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mardi, 23 octobre, 2018
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Ali Benslama, membre fondateur, membre du bureau, entraîneur-joueur de la JSK

09 juillet 2018 à 8 h 10 min

La rencontre en ce jour avec l’un des membres fondateurs de la prestigieuse équipe de la JSK, en plus de sa circonstance émouvante et poignante, fut exceptionnelle, importante et particulière.

Qu’il me soit permis de présenter ce grand Monsieur en la personne de dada Ali, Si Ali, Sidi Ali, ou tout simplement Ali Benslama, et l’expression qui lui sied à merveille : «La grandeur dans la simplicité».

Malgré le poids des années, il est à l’étape de la dixième décennie de sa vie pour fêter le siècle, il a gardé son sourire légendaire et son regard expressif exprimant sa bonté, sa douceur, son amabilité et son accueil chaleureux.

Et c’est avec humilité, abnégation, courage et lucidité qu’il nous a reçus, mon frère aîné Brahim et moi, en sa demeure. Nous lui avons rendu visite pour lui présenter nos condoléances et partager avec lui et sa famille la cruelle et lourde peine de la disparition de son épouse qui venait d’être enterrée le jour même dans le carré familial au cimetière de M’douha qui est commun à celui de ma famille, matérialisé par les nombreuses tombes témoins du lien ancestral des deux familles.

Un des liens de parenté nous lie avec la défunte par sa grand-mère paternelle, Nana El Ghalia Mahmoud Moh Brahim, la cousine de notre grand-père paternel Akli Moh Brahim. Qu’elle repose en paix, que Dieu le miséricordieux l’accueille dans Son vaste paradis auprès des nôtres, nos aïeux communs.

L’atmosphère de la rencontre fut atténuée par la remémoration des souvenirs de famille, entre autres les nombreuses alliances existant entre les deux familles et les ramifications avec les autres, formant ainsi une communauté autochtone solidaire et unie contre l’adversité et essentiellement contre les affres et le joug du colonialisme.

Et c’est ainsi tout naturellement que nous abordions la vie de la société autochtone et son organisation, l’école coranique de Lalla Saïda, où la défunte fut une des élèves. Elle avait comme camarade ma grande sœur Daouia et tant d’autres jeunes filles de la haute ville, une photo de l’époque illustre et immortalise l’instant.

Ces jeunes filles fréquentaient aussi l’école laïque indigène avant leur adolescence. C’est tout naturellement aussi que nous évoquions les autres écoles de garçons, le collège moderne de Tizi Ouzou, seul et unique de toute la grande Kabylie. Nous avons aussi et surtout parlé de l’association des Scouts musulmans algériens (SMA), véritable école de militantisme. Nous avons enfin et surtout relaté le sujet tant attendu sur les circonstances de la création de notre club ancestral emblématique, devenu le symbole de toutes les régions de Kabylie et nous interrogions celui qui fut et demeure le seul et unique historique vivant parmi les fondateurs.

Mais avant de parler de la création du club, découvrons le héros vivant qui fut sa vie durant un incontournable acteur dans la communauté autochtone tizi ouzéenne. Son parcours fut des plus riches dans plusieurs domaines de la vie sociale, associative, militante, sportive et professionnelle. Ali Benslama pour les intimes est né le 12 décembre 1924 dans le quartier de «La Colonie», avant que ses parents ne s’établissent à «La Victoire» et enfin à «Hadj Ali Boulou», au centre-ville de Tizi-Ouzou.

Il fréquenta dans sa tendre enfance l’école «Jean Maire» située à l’entrée de la haute ville de Tizi Ouzou, où il fut un élève studieux, attentif. Il sera admis au collège moderne de Tizi Ouzou. Il avait comme camarades : Hassoun Saïd, Oumerzouk Omar, Hammouche Moh Cherif, Stambouli Ali, Saheb Mohamed, qu’il retrouvera plus tard, notamment comme membres fondateurs de la JSK, et entre autres élèves, Hannachi M. Ouali, Aïd Boubekeur, Allouche Ahcene, Arhab Arab, etc., et enfin le regretté Laïmeche Ali, patriote engagé, membre fondateur du groupe SMA à Tizi Rached.
Parallèlement, il s’inscrivit aux SMA groupe El Hillal qu’il fréquenta assidûment sans interruption jusqu’à devenir chef scout.

Il venait d’avoir 18 ans. De forte corpulence physique, il s’adonna à différentes disciplines sportives telles que le cross-country, le basket-ball et essentiellement la discipline fétiche de toute une jeunesse, le sport-roi qui est bien évidemment le football.

Au-delà de son aptitude physique athlétique, il avait une force de caractère, une conscience politique des plus avisées et un sens patriotique des plus profonds.
Notre courte rencontre impromptue fut des plus riches en informations, en précisions, en rebondissements sur des faits historiques racontés, transmis, entretenus et qui sont ancrés dans la mémoire collective.

Il m’a fallu quelques minutes d’entretien pour remettre en cause différents écrits sur la création de la JSK et les huit hommes, pas plus, pas moins, qui avaient en s’unissant pris le destin de toute une communauté, toute une jeunesse. Ils se sont rassemblés, se sont liés d’amitié, ils ont transcendé leur ego, ils se sont emparés d’une conscience politique commune, et comme un seul homme et après avoir réfléchi sur leurs faits et gestes et anticipé sur le futur et l’avenir, ils ont créé celle qui allait avoir une renommée continentale, la grande et fameuse équipe de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK).

Comme par enchantement, grâce à la mémoire indéfectible et la profonde lucidité du fondateur vivant Ali Benslama, la vérité du passé d’il y a 72 ans de la JSK me fut révélée en ce jour : «La vérité finit toujours par se savoir».

Document à l’appui, rédigé par ses soins, j’ai appris que les fondateurs dont les noms suivent sont les seuls à avoir fondé l’équipe de la JSK. Ils sont au nombre de huit : Ali Benslama, Ali Stambouli, Boualem Iratni, Mohamed Saheb, Saïd Amirouche, Saïd Cherdioui, Omar Oumerzouk, Mohamed Chérif Hamouche. Ali Benslama est à ce jour le seul survivant de cette grande épopée qui a marqué le temps, plus du demi-siècle passé et presque le quart de siècle présent et l’espace, de son point de départ des quartiers indigènes d’une partie de ce qui était la petite ville de Tizi Ouzou a été conquérir des palmarès et poussé sa renommée vers les horizons les plus lointains du continent africain, jusqu’aux confins du golfe persique.

Ali Benslama fut à la fois le créateur, le joueur et l’entraîneur, il avait tout juste 22 ans. Le document qu’il avait rédigé a permis de prendre connaissance des circonstances de la désignation par l’assemblée à la fin de la réunion constitutive. Il sera composé comme suit : Nouri Mohamed, président actif ; Belhocine Arezki, vice-président ; Oumerzouk Moh oulhadj, secrétaire général; Mesbahi Ramdhane, trésorier ; Dris Moh Sghir, assesseur ; Benslama Ali, assesseur (désigné par les membres fondateurs les représentant).

Le père Ouakli Sadi a eu l’unanimité pour sa désignation en qualité de président d’honneur à vie. Le document nous apprend aussi que Moh Lounes Madiou, fils d’une vieille famille tizi ouzéenne après la démission d’Oumerzouk Moh El Hadj, a été nommé secrétaire général. Mohamed Baïleche lui succéda quelques années après jusqu’à l’appel à dissolution par le FLN des clubs musulmans en 1956. Moh Lounes Madiou a accompli de nouveau cette mission à l’indépendance du pays.

D’autres vérités ont été dévoilées en ce jour pour ne citer que les couleurs du club, le vert et le jaune, qui ont été inspirées du fanion et du foulard du groupe scout El Hillal de Tizi Ouzou. Que le club du Mouloudia d’Alger n’a pas offert des maillots vert et rouge à la JSK. De même que les deux joueurs originaires de la haute ville, deux icônes du MCA, Mansour Abtouche et Hacene Hammoutene, ont rejoint la JSK à la fin de leur carrière de footballeur au sein du Mouloudia (MCA) : Abtouche Mansour était goal émérite et Hammoutene Hassane international sacré en Angleterre.
On dit qu’il suffit d’une goutte d’eau pour connaître le goût de la mer mais on ne connaîtra jamais assez les richesses de ses profondeurs.

Il a suffi de quelques minutes pour faire resurgir la vérité au grand jour enfouie ou voilée par des contre-vérités, des vérités incomplètes ou approximatives entretenues par ignorance pour certains, par vanité ou orgueil pour d’autres pendant trois quarts de siècle.

A cœur vaillant rien d’impossible ; après l’appel à la cessation de l’activité sportive par le FLN en 1956, la plupart des dirigeants et des joueurs ont poursuivi le militantisme révolutionnaire en rejoignant le maquis ou en activant dans les réseaux de soutien de la ville de Tizi Ouzou. Ali Benslama fut un militant accompli dans l’OCFLN, il activa sans relâche au sein de la cellule de l’OCFLN de la ville et de la région de Tizi Ouzou, il a subi la détention au camp militaire de Beni Mansour après la grève des huit jours et à partir de fin octobre 1957, la détention dans les prisons de Tizi Ouzou, la Centrale d’Alger et le centre pénitentiaire d’El Harrach pour menées nationalistes au sein du FLN et astreinte à domicile avec contrôle policier toutes les semaines, et ce, pendant plus d’une année.

C’est ainsi que tout naturellement il reprit son activité en tant que cadre dirigeant et entraîneur au sein du club dont il était le concepteur et le créateur. Il ne pouvait en être autrement ; après sa famille parentale, lien de chair et de sang, la JSK est à jamais sa raison d’être. Le sport est son oxygène et la JSK sa source éternelle d’où jaillit son énergie perpétuelle et elle le sera jusqu’à son dernier souffle.

N’est-ce pas que tout au long de sa vie, il a sans relâche apporté tout son savoir et son savoir-faire sans aucune contrepartie si ce n’est un minimum de reconnaissance et de gratitude pour les pionniers dont il fait partie.

Ali Benslama, sportif invétéré, éducateur dévoué pour ses propres enfants et pour toute la jeunesse de Kabylie, dirigeant de club accompli fut aussi un haut cadre de la santé, un domaine qui ne pouvait être dissocié du sport.

Ne faut-il pas pour «un esprit sain dans un corps sain» la pratique sportive et une bonne santé ?

Sa carrière dans le secteur de la santé quelle que soit sa motivation était en complémentarité avec son tempérament et sa pratique sportive. Comme appris lors de notre rencontre, il a fait partie de la deuxième promotion de la fameuse école des cadres de la santé de la ville française de Rennes qui a formé les premiers directeurs hospitaliers algériens ayant bénéficié d’un haut niveau de formation sanctionné par un diplôme et qui a permis de faire fonctionner les structures hospitalières avec un savoir académique et une rigueur professionnelle malgré les difficultés de moyens et le manque de praticiens généralistes ou spécialistes algériens.

C’était l’époque des missions médicales venues des pays de l’Est et de Cuba. Parmi ses collègues et amis ayant fréquenté l’école des cadres de santé de Rennes et ayant été directeurs d’hôpitaux, on peut citer le moudjahid, officier de l’ALN, feu Moh Amirouche, directeur de l’hôpital de wilaya de Tizi Ouzou, où j’ai passé mon premier stage d’internat les trois mois d’été de l’année 1975.

Je citerai aussi El Hadj Salah Mekacher, ancien officier de l’ALN et secrétaire de la Wilaya III historique ; il fut pendant plusieurs années successivement directeur d’hôpital, puis directeur de santé de wilaya de Tizi Ouzou. Il est l’auteur d’un livre mémorable sur la guerre dans les maquis de la Wilaya III historique.

Que Dieu lui prête longue vie. Ali Benslama fut successivement directeur de l’hôpital de Lakhdaria (Palestro) inauguré par le président Boumediène en présence de la mission médicale étrangère (hôpital de l’amitié algéro-soviétique).

Il a été appelé, ensuite, à l’hôpital de Bordj Menaïel pour l’aménagement en centre chirurgical et a reçu le groupe de médecins hongrois, puis affecté à la direction psychiatrique de Oued Aïssi avec pour mission la réorganisation et la relance de l’activité de psychiatrie au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou et des wilayas périphériqes : Boumerdès, Béjaïa, Bouira, Médéa. Après Lakhdaria, il a été installé par nécessité à l’hôpital de Boghni, puis a rejoint l’hôpital régional de Tizi Ouzou sur instruction de l’administration en prévision de la séparation du secteur sanitaire et le projet CHU.

Ali Benslama est le témoin vivant possédant une mémoire indéfectible avec un parcours inégalé dont il était l’un des pionniers dans plusieurs domaines comme cité précédemment, essentiellement dans le scoutisme où il fut chef scout, militant et membre de l’OCFLN pendant la guerre de Libération, cadre de la santé dans plusieurs établissements hospitaliers et dans son parcours le plus long depuis son plus jeune âge, le mouvement sportif comme concepteur et fondateur, joueur-entraîneur, puis dirigeant de la JSK.

La communauté tizi ouzéenne et tous ceux qui aiment la JSK doivent s’enorgueillir d’avoir un doyen vivant de cette envergure, qui a été et reste le sage qui connaît et qui a fait le long chemin et qui peut nous guider et nous conseiller.

L’équipe dirigeante actuelle, et à sa tête son président Mellal, a l’obligation et le devoir de mémoire de ne jamais oublier tous ceux qui ont apporté leur contribution pour notre seul et unique club, la JSK, avec une mention particulière pour ce grand Monsieur, Ali Benslama.

Que Dieu lui accorde longue vie ; gloire et éternité à la Jeunesse Sportive de Kabylie.

Par Omar Zemirli

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