Algérie : entre espoirs et menaces | El Watan
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Contribution

Algérie : entre espoirs et menaces

25 août 2019 à 9 h 42 min

L’Algérie traverse une conjoncture politique difficile, marquée par un climat d’inquiétude et d’incertitude, suite aux divergences profondes au sein des partis et de la société civile sur une démarche consensuelle pour la gestion de la période de transition et l’absence de perspective de sortie de la crise.

En effet, toutes les rencontres tenues dans ce cadre n’ont pas abouti à un accord satisfaisant entre les différentes forces du pays en raison des divergences politiques et idéologiques

De plus, toutes les propositions de sortie de crise n’ont pas recueilli une adhésion suffisante de la classe politique qui reste extrêmement divisée sur la participation au dialogue national.

A défaut d’un large consensus négocié, la crise risque encore de s’aggraver et conduire à une grande impasse politique aux conséquences regrettables.

Face à cette situation critique, chaque Algérien est appelé à contribuer à la recherche d’une solution juste et acceptable de sortie de crise afin d’éviter tout risque de dérapage.

C’est dans ce cadre que cette contribution s’inscrit pour interpeller le mouvement populaire afin de mener toute action utile et concertée auprès des autres forces du pays en vue d’obtenir le meilleur compromis politique.

En effet, le mouvement populaire qui constitue une grande force de mobilisation et qui suscite une grande admiration à l’échelle internationale grâce à son organisation et à son caractère pacifique doit œuvrer à la recherche d’un large consensus de sortie de crise.

Car seule une initiative émanant du mouvement populaire, loin de toute considération politique ou idéologique, peut recueillir une meilleure adhésion de l’ensemble des forces du pays.

Dans le cadre d’une bonne organisation et pour ne plus permettre à certains individus de s’exprimer en son nom, le mouvement populaire doit impérativement se structurer et désigner ses propres représentants afin de mener toute négociation ou concertation avec les autres forces du pays.

La désignation de ses représentants doit se faire d’une manière objective selon des critères arrêtés, élargie à toutes les catégories socioprofessionnelles, et doit concerner toutes les wilayas, daïras, communes et villages du territoire national, ainsi que la communauté algérienne vivant à l’étranger, à l’exemple du mode opératoire suivant :

1- constitution des comités des quartiers ou des villages par la désignation d’un membre dans chaque quartier ou village de la commune ;

2- les membres des comités des quartiers ou villages de la commune désignent à leur tour deux (2) membres de leur choix pour les représenter dans un comité communal ;

3- à leur tour, les membres de chaque comité communal désignent une personne qui représente la commune dans le comité de wilaya au niveau de chaque wilaya ;

4- la communauté algérienne vivant à l’étranger doit constituer deux (2) comités représentatifs de leur choix ;

5- enfin, chaque comité de wilaya et de la communauté algérienne vivant à l’étranger désigne 2 à 3 personnes dans le Conseil consultatif national (représentant toutes les wilayas à l’échelle nationale et à l’étranger qui ne doit pas dépasser 150 membres pour des raisons de commodités)

Ainsi, pour toutes les consultations, le mouvement sera représenté, selon le cas, par : ses comités des villages ou des quartiers ; ses comités communaux ; ses comités de wilaya ; ses comités des Algériens vivant à l’étranger ; son Conseil consultatif national.

Le mouvement populaire ne constitue pas un parti politique puisqu’il est lui-même composé de plusieurs courants et sensibilités.

La structuration et l’organisation du mouvement répond uniquement au besoin de la représentativité de la société civile lors de ses concertations avec les autres forces du pays.

Néanmoins, le mouvement populaire doit rester une force : de propositions ; de mobilisation et rassemblement autour de véritables valeurs démocratiques ; du suivi et de l’accompagnement dans le cadre de l’instauration de la nouvelle République ; de vulgarisation des principes républicains.

Dans le cadre des élections, le mouvement populaire peut désigner ou soutenir toutes les personnalités consensuelles et les candidats qui respectent les valeurs démocratiques.

Les comités et le Conseil consultatif du mouvement doivent demeurer, même après les élections, et être consultés régulièrement dans le cadre de la démocratie participative.

Après la désignation de ses représentants, le mouvement populaire doit s’atteler à l’organisation d’une conférence nationale, où toutes les personnalités nationales, forces politiques, syndicats, organisations et associations sont invités pour participer à un grand débat dans le cadre de la recherche d’un meilleur compromis de sortie de cette crise. Pour atteindre cet objectif, le mouvement doit veiller à ce que tous les débats soient axés exclusivement sur la satisfaction des revendications légitimes du peuple algérien et l’instauration d’une nouvelle République selon les principes de la séparation des pouvoir ; de la bonne gouvernance ; du respect du pluralisme politique ; du respect de toutes les libertés ; du respect de la justice sociale.

Dans le cadre d’un dialogue sincère, le mouvement populaire doit être représenté par ses propres délégués pour éviter toute forme de récupération.

Pour une bonne réussite, le dialogue doit être précédé des mesures d’apaisement et porter exclusivement sur les questions relatives aux revendications du peuple algérien et la recherche d’un meilleur compromis politique. S’il est tout à fait légitime d’appréhender le dialogue dans le contexte actuel, il n’en demeure pas moins qu’un dialogue sincère, loin de toute contrainte politique ou idéologique, reste une voie à privilégier pour la recherche d’une solution juste et équitable à la crise.

Car l’histoire nous a enseigné que les dialogues initiés sous l’effet de contrainte ont échoué à cause des calculs politiciens.

C’est pour cela que le mouvement doit œuvrer en toute neutralité, et en concertation avec toutes les forces vives du pays, à la recherche d’un meilleur consensus de sortie de crise.

Car seul un dialogue sincère mené par le mouvement populaire, loin de toute considération politique ou idéologique, peut aboutir à un large consensus pour la sortie de cette grave crise et se consacrer au volet économique qui nécessite une meilleure prise en charge dans le cadre d’une refonte globale.

A ce titre, une réflexion doit être engagée pour l’instauration d’un nouveau modèle économique régi selon les règles d’efficience et de transparence, où de véritables instruments de contrôle efficaces doivent être mis en œuvre pour lutter contre la corruption et toutes les autres formes de délits économiques,

En effet, les scandales de corruption nous révèlent chaque jour davantage l’ampleur des délits économiques commis dans notre pays et montrent surtout le degré de vulnérabilité de notre économie.

De plus, la situation économique actuelle de l’Algérie est très préoccupante avec :

– un déficit budgétaire important ;

– un Fonds de régulation de recettes (FRR) déjà épuisé ;

– un déficit de la balance commerciale ;

– une dévaluation continue de la monnaie nationale ;

– une inflation soutenue (diminution du pouvoir d’achat) ;

– un taux de croissance faible ;

– des réserves de change qui s’épuisent ;

– un financement non conventionnel qui risque encore d’aggraver l’inflation (perte du pouvoir d’achat).

Les indicateurs des perspectives économiques algériennes révélées par les banques et les autres organismes internationaux ne prêtent pas du tout à l’optimisme. L’économie algérienne qui reste encore tributaire des hydrocarbures en matière d’exportation exige une réforme profonde et la mise en œuvre d’un nouveau modèle qui porte sur une véritable diversification. Ce nouveau modèle économique doit être débarrassé de toute contrainte administrative ou bureaucratique et répondre à toutes les règles de transparence et d’efficience.

A cet effet, des instruments de contrôle efficaces aussi bien internes et qu’externes doivent être mis en place au sein de toutes les institutions, collectivités publiques et entités économiques pour prévenir toute forme de détournement ou de malversation.

Tous les contrôles à opérer doivent être effectués selon les normes et diligences par des professionnels aux compétences avérées.

Un changement profond au sein des institutions, collectivités publiques et une formation adéquate adaptée au personnel permettrait l’émergence de nouvelles compétences et une meilleure prise en charge d’une évaluation des politiques publiques, en collaboration avec d’autres experts nationaux.

La réforme économique doit être menée loin de toute contrainte politique et compte tenu du respect des engagements signés par l’Algérie avec ses partenaires internationaux,

elle doit porter sur une vision économique à court, moyen et long termes et doit être effectuée d’une manière graduelle et réfléchie afin d’éviter toute répercussion néfaste sur le pouvoir d’achat des citoyens.

La situation économique montre que certains déséquilibres relèvent beaucoup plus des lacunes de gestion et d’absence d’instruments efficaces de lutte contre les délits économiques.

Pour cela, un diagnostic précis et un audit complet doivent être effectués au sein de toutes les institutions, collectivités locales et organismes nationaux afin d’analyser et de réajuster tous les grands déséquilibres économiques portant sur l’équilibre budgétaire par :

1- L’augmentation des recettes par l’augmentation du taux de recouvrement des impôts et taxes déjà existants ; la recherche des nouvelles sources de recettes budgétaires ; la lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale ; l’instauration d’un véritable impôt sur les fortunes ; la mise en œuvre d’une meilleure politique d’incitation à l’investissement ; la réduction des dépenses fiscales.

2- La diminution des dépenses publiques par la réduction des subventions et les transferts sociaux (meilleur ciblage) ; la réduction des dépenses de fonctionnement ; la réduction des dépenses d’équipements par la mise en œuvre d’une Gestion axée sur les résultats (GAR) ; la mise en œuvre d’une comptabilité financière internationale des droits constatés (IPSAS) ; la mise en place d’une comptabilité de gestion efficace pour le suivi de tous les projets afin d’éviter les surcoûts inutiles.

L’équilibre de la balance commerciale doit s’appuyer sur :

1- L’augmentation des exportations ; l’augmentation des recettes par l’instauration des véritables mesures d’encouragement pour toutes les exportations hors hydrocarbures dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau modèle économique.

2- La diminution des importations par :

La lutte contre toute forme de surfacturation ;

l’instauration d’une taxe sur tous les produits importés, dont la fabrication est réalisée en Algérie avec des qualités similaires et des prix compétitifs.

Ainsi, en luttant efficacement contre toute forme de bureaucratie et en organisant des actions de formation ou de recyclage pour le personnel et les élus sur toutes les nouvelles techniques de gestion, et en appliquant la règle du management des trois E (efficience, efficacité, économie), l’Algérie pourrait réussir véritablement sa transition économique.

 

 

 

 

Par Rachid Amoura

– Expert international en audit financier ; commissaire aux comptes ;

enseignant et formateur agréé


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