Boubakeur Miloudi. Professeur à l’université d’Alger : La bataille pour la proclamation de la 2e République en Algérie | El Watan
toggle menu
dimanche, 16 juin, 2019
  • thumbnail of elwatan20190616

Boubakeur Miloudi. Professeur à l’université d’Alger : La bataille pour la proclamation de la 2e République en Algérie

05 avril 2019 à 8 h 31 min

Quand on révise l’histoire, on s’aperçoit que les soulèvements des peuples sont comme des torrents en furies, ils entraînent l’écoulement des empires et l’effondrement des régimes, non pas essentiellement sous l’effet de complots, mais par la puissance extraordinaire de leurs idées adaptées avec l’évolution du temps.

Dans la vie d’une nation, il y a des dates qui marqueront à jamais le cours de son histoire comme la glorieuse Révolution de 1954, l’indépendance de 1962 et l’instauration de la 1re République en 1963.

La date du 22 février 2019 marquera-t-elle la naissance de la 2e république ?

Examinons les forces en présence

1- Ce qui reste du régime de Bouteflika qui a duré 20 ans : le Conseil constitutionnel, le conseil de la nation, l’Assemblée populaire nationale, une partie du FLN et certains oligarques avec leur immense fortune acquise frauduleusement.

2- De l’autre côté : l’écrasante majorité du peuple, avec l’opposition et une partie du régime comme certains partis : celui du RND, une partie du FLN, l’UGTA, et la société civile, etc.

Egalement l’armée, qui a pris position avec le peuple. Son chef, le général de corps d’armée Gaïd Salah, a demandé le 26 mars au Conseil constitutionnel de mettre en place les mécanismes juridiques pour la destitution du président Bouteflika ; cependant, le Conseil constitutionnel n’a pas répondu !

Mais depuis la date du 29 mars, le peuple à travers les manifestations grandioses a interpellé les autorités militaires du pays en tant que garantes de la Constitution d’appliquer les articles 7 et 8, qui stipulent : le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté appartient exclusivement au peuple.

Nous saluons notre peuple lors des manifestations par son comportement pacifique et civilisé en incitant notre armée héroïque à passer à l’action. Dans leur communiqué du 2 avril 20019, les autorités militaires ont obligé le président Bouteflika à démissionner, sans attendre la date du 27 avril, le dernier jour de son mandat, afin de nous épargner cette période d’incertitude où des risques de dérapage ne sont pas exclus.

Donc, le Conseil constitutionnel est saisi officiellement de cette démission, c’est le président du Sénat qui va assurer la présidence de la période de transition.

Mais cette option est biaisée parce que les hommes qui conduiront la période de transition font partie de l’ancien régime. Ce dernier porte en lui-même les causes de ces échecs : crises politiques, sociales et économiques.

Considérant l’Etat algérien, l’actuelle Constitution qui le régit et les forces en présence des solutions politiques équitables sont envisagées.

En effet, dans l’article 7, il est dit que le pouvoir appartient au peuple. Le peuple, c’est tout le monde et personne à la fois. Donc, c’est au nom du peuple :

1- Qu’il appartient aux partis politiques de l’opposition de proposer le choix de personnalités qui font consensus au sein de la population

Ces personnalités choisies représentant le peuple désigneront un président. Elles doivent négocier la transition avec l’armée et les services de sécurité du pays. Ainsi, exit Bensalah. C’est quelqu’un d’autre qui devient président.

2- Il s’agit par la suite de créer des mécanismes pour une sortie de crise dont les objectifs sont les suivants :

– Mise en place d’un gouvernement indépendant formé de technocrates : choix négocié, donc exit Bedoui. C’est un autre chef de gouvernement qui est chargé des moyens matériels et d’expédier des affaires courantes.

– Créer un organe de contrôle des élections législatives indépendant, car seuls les représentants du peuple sont habilités à proposer une nouvelle Constitution au suffrage universel.

Cet organe sera jugé sur les résultats des élections législatives.

C’est sur cette base légale et constitutionnelle que l’élection présidentielle pourra avoir lieu.

– Les deux Chambres : le Conseil de la nation et l’Assemblée populaire nationale seront dissous.

– Donc, un changement va s’opérer rapidement pour une période transitoire ne dépassant pas une année, avec la mise en place de la nouvelle équipe dirigeante.

Cette rupture permettra l’instauration de la 2e République, ce qui créera un immense espoir au sein de la population car elle marquera non seulement la fin des manifestations grandioses, mais la fin de la 1re République !

Cette 2e République s’inscrira en droite ligne dans la déclaration du 1er Novembre 1954. Elle sera celle du droit et de la justice, parce que la nouvelle institution représentera réellement le peuple. Il ne faut pas oublier que les manifestants scandaient : «La 1re République a permis de libérer le pays, la 2e République permettra de libérer le peuple.»

Actuellement, les Algériens semblent se réconcilier autour d’un idéal de fraternité.

Néanmoins, il faut attirer l’attention que la mise en place de la période de transition est un processus lent est difficile. A cause des enjeux considérables, non seulement à l’intérieur mais à l’extérieur du pays.

Egalement, il faut être vigilants parce qu’il faut craindre des agitations qui peuvent se traduire par des situations dangereuses à cause de grands intérêts qui sont en jeu.

Plus la période de transition est courte, plus on pourra maîtriser la crise économique qui est déjà déclenchée depuis 2014 ! Il faut réfléchir à un plan à moyen terme de redressement de l’économie nationale afin de relancer la croissance par des investissements massifs dans les secteurs productifs en recherchant l’efficacité économique, et de l’autre côté protéger les couches sociales défavorisées en procédant à leur recensement au niveau de toutes les communes.

Cependant, la situation du pays est difficile et appelle toutes les forces vives à y participer, mais elle n’est pas insurmontable.

Il faut souligner que la clairvoyance de notre peuple et de notre jeunesse avec nos intellectuels nous sera utile dans les temps à venir, puisque nous avons de plus en plus notre destin en main.

Maintenant, il faudra opérer des choix qui sont d’une importance cruciale parmi ceux qui peuvent s’offrir à nous.

Ainsi, la sagesse de notre peuple et son comportement pacifique et en prenant en considération les leçons du passé nous donnent l’expérience nécessaire pour mieux affronter l’avenir.

Loading...
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!