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Youcef Tazibt. Dirigeant du Parti des travailleurs (PT) : «Le départ des symboles du régime ne signifie absolument pas le changement»

27 janvier 2020 à 10 h 10 min

-Les assises de l’Alternative démocratique pour la souveraineté populaire ont eu lieu le 25 janvier 2020. L’objectif d’une telle initiative est d’arriver à une conférence nationale en dehors du pouvoir. Comment ?

Les assises de l’Alternative démocratique et pour la souveraineté populaire ont eu lieu effectivement le 25 janvier. Elles ont regroupé 400 participants venus des quatre coins du pays. En plus des partis politiques (FFS, PT, RCD, PST, MDS, UCP), de ligues de droits de l’homme, de syndicats autonomes, nous avons enregistré la présence de toute une série de collectifs de citoyens, d’étudiants, de personnalités publiques… intervenant dans la révolution du 22 Février. Le PAD est un cadre unitaire pluriel. Chaque parti(e) participant aux assises a expliqué sa vision et son point de vue. Au-delà des différences d’approche, ce qui est normal car le PAD n’est pas un nouveau parti politique, il y a un ensemble de positions consensuelles qui ont émergé.

-Quelles sont ces points de convergence ?

Il y a accord, par exemple, sur le fait qu’aucune solution conforme aux aspirations du peuple ne peut venir dans le cadre du maintien du régime en place, d’où l’appel à la dissolution des institutions illégitimes et à la tenue d’une conférence nationale indépendante du système et la mise en œuvre d’un processus constituant souverain. Les participants ont adopté une charte politique qui appuie franchement les revendications du peuple, qui aspire à un vrai changement et qui veut exercer pleinement sa souveraineté. Le PT, dans le respect du cadre du PAD, a exposé son point de vue qui part de la nécessité de tout mettre en œuvre pour que le peuple algérien puisse prendre effectivement son destin en main à travers la mise en place d’une Assemblée constituante souveraine qui se chargera (sous le contrôle de la population mobilisée) d’élaborer une Constitution qui opérera la rupture avec le système actuel. Une Constitution qui garantira tous les droits politiques, économiques et socioculturels de la majorité du peuple.

Le départ de plusieurs symboles du régime ne signifie absolument pas le changement de ce dernier, qui est toujours là avec ses pratiques répressives, ses interdictions, ses politiques antisociales… La question de la répression et celle des prisonniers politiques et d’opinion ont bénéficié d’une motion particulière. La résolution cite nommément le cas de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, de Karim Tabbou, coordinateur de l’Union démocratique et sociale, Abdelwaheb Fersaoui, président de l’association de jeunes RAJ, et l’étudiante de l’université de Tlemcen, Nour El Houda Ougad, pour le symbole que représente chacun d’entre eux, à savoir la criminalisation de l’action politique et la question d’une jeunesse persécutée. La motion exige leur libération immédiate et sans condition et l’arrêt de la répression sous toutes ses formes. Le texte concluant les travaux des assises nationales exige la levée de toutes les entraves dressées par le pouvoir de fait contre la révolution. La charte exige le libre exercice de la politique, la liberté de presse, de manifestation, d’opinion. L’arrêt de la répression sous toutes ses formes.

-Certains reprochent aux acteurs politiques du PAD la radicalisation de leur position, notamment sur la question du dialogue. Est-ce vrai et pourquoi ce rejet du dialogue ?

Les forces du PAD ont adopté dans leurs textes une démarche qui vise à créer les conditions favorables pour que le peuple puisse s’exprimer librement sur tous les sujets qui l’intéresse et qui le concerne. Il n’y a aucun radicalisme dans le fait d’œuvrer pour la souveraineté populaire, ni à aider le peuple à se doter souverainement d’une Constitution qui répond à ses aspirations. Où est le radicalisme lorsque les forces de l’Alternative démocratique réclament la libération des détenus politiques et d’opinion ? Où est la radicalité dans le fait d’exiger l’arrêt de la répression ? De laisser le peuple exercer librement ses libertés, les partis agir sans contrainte aucune ? La question se pose autrement. Qui a jeté des centaines de personnes en prison ? Qui interdit la tenue de réunions ? Qui réprime des manifestations pacifiques ? En quoi est-ce radical de s’opposer aux coups de force répétitifs qui visent à maintenir un régime obsolète, antidémocratique ? Il n’y a aucune radicalité dans les actions du PAD, qui vise à accompagner le peuple dans sa quête d’émancipation, d’exercice de sa souveraineté. Les forces de l’Alternative démocratique sont convaincues qu’il n’y a pas de possibilité de changement dans le cadre du maintien du système actuel et elles agissent en conséquence.

-Toutes les tentatives pour fédérer vos forces ont échoué. Aujourd’hui, les animateurs du PAD aspirent-ils à retenter l’expérience en mettant sur pied ce pôle qui se veut une force de proposition et un contre-pouvoir ?

Les forces de l’Alternative démocratique constituent un cadre de regroupement large de forces politiques, syndicales, associatives, et de collectifs et personnalités de divers bords politiques qui agissent dans la révolution. Elles ont rejeté tous les subterfuges et feuilles de route du pouvoir de fait, qui visent à maintenir le système/régime. Leur refus de prendre part aux élections du 12 décembre dernier était en totale adéquation avec les exigences de rupture portées par la population. En militant pour un processus constituant souverain, les forces de l’Alternative refusent de réduire le problème au changement d’hommes. Pour elles, il faut changer le régime par les moyens de la démocratie et sur le principe de la souveraineté populaire.

-Comment voyez-vous l’issue à la situation de crise actuelle ?

Depuis le 22 février, le peuple algérien est dans un processus révolutionnaire historique. Dès le début, le peuple algérien a posé la question du pouvoir. Qui gouvernera ? Et au profit de qui ? Il a établi clairement que le régime/système reposant sur des institutions illégitimes, antidémocratiques et menant des politiques antisociales, voire antinationales devait partir. La répression tous azimuts, les emprisonnements arbitraires, la fermeture des champs politique et médiatique, les atteintes aux libertés démocratiques… loin de faire reculer la révolution ont renforcé la conviction chez la majorité du peuple dans la nécessité de poursuivre son combat pour sa souveraineté. Le slogan «Blad bladna ou ndirou rayna !» (Ce pays est le nôtre on en fait ce qu’on veut) traduit la volonté d’exercer pleinement la souveraineté. Notre secrétaire générale, Louisa Hanoune, est en prison depuis bientôt dix mois. L’arbitraire qui la frappe est scandaleux.

Pour nous, l’issue démocratique à la situation historique que nous vivons réside dans la mise en place d’une Assemblée constituante qui établira la souveraineté du peuple sur les richesses naturelles pour satisfaire les revendications et aspirations qui s’expriment depuis 11 mois. Le peuple doit s’approprier le contrôle des richesses du pays, à commencer par les hydrocarbures, pour les mettre au service de la majorité du peuple et non au service de la minorité prédatrice qu’elle soit nationale ou étrangère. Une Assemblée constituante qui mettra fin au bradage des biens de la collectivité nationale, rétablira la règle de la souveraineté 51/49, sauvera le système de sécurité sociale, augmentera le pouvoir d’achat des larges couches de la population. Une telle Assemblée constituante repoussera toutes les tentatives d’ingérences étrangères dans notre pays et n’acceptera aucune pression des gouvernements étrangers qui tentent de nous pousser dans le bourbier libyen, comme c’est le cas du ministre français des Affaires étrangères et du président turc qui ont visité notre pays. Ceci est possible et réalisable. La situation révolutionnaire que nous vivons exige un libre débat entre tous les Algériens, qui réclament légitimement un vrai changement. Un changement qui ne peut venir que par la liberté, la démocratie véritable, la souveraineté pleine et entière du peuple qui a été maintes fois trahi par de fausses promesses de «réformes», notamment après les soulèvements populaires en 1980, 1988, 2001, 2011.

-Vous avez lancé une alerte concernant l’état de santé de Louisa Hanoune ; est-ce que cet SOS a trouvé écho auprès des concernés ?

Nous avons lancé cette alerte car son état de santé se détériore. Elle a fait plusieurs malaises liés à ses maladies chroniques. Si le PT, en accord avec sa secrétaire générale, a décidé d’informer l’opinion publique, c’est que nous avons jugé que sa vie pourrait être en danger, car dans les conditions où elle est, tout peut arriver. Louisa Hanoune n’a rien à faire en prison. Elle subit une effroyable injustice. Le but de son emprisonnement puis sa condamnation arbitraires et de la faire taire, car c’est une voix de la révolution qui compte et qui pèse. Sa place est à la tête du PT et au sein de son peuple. Il faut plusieurs jours pour avoir une idée sur l’évolution de son état de santé, mais la revendication de sa libération est politique elle n’est pas humanitaire. Elle est une détenue politique et d’opinion, c’est pour la raison pour laquelle elle est soutenue par tous les partis attachés à la démocratie, des syndicats, des organisations des droits de l’homme, des organisations de la société civile et des centaines de personnalités publiques de divers horizons dans notre pays et dans plus de 100 pays dans le monde.

-Comment analysez-vous le traitement du dossier des détenus : on libère un groupe ; on en interpelle un autre, on prolonge le mandat de dépôt pour certains… A quelle logique cela répond-il ?

Il faudrait poser cette question à ceux qui mettent en œuvre une telle politique, ceci étant dit, depuis la libération de 76 détenus le 2 janvier 2020, qui coïncidait avec l’annonce du gouvernement Tebboune, rien n’est venu par la suite pour démontrer un quelconque changement de cap. Louisa Hanoune est toujours en prison, comme le sont Karim Tabbou, Abdelwaheb Fersaoui, Samir Belarbi, Fodil Boumala, Nour El Houda Ougadi et des dizaines d’autres détenu(e)s d’opinion. D’autres citoyens ont été interpellés durant plusieurs vendredis et mardis. Certains ont passé des nuits dans les commissariats puis ont été relâchés et poursuivis en justice, d’autres sont mis en mandat dépôt ou sont carrément condamnés à des peines de prison ferme. Faut-il rappeler que les autorités de fait ont refusé d’accorder l’autorisation de tenir ces assises dans une salle publique (Safex), dont les responsables avaient donné leur accord préalable une semaine auparavant. Mieux, ce vendredi, Alger a été quadrillée par la police afin de tenter d’empêcher les manifestations du 49e vendredi de la révolution. Idem pour certaines wilayas de l’Ouest. Des arrestations ont été opérées à Alger et des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour tenter de disperser la manifestation autour du siège régional du RCD, à Alger. Dans les faits, rien n’a changé. Les médias sont toujours interdits aux partis et forces de l’opposition, qui éprouvent par ailleurs d’énormes difficultés à agir à cause de la répression et des restrictions drastiques des libertés.

 

Entretien réalisé par  Nabila Amir

 

 


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