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jeudi, 13 août, 2020
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Autisme en Algérie : Quel avenir ?

11 janvier 2020 à 9 h 00 min

la lecture de la nouvelle sur les jeunes enfants autistes au sein d’une association non agréée à Constantine, et le sort qui leur a été réservé et la maltraitance qu’ils ont subie, je me demande comment nous en sommes arrivés là. Cette nouvelle m’attriste au plus haut point en prenant connaissance du sort que notre société réserve à cette population aux besoins spécifiques.

En effet, parmi la dizaine de personnes arrêtées – membres de cette association – se trouvent des psychologues ! Nous avons eu l’occasion d’intervenir à plusieurs reprises sur la question en exposant les risques qui pourraient survenir si nous poursuivons dans la même voie.

Je pense que la question n’est pas spécifique aux autistes, mais englobe l’ensemble des personnes en situation de handicap. En effet, comment bâtir une société où les personnes les plus vulnérables auront toute la place qu’elles méritent ? De plus, elles doivent être protégées et accompagnées dans leur insertion sociale, scolaire et professionnelle.

En effet, il me semble que la problématique est d’abord structurelle, à savoir le manque de structures administratives et d’accueil. De plus, la question de la formation des accompagnateurs, le problème de coordination entre les différents services et, enfin, l’ensemble des ces facteurs doivent être  dans des textes réglementés.

Différencier le handicap de la maladie devrait être une évidence en instaurant une nouvelle culture clinique qui permet de maîtriser ces distinctions, qui ne sont pas uniquement théoriques, mais également dans les modalités d’intervention et d’accompagnement psycho-éducatif ou psychothérapeutique.

En outre, en l’absence de textes structurant les champs d’intervention, c’est-à-dire les centres d’accueil, et des textes de loi qui imposent un cahier de charges pour l’ouverture d’un centre pour des personnes à besoins spécifiques ou en situation de handicap, soit dans un cadre associatif, étatique ou privé, renforce l’anarchie pour répondre aux besoins des parents, qui sont désorientés à tous les niveaux.

Comme nous l’avons déjà écrit dans le précédent article, on devrait créer une structure au niveau national, avec des annexes au niveau régional afin de mieux réorganiser les structures et surtout de mieux répondre aux besoins des personnes en situation de handicap.

Cette structure s’occupera de délivrer des notifications en s’appuyant sur les bilans faits par les personnels médicaux et paramédicaux – orthophonistes, neuropsychologues, ergothérapeutes, psychologues, etc. – qui détermineront les niveaux des besoins pour chaque personne afin de lui faciliter son intégration à son environnement.

Le deuxième point qui me semble très important, c’est le rôle du psychologue qui reste sans statut en Algérie et sans réglementation pour exercer. A ce jour, la psychologie est toujours considérée comme une science sociale et non pas comme un soin, c’est-à-dire le médico-social. Certes, une spécialité comme la neuropsychologie est plus proche de la médecine que de la sociologie ou de l’histoire. D’où l’importance d’y remédier et de se mettre à jour à ce niveau, tout en sachant qu’en Algérie ces deux métiers sont enseignés dans deux langues différentes.

Ainsi, l’enseignement de la psychologie en arabe est une aberration, car, à plusieurs niveaux, les formateurs qui interviennent sont souvent des francophones et non des arabophones. Les modèles et techniques d’intervention sont souvent développés dans les pays tels le Canada, la France, la Belgique et la Suisse). Les techniques d’intervention sont de plus en plus intégratives du médical à l’éducatif en passant par le rééducatif et le psychologique.

Un autre point en lien avec le métier de psychologue est la question du diagnostic qui s’appuie sur un raisonnement clinique et des tests psychotechniques. L’absence d’une expérience et d’une éthique d’exercice rendrait la tâche de diagnostic difficile.

Personnellement, j’ai reçu beaucoup de personnes qui ont eu de faux diagnostics, car les psychologues ou les médicaux s’appuient uniquement sur l’observation clinique. Je rappelle également que dans le cadre d’une formation de psychologue, l’obligation de stage est primordiale. Prenons l’exemple des Troubles du spectre de l’autisme (TSA) ; le diagnostic se fait en général par une équipe pluridisciplinaire, mais principalement par les tests psychotechniques. La maîtrise de ces tests, dans leur passation et surtout dans l’interprétation clinique, sont nécessaires. De plus, ils nécessitent des formations spécifiques et une maîtrise. Malheureusement, certains praticiens se précipitent à poser un diagnostic.

Une fois le diagnostic posé, le parcours du combattant pour les parents commence, comme nous l’avons expliqué. Les parents entendent plusieurs versions. Ceux qui leur présentent les remèdes magiques par des pratiques charlatanesques. D’autres s’aventurent à des affirmations sans fondement scientifique ou au moins reconnues dans le champ scientifique. Derrière «les guérisons magiques», il y a la question de l’argent. En l’absence d’une éthique rigoureuse, tout est permis, tant qu’elle ne touche pas à la morale religieuse !

En effet, l’absence d’un esprit scientifique qui voulait rendre l’homme plus rationnel, la morale religieuse et parfois la culture charlatanesque s’incrustent dans la formation de nos futurs praticiens.

J’étais confronté une fois, lors d’une formation que j’ai donnée dans une université algérienne, à un doctorant qui m’a interpellé en me disant que «la description des symptômes des Troubles obsessionnels et compulsifs (TOC) a été mentionnée dans le texte sacré» et il poursuit me disant que : «C’est le DSM-IV qui ont copié sur le texte sacré !»

En effet, le recul dans l’enseignement de la philosophie dans le parcours scolaire et universitaire se ressent de plus en plus dans les débats que j’ai souvent eus avec des collègues psychologues, médicaux et universitaires. D’où la difficulté de différencier entre l’éthique et la morale et surtout l’esprit scientifique ne doit pas être piégé, c’est-à-dire être un argument pour justifier la religion. (Cf. les travaux de Mohamed Arkoun).

En effet, quelques centres existent en Algérie, encadrés par des associations de parents et parfois de centres étatiques qui font de leur mieux. Avec peu de moyens, ils arrivent parfois à insérer les personnes en situation de handicap.

Néanmoins, il y a toujours des véreux qui essaient de profiter du malheur des hommes. Ils ne cessent de se multiplier en créant des centres, des crèches, etc., devenus des usines à sou ! Sans une réglementation judiciaire avec des personnes compétentes et surtout l’aide de l’Etat, par exemple le prix de la journée, un cahier des charges d’ouverture, des centres d’accueil, etc., ces centres «intrus» seront gérés par des gourous avec des pratiques du gris-gris !

Il reste un point, le plus important, c’est-à-dire comment coordonner les différents services qui accompagnent les personnes en situation de handicap (l’éducation nationale, la santé, les différents services d’emploi, etc.), ainsi que les différents professionnels afin de les faire converger vers une pratique commune, c’est-à-dire réaliser dans le cadre d’un projet individualisé. Ceci ne pourra pas avoir lieu sans une institution qui veillera sur l’aboutissement de ces projets individualisés ou personnalisés.

Enfin, pour conclure, l’accompagnement des personnes en situation de handicap, quelles qu’elles soient, est un chantier dans notre pays. Il devrait y avoir une vraie politique sociale qui pourrait accompagner cette tranche de nos concitoyens qui ont toute leur place dans la société. Il ne suffit pas uniquement de centres et de personnes, mais de la bonne gouvernance et de bonnes pratiques avec une coordination fiable qui leur faciliteront l’accès à une vie respectable.



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