme qui encadrait et dirigeait des équipes opérationnelles mais qui aussi, sur le terrain, s’impliquait physiquement. Il est important de souligner qu’on ne peut pas s’impliquer autant si l’on n’est pas convaincu de la cause qu’on défend.

C’est ainsi que durant des années, il sera le héros de l’ombre qui œuvrera, au nom de l’Algérie et de l’OUA, aux côtés de plusieurs peuples africains en lutte pour leur indépendance. Beaucoup pensent qu’il n’était pas utile d’aller aider ses peuples aussi loin et en y mettant autant de moyens, mais quand on dit que c’est Ben Bella ou Boumediène qui ont envoyé ces hommes, ce n’est pas tout à fait vrai. Je parle du cas de mon père, il s’était porté volontaire pour s’occuper des Mouvements de Libération africains.

En 1967, il est désigné à la tête de la 5e Brigade qui devait rejoindre l’Egypte pour remplacer la Brigade commandée par Abderrezak Bouhara déjà sur place suite à l’engagement de l’Algérie dans le conflit contre Israël. Mais le coup d’Etat avorté mené par Tahar Zbiri en décembre 1967 va entraîner la dissolution de la Brigade.
Et c’est aussi en tant que volontaire qu’il repart en Afrique.

Mouvements de Libération

Officiellement c’est en 1963 qu’a lieu la participation du colonel Kerkeb, entre avril et octobre, dans le camp d’entraînement de Maghnia (Association Tchiweka de Documentation, ATD). Il s’agissait d’encadrer militairement une cinquantaine de combattants Angolais et de deux responsables du MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) Eduardo Santos et Germano Araujo. Y ont aussi participé, en tant qu’instructeurs, Rafik Bensaci, Idir Mesbah et Radjaa Djelloul.

Mais c’est bien avant que dès 1961 on voit des militants du MPLA venir s’entraîner dans les camps d’entraînement de l’ALN près d’Oujda. Les militants de l’Union des populations de l’Angola (UPA) dans les camps d’entraînement en Tunisie. Au cours du mois de juin 1961, l’ANC crée sa branche militaire : l’Umkhonto weSizwe, soit le «Fer de lance de la nation».

A la tête de cette branche armée, Nelson Mandela, avec un faux passeport éthiopien, fait secrètement une tournée africaine pour obtenir le maximum d’appuis. C’est dans ce contexte qu’il rencontre en mars 1962 les indépendantistes algériens et les soldats de l’Armée de libération nationale (ALN). Mandela y reçoit sa formation militaire et est initié aux méthodes insurrectionnelles.

Ce premier épisode scelle l’amitié entre l’ANC et l’Algérie, l’arrestation de Mandela en août 1962 ne modifiant pas l’engagement promis par l’Algérie. L’Algérie nouvellement indépendante assurera ainsi, au cours des décennies suivantes, un soutien financier et logistique aux membres de l’ANC. En fait, c’est bien avant que l’Algérie s’intéresse aux différents Mouvements de Libération. Du 19 au 22 septembre 1956, se tient le 1er Congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne. Y participent Frantz Fanon, Mario Pinto d’Andrade (Angola) et Marcelino dos Santos (Mozambique).

Mario d’Andrade dit de ce congrès : «Ce n’est pas la peine de vous décrire l’importance (que le congrès) a eu pour moi… C’était vraiment l’heure de gloire… Il y avait deux rapports importants ; c’était le rapport de Fanon sur ‘‘Racisme et culture’’ et le rapport d’Aimé Césaire sur ‘‘Culture et colonialisme’’.» Et c’est à l’occasion de la 2e Conférence des écrivains et artistes noirs en mars 1959 à Rome, où se réunissent une nouvelle Fanon, Andrade, Dos Santos, Lucio Lara et Viriato da Cruz qu’il est décidé de l’envoi de 11 jeunes Angolais pour un entraînement militaire dans les bases de l’ALN.

Mon père connaissait bien Frantz Fanon. Il l’avait rencontré à plusieurs reprises au maquis à l’Est de l’Algérie. Mais une chose qui est peu connue, il l’avait aussi rencontré à Paris en 1956.

Rencontre avec Che Guevara

Début 1965, le célèbre Che Guevara vient à Alger. Le Che a l’intention de s’engager directement et physiquement en Afrique, en particulier en apportant son soutien aux mouvements lumumbistes qui combattent le pouvoir imposé par les puissances étrangères dans la patrie de Lumumba, le Congo-Kinshasa, ancienne colonie belge. Che Guevara prépare son expédition au Congo avec le soutien du colonel Mokhtar Kerkeb.
L’Algérie vient, en effet, de charger mon père de lui apporter un important soutien logistique.

Le film documentaire, Alger, La Mecque des révolutionnaires, diffusé en mai 2017 sur Arte, y fait référence. Une certaine amitié s’est établie entre Che Guevara et le colonel Kerkeb, comme le montrent de nombreuses photos de ces deux personnages qui ont marqué les Mouvements révolutionnaires africains. Mais pas que… Tout début des années soixante et jusqu’en soixante-dix, Alger devient la terre d’accueil de tous les Mouvements de Libération africains et anti-coloniaux du monde entier.

En 1965, le colonel Kerkeb est alors chef d’état-major de la 1re Région militaire et c’est dans ce contexte qu’il va côtoyer tous les responsabes des Mouvements de Libération africains : Agostinho Neto, Alberto Chipande, Obasanjo, Sam Nujuma, Joaquim Chissano, Thabo Mbeki, Samora Machel, et bien d’autres.

Il sera aussi chargé de financer les Mouvements de Libération ayant leur représentation à Alger, les documents en ma possession détaillent les sommes versées.

Rôle du colonel Kerkeb au sein de l’OUA

Lorsque l’Algérie accède à l’indépendance en 1962, de nombreux pays africains sont encore sous l’emprise coloniale. Sur les 55 pays que compte le continent africain, seuls 32 sont indépendants, dont 22 ne l’ont été qu’entre 1960 et 1962. Parmi les pays encore colonisés, il y a, entre autres, la Tanzanie, la Zambie, la Gambie, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, l’Angola et le Zimbabwe. En 1963, les chefs d’Etat des pays indépendants d’Afrique se réunissent du 22 au 25 mai à Addis-Abeba, en Ethiopie, et créent l’Organisation de l’unité africaine (OUA).

A l’initiative de la toute jeune République algérienne, les chefs d’Etat africains décident d’inclure dans la Charte de l’OUA la création d’un Comité de libération pour aider les peuples encore colonisés : «Tous les Etats indépendants d’Afrique ont le devoir d’appuyer dans leur lutte pour la liberté et l’indépendance les peuples d’Afrique qui n’ont pas encore accédé à l’indépendance». La mission de ce Comité de coordination militaire africain est d’œuvrer à la décolonisation totale du continent.

L’Algérie se voit naturellement confier la direction de la commission défense dirigée par le colonel Mokhtar Kerkeb. Ce Comité de coordination est composé, dans un premier temps, de neuf Etats membres de l’OUA : Algérie, Congo-Kinshasa, Ethiopie, Guinée, Nigeria, Ouganda, Sénégal, RAU (Egypte), République unie de Tanzanie. Ce n’est que deux ans après, en octobre 1965, que l’Assemblée de l’OUA qui se tient à Accra, au Ghana, décide d’élargir le nombre des Etats membres du Comité en y incluant la Somalie et la Zambie. Le Comité compte, dès lors, onze membres.

Dans le cadre de ce qui a été décidé par l’OUA, l’Algérie charge le colonel Mokhtar Kerkeb, dès 1963, d’apporter un soutien total aux Mouvements de libération en Afrique. L’OUA a demandé aussi à cinq pays membres de désigner un officier pour enquêter sur la réalité des combats menés par le MPLA ou le FLNA, deux mouvements concurrents qui luttent contre l’armée coloniale portugaise.

Le colonel Mokhtar Kerkeb est désigné pour cette opération délicate, car il connaît parfaitement le sujet et les hommes. Ce n’est donc pas par hasard que l’OUA l’a choisi pour présider le Comité de coordination militaire africain de l’OUA. Mokhtar Kerkeb est l’homme de la situation du point de vue militaire et politique, d’autant qu’il est volontaire et est convaincu du juste combat pour la liberté des peuples africains opprimés. Son expérience d’officier de l’Armée de libération nationale (ALN) lui a énormément servi pour affronter des situations difficiles durant cette période au service d’un idéal africain. C’est dans le maquis algérien qu’il a acquis une riche expérience en matière d’analyse des situations et des risques pour une meilleure efficacité opérationnelle.

Il entre en Angola pour se rendre compte des avancées militaires du Mouvement de libération de l’Angola (MPLA). Pour cela, il est escorté la nuit par des militants du MPLA, à travers la jungle et la savane, et parcourt ainsi plus de 200 kilomètres à pied. Un exercice auquel il était habitué lors de notre guerre de Libération nationale.

A son retour de mission, la seule confidence qu’il ait faite est que le trajet est long et très éprouvant, et le constat fait de ce qu’endurent, sur le terrain, les combattants de la liberté du MPLA.

 

Par Djazia Kerkeb

Fille du colonel Mokhtar Kerkeb


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