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Yennayer, pas que du folklore

11 janvier 2019 à 10 h 40 min

Même s’il s’agit d’un patrimoine immatériel, la célébration de Yennayer se folklorise de plus en plus. Aucune dimension historique n’y est apportée.  Zoom sur le rôle de l’école.

Yennayer 2969 est le premier Nouvel An berbère que l’Algérie célébrera de manière officielle. La journée est officiellement introduite dans la liste des fêtes légales.

La loi n°18-12 du 2 juillet, modifiant et complétant la loi n°63-278 du 26 juillet 1963 fixant la liste des fêtes légales, a finalement été publiée au Journal officiel en août passé.

Amenzu n’Yennayer, marquant le premier jour de l’An amazigh, fixe Yennayer au 12 janvier de chaque année.

Aujourd’hui et demain, dans plusieurs villes du pays, les festivités battent le plein. Sans surprise, le folklore est au rendez-vous.

Un cachet qu’on veut imposer à cette fête, même si dans la tradition ancestrale liée à Yennayer, considéré comme une célébration festive par excellence, selon Azeddine Kinzi, anthropologue et enseignant-chercheur (lire l’entretien réalisé par Samir Ghezlaoui, publié par El Watan Week-end le 12 janvier 2018).

Dans le programme des festivités entamées depuis mercredi, les conférences et les débats sur l’histoire de Yennayer sont quasi-inexistants ou du moins pas vulgarisés.

L’Office national de culture et d’information (ONCI), par exemple, annonce un programme spécial enfant sous le slogan «Notre Patrimoine… Notre identité» (lire le détails des événements en page 12).

A Alger, Tipasa, Constantine, Oran, Béjaïa et Boumerdès, il va y avoir, entre autres, la pièce théâtrale Ayazit, un concert animé par Cheba Yamina et Boualem Chaker, le spectacle Hakawati avec Djamila Sandouk, des expositions artistiques et autres spectacles de chants et danses… Bref rien qui symbolise la vraie identité !.

Pas normal, selon Abderazzak Dourari, professeur en sciences du langage et traductologie et aussi directeur du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (Cnplet) : «Le folklore, dans son sens premier, scientifique, est le patrimoine, le trésor du peuple. Et à ce titre, il n’est pas normal de dédaigner. Mais le réduire à cela n’est pas normal non plus.

Sans réécriture du récit national fondateur, intégrant cette dimension historique et anthropologique, sans citoyenneté et sans démocratie, cette officialisation risque de rester sans effet sur la société.

Nous avons noté que le discours religieux le plus convenu continue à dévaloriser ce patrimoine et nos référents nationaux historiques sans que personne ne les interpelle.» Mais il ne dresse non plus pas un tableau négatif.

Symbole

Car dans le sens de Yennayer, il y a la valeur du partage : les célébrations sous forme de festivités ne doivent être ni le seul moyen ni sous-estimées. Elles ont leur valeur car les moments de joie et de partage entre les membres d’une société autour ou à l’occasion de la célébration d’un symbole commun met en valeur ce symbole et son caractère commun, et est d’une grande importance dans la constitution et le renforcement du corps de la nation.

En fait, quand on se fait une vision plus grande de cette occasion et la façon dont elle est fêtée, on retrouve quand même qu’il existe dans les moyens audiovisuels et la presse écrite beaucoup d’interventions d’hommes de science sur cette occasion…

Cette année, le ministère de l’Éducation nationale a instruit l’ensemble des établissements scolaires à célébrer l’événement ; des directives leur ont été transmises dans ce sens. Des activités pédagogiques le matin puis d’autres culturelles et artistiques l’après-midi. Mais, à bon entendeur ! Car ce n’est pas étonnant de trouver des écoles qui refusent d’exécuter cet «ordre».

Rares sont les personnes qui viennent contredire aujourd’hui l’idée que la méconnaissance de la symbolique de Yennayer est venue de l’école elle-même, censée éduquer et promouvoir les principes de l’identité nationale et du patrimoine algérien. Abderazzak Dourari explique :

«L’école, minée par le salafisme et l’arabisme désincarné, professait l’aliénation identitaire jusque-là et la dévalorisation de soi, pour ne pas dire carrément la haine de soi et des origines amazighes notamment.» Ce n’est heureusement plus le cas, mais il en a fallu du temps et des efforts explicatifs et pédagogiques intenses.

Des personnes mues par des idéologies qui datent et sous un emballage scientifique la plupart du temps mensonger, continuent malheureusement à traiter les langues maternelles des Algériens comme des sous-produits linguistiques indignes d’intérêt !

Comment peut-on, au XXIe siècle, continuer à s’insulter soi-même et à stigmatiser les langues maternelles d’un peuple entier au profit d’une langue d’un autre peuple ?

Responsabilité

Mais M. Dourari n’incombe non plus pas toute la responsabilité à l’école. Son point de vue : «L’école, depuis quatre ans déjà, intègre dans les programmes scolaires ce concept fondamental d’algérianité et enseigne la préhistoire de notre pays, ses fêtes, ses langues…

Elle intègre l’histoire de l’Algérie pour la première fois de manière massive…elle programme des sorties comme celle de Aqlam Biladi, en tourisme dans le sud du pays pour découvrir le pays, l’immensité de son territoire autant que la diversité de ses couleurs, de son climat, de sa culture et ses langues.Yennayer est expliqué dans les classes, il est fêté.

C’est tout un programme mis en place pour faire avancer de manière plus lumineuse l’algérianité citoyenne pour l’immuniser contre les détracteurs de son identité historique et les exiguïtés mentales et idéologiques dangereuses pour l’avenir de notre nation algérienne.» Mais aujourd’hui, Yennayer est inexistant dans les livres scolaires. «C’est quoi en fait Yennayer», avons nous demandé à quelques écoliers. «On mangera du couscous», répond une élève de 5e année primaire à Alger.

Sa camarade dit ne pas savoir du tout. Un collégien par contre, sûr de lui, tente de prendre la parole devant ses camarades qui bloquent sur la question : «C’est un truc kabyle, mais je connais pas les détails.» Le «meilleur» de ce groupe arrive à prononcer le nom de Chachnak avec difficulté. Il dit être Chaoui d’origine.

Courte explication simplifiée pour les enfants : Yennayer dans la majorité des sociétés amazighes ou Nayer pour quelques-unes, a généralement deux significations : Ixef Usgwas (début du Nouvel An) et Yen Ayer (premier du mois). Ce deuxième sens renvoie au calendrier agraire berbère, fonctionnel depuis la nuit des temps dans les sociétés paysannes traditionnelles d’Afrique du Nord.

Elles se sont toujours situées dans le temps par rapport aux différentes saisons de l’année qui impactent la paysannerie et son économie, basée principalement sur l’agriculture. C’est pourquoi on parle de rites de passage d’une saison à une autre.

En effet, il est de coutume chez les différentes communautés berbères de fêter aussi le premier jour du printemps, le premier jour de l’été, etc.

Dans la tradition ancestrale liée à Yennayer, ce jour est considéré comme une célébration festive par excellence. Mais toujours floue dans leur tête.

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