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Air Algérie : marché Afrique  : Regagner sa position (Suite et fin)

28 octobre 2020 à 10 h 00 min

Le maintien des activités en direction de l’Afrique a permis à ces pays de sortir de leur isolement jusqu’au moment où certaines compagnies européennes et continentales ont pris conscience des enjeux possibles et exploitent ces marchés, engendrant une concurrence de nature à mettre en péril les compagnies locales qui ne disposent pas de moyens suffisants pour tisser des relations de partenariat ou de joindre une grande alliance. Car le comportement d’éviction dans le transport aérien peut se présenter sous plusieurs formes, notamment :

– la baisse des tarifs (Air Sénégal et Tunis Air) et/ou l’accroissement de l’offre (RAM) ;
– le repositionnement dans des créneaux horaires profitables.

Considérée comme une compagnie jouissant d’une notoriété et expérience dans le domaine de l’exploitation d’une compagnie aérienne, Air Algérie a, jusqu’à présent, occupé une place importante au sein de la sous-région et notamment en Afrique de l’Ouest.

On lui reconnaît, en sa qualité de compagnie nationale étatique, une mission de service public avec un réseau domestique plus développé que chez certains de ses voisins, et un réseau international relativement dense.
Concernant ses activités en Afrique, il faut également préciser que cette présence relève plus de l’orgueil national que du bon sens économique et Air Algérie n’a jamais fait de la rentabilité une priorité en raison du caractère particulier de ce marché, d’une part, et de la forte concurrence prévalant au niveau de ce marché, d’autre part.

A titre d’exemple, le déficit d’exploitation au titre de l’exercice 2017 est évalué à 635.6 millions de DA.
Un bond qualitatif et quantitatif est toutefois noté entre 2018 et 2017 :

– un trafic en hausse de 17% (111 393 passagers) ;
– un chiffre d’affaires en progression de 40% (1769 millions de DA).
Air Algérie a couvert et continue de couvrir plusieurs destinations. Elle a même contribué à une époque d’une manière très active au développement du transport aérien de certains pays d’Afrique à travers un appui d’expertise et de formation en direction de ce pays.

Les lignes desservies actuellement sont :
Niamey, Ouagadougou, Bamako, Dakar, Abidjan, Nouakchott.
Durant les années 1970, Air Algérie a même desservi l’Angola, le Congo- Brazzaville, le Nigeria.

Du fait des surcoûts engendrés par leur exploitation et en accord avec nos autorités, ces dernières ont dû être suspendues en raison de la faiblesse des échanges économiques qui n’engendraient pas le flux de trafic escompté. Air Algérie a mis en veilleuse à cette époque l’activité de continuation (6e liberté) et la faiblesse commerciale ont constitué une cause de cette perdition. Air Algérie aurait dû se maintenir, le déficit serait absorbé par une approche commerciale orientée et spécifique pour ce marché, en adoptant une politique prix/produit ciblé.

Les plus fortes menaces à l’encontre d’Air Algérie émanent justement des compagnies des pays voisins qui, bénéficiant du soutien de leurs autorités, se sont lancées dans une politique agressive de conquête de ce marché qu’elles délaissaient jusque-là.
La meilleure illustration en est le retrait des droits de trafic entre Nouakchott et Casablanca qui nous a été imposé par la partie marocaine.

Un peu plus loin, il y a lieu de signaler la suppression des droits de 5e liberté que nous accordait précédemment le Burkina Faso dans lequel la capitale Ouagadougou nous servait de plate-forme avec relève d’équipages et par laquelle nous faisions transiter tous nos vols.

De même, la fin de non-recevoir qui nous a été réservée par les autorités maliennes pour l’octroi de droits de trafic au-delà de Bamako.

Le cadre réglementaire : en soi, l’application de la Décision de Yamoussoukro peut avoir un effet pervers à long terme : la question de la cession des droits de trafic et notamment la 5e liberté peut entraîner un déséquilibre sur le trafic car il est de notoriété que le marché algérien, au contraire du trafic intra-africain, est composé majoritairement de passagers à l’export.
Par ailleurs, la question de l’éligibilité des compagnies, insuffisamment clarifiée, pourrait donner lieu à de graves dérives qui se concrétiseraient par l’arrivée sur notre marché de compagnies étrangères au continent qui auront passé des accords de franchise avec des compagnies locales.

Air Algérie subit malgré elle une politique d’encerclement qui se traduira inévitablement par son exclusion si des mesures concrètes ne sont pas prises. Les mesures commerciales ne sont pas suffisantes et doivent s’appuyer sur des actions politiques volontaristes permettant à la compagnie de se frayer un chemin dans ce paysage en mutation et plein de défis.

Il faut noter que le paysage et l’environnement de ce marché sont en train d’évoluer rapidement où plusieurs compagnies ont clairement affiché leur ambition de conquérir le marché africain à la faveur de la crise aérienne en Afrique qui a ouvert des opportunités. Elles doivent être saisies dans un contexte d’intérêt pour le développement de la compagnie et offrir une présence de l’Algérie.

Notre conviction est que l’économie africaine va se développer à travers les initiatives du NEPAD où l’Algérie est acteur principal de ce développement.

L’insertion de la compagnie dans ce marché, opportun par ailleurs comme le démontrent les assertions précédentes, accuse un retard qui ne peut être comblé que par un appui des pouvoirs publics.
Cet appui doit revêtir plusieurs formes, financières et/ou politiques afin qu’Air Algérie puisse pleinement jouer le rôle qui doit lui être dévolu et qui est celui de la mise en œuvre de la politique du pays en matière de développement du transport aérien et par ricochet une présence politique.

Le processus de libéralisation de l’espace africain amorcé par la Déclaration et la Décision de Yamoussoukro dans lequel l’Algérie s’est engagée et la libéralisation du ciel africain amorcé par la déclaration de l’Union africaine en 2018 risquerait d’apporter des modifications structurelles importantes que la compagnie ne pourra pas assumer toute seule sans l’appui et l’aide des pouvoirs publics.

La question centrale réside dans la définition d’une nouvelle stratégie impliquant les autres acteurs de décision de l’Etat pour la réussite de cette insertion dans un marché où l’enjeu n’est pas uniquement économique mais surtout politique.

En effet, la Décision d’adoption d’un espace aérien unique par une libéralisation graduelle et progressive des services aériens réguliers intra-africains signifie l’octroi mutuel de tous les droits de trafic (y compris le droit de 5e liberté) pour le transport des passagers et des marchandises.

La participation d’Air Algérie au développement du transport aérien en Afrique a été pendant des années un fait indéniable reconnu et la compagnie était présente dans bon nombre de pays africains avec l’accord de l’Etat.
L’évolution de l’environnement a fait que désormais le paramètre politique est devenu un élément essentiel dans les discussions et dans les échanges.

Dans ce cadre, Air Algérie souhaiterait une clarification et une orientation précise sur la stratégie d’intégration africaine où Air Algérie peut constituer un levier important, et il y aurait lieu de prendre en charge cette préoccupation par l’établissement d’un véritable plan de sauvegarde et de préservation de son marché africain, fortement soutenu et appuyé par nos autorités.

Les récentes déclarations des pouvoirs publics annoncent une stratégie ambitieuse de pénétration de ce marché, stratégie confiée à la compagnie publique Air Algérie. La mise a en place de support logistique (hub a Alger et Tamanrasset) et commerciale en adoptant une approche nouvelle sont le lot de cette stratégie. L’accroissement des pressions concurrentielles rend nécessaire une accélération des changements au sein d’Air Algérie.

Les axes favorisant la pénétration du marché Afrique  

1- Commerciale et Réseau :
– élaborer à partir de la stratégie de l’entreprise un réseau basé sur la demande solvable ;
– allouer la capacité d’une façon optimale, en étant soutenu par un plan d’affaires stratégique ;
– optimisation de la politique de prix sur le réseau ;
– capacité de la mettre en œuvre en réponse aux exigences des clients, aux mouvements de la concurrence, aux objectifs de revenus et aux développements du marché ;
– générer et maximiser la demande par une meilleure utilisation des réseaux et des initiatives commerciales.

En outre, en choisissant de se tourner vers le long-courrier, Air Algérie refusera de s’embourber dans une guerre des prix avec des compagnies à bas coût dont le marketing agressif et une structure beaucoup plus agile avaient déjà sonné le glas des compagnies aériennes européennes. Résultat, Air Algérie doit se diriger vers de nouveaux marchés tels que l’Afrique subsaharienne, l’Amérique, Canada et USA en perspective, source de trafic de continuation à partir de la plateforme d’Alger et accessoirement Tamanrasset) et l’Asie (une présence plus étendue doit être envisagé).

L’homogénéisation de sa flotte (en tout Airbus) lui permet d’économiser sur les coûts des opérations de maintenance.

Ces réductions d’échelle entraînent une sollicitation plus importante de ses avions qui, passant plus de temps dans les airs, rentabilisent ainsi les commandes. Cette stratégie propre combine les pratiques des deux grands types de transporteurs. D’un côté, les compagnies internationales, misant sur les vols long-courriers et la multiplication des destinations, comme Air France. Et de l’autre, les compagnies low cost, et leur utilisation plus productive de ses avions.

De par sa position centrale, l’aéroport Alger proposera ainsi une multitude de destinations, permettant de desservir tout à la fois l’Europe, l’Amérique et l’Asie sans savoir besoin de réaliser d’escales. Des avantages que la compagnie doit mettre à profit dans sa mue vers l’international.

2. Recherche de partenariat intra-Afrique
Reproduire l’expérience de la RAM en participant dans le capital de compagnies africaines disposant d’un marché et réseau, Air Algérie peut apporter une aide et expertise dans le domaine des services (maintenance) et autres.

Air Algérie peut participer à la création de compagnies régionales, s’assurant d’un marché renforçant la plateforme d’Alger en facilitant les activités de continuation sur l’Europe, Asie et l’Amérique.
La modernisation des économies africaines et l’abaissement des barrières constituent en tant de source de développement du trafic intra-africain. Air Algérie dispose des atouts pour se frayer une position dans un marché en expansion.

Les atouts d’Air Algérie sont :
– le support des pouvoirs publics ;
– un réseau étendu à optimiser ;
– une flotte dédiée appropriée aussi bien pour le moyen-courrier ou long courrier. (Suite et fin)

 

Par Mahmoud Mehalli

Consultant et expert en aviation civile ;
ex-Directeur régional Air Algérie à Damas (Syrie). Membre éminent de l’Association britannique des consultants en aviation civile.


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