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mercredi, 20 mars, 2019
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Victime collatérale de la nouvelle aérogare : La librairie de l’aéroport d’Alger menacée de disparition

16 février 2019 à 10 h 35 min

C’est une enseigne incontournable à l’aéroport international d’Alger, et c’est la seule où vous pouvez acheter des livres dans toute l’aérogare : nous avons nommé la librairie El Badr, sise à l’intérieur de la zone aéroportuaire. On y trouve toutes les nouveautés algériennes, en plus d’un fonds appréciable d’ouvrages en tous genres et pour tous les goûts, qui ornent ses rayons.

Si bien que beaucoup de passagers n’hésitent pas à y faire un crochet pour acquérir le dernier Yasmina Khadra ou le dernier Maïssa Bey avant d’embarquer. Problème : cette précieuse vitrine de la littérature DZ est menacée de fermeture, alerte son propriétaire, Dahmane Abid.

C’est l’une des victimes «collatérales» de la nouvelle aérogare qui est, assure-t-on, prête et n’attend plus que son inauguration officielle. Joint par téléphone, M. Abid nous a effectivement fait part de sa vive inquiétude quant au sort de la librairie qui a pris ses quartiers à l’aéroport international d’Alger en 2002. Dahmane Abid nous explique que dans les appels d’offres lancés par la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger (SGSIA, filiale de l’EGSA-Alger) pour la location des espaces commerciaux en prévision de l’exploitation des nouveaux terminaux, son activité n’est pas prise en compte.

Selon le libraire, «la vente des livres sera dévolue aux buralistes et aux vendeurs de tabac». «Ils ont fait des avis d’appel d’offres tabacs-journaux avec un avenant pour vendre des livres et des cartes postales. Mais ce n’est pas mon métier» dit-il, désemparé. Dahmane Abid est de ces libraires viscéralement attachés au livre et qui ont mis un point d’honneur à porter sur le pavois notre production culturelle.

«Ce n’est pas un commerce comme les autres. Nous sommes une vitrine de la culture algérienne», insiste notre ami. Les gestionnaires de la SGSIA ne l’entendent pas de cette oreille et ont manifestement d’autres plans pour leurs surfaces commerciales. M. Abid ne cache pas son désarroi face au silence des autorités concernées : «J’ai frappé à toutes les portes, j’ai saisi par écrit le ministre des Transports, le ministre de la Culture, et une lettre a été remise en mains propres à M. Bedoui.»

Peine perdue. «J’ai vu un ministre d’Etat dans la zone sous douane. J’ai essayé de lui exposer mon problème, il m’a regardé d’un air méchant et m’a dit : ‘‘Ma andi ma ndirlek’’ (Je ne peux rien pour vous). Pourtant, je ne fais que défendre le livre. Je suis un ambassadeur de la culture de mon pays», se désole-t-il, dépité par ce peu de considération. Dans le courrier qu’il a adressé au ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, et daté du 9 février 2019, le libraire se dit «victime d’une discrimination, sans raisons apparentes ou fondées, suivie d’une exclusion définitive de la liste des futurs concessionnaires de la nouvelle aérogare d’Alger Houari Boumediène». M. Abid affirme qu’il a toujours tenu ses engagements contractuels «envers la direction générale de la SGSIA». Il précise au passage qu’il gère, en réalité, «deux librairies qui sont un faisceau lumineux pour la culture algérienne». De fait, outre la librairie située dans le hall public, il possède également une autre située au hall 1, côté salles d’embarquement, en zone sous douane. Dahmane Abid assure, par ailleurs, qu’il est parfaitement «solvable et à jour» au chapitre des «charges multiples exigées» par la SGSIA. «Aucun antécédent financier ou autres crédits ne sont relevés à mon encontre» écrit-il.

«Un aéroport, c’est aussi la culture»

Pour toutes ces raisons, le libraire s’étonne dans sa missive de la menace de liquidation pure et simple qui pèse sur son activité, sur l’autel d’une logique commerciale qu’il a du mal à déchiffrer. Et de lancer ce cri de détresse : «Une exclusion de la liste des futurs concessionnaires de la nouvelle aérogare internationale met fin à mes activités honnêtes et, en conséquence, mes enfants et toute ma famille risquent d’être à la merci des généreux citoyens.»

Dahmane Abid nous a indiqué au téléphone que le bail de location de son local a grimpé de «17 à 50 millions de centimes par mois» ces dernières années, ajoutant que son contrat est renouvelé tous les trois ans. Malgré cela, et comme il le précise dans son courrier, il s’est toujours acquitté de ses charges «même si notre chiffre d’affaires n’a pas bougé». «On est la première librairie au sein de l’aéroport» répète-t-il. «Le livre, on l’a dans le sang» clame avec émotion notre libraire passionné qui, pour la petite histoire, est un neveu de Assia Djebar. «On ne gagne pas beaucoup d’argent», souligne-t-il en énumérant tous les sacrifices qu’il a dû consentir pour maintenir sa boutique à flot. «On est en tout sept employés, dont votre serviteur. Je me considère moi-même comme un employé, pas comme un patron.» «J’ouvre tous les jours à 5h20 et je ferme à 20h30. On est là sept jours sur sept.

Quelle est la librairie qui fait ça ? C’est pour vous dire notre sérieux et notre attachement à notre métier», argue M. Abid. «Dans le nouvel aéroport, il y aura de tout : le tabac, les gâteaux traditionnels, les vins, mais pas le livre. C’est ça l’image qu’on veut donner de l’Algérie ?» peste-t-il. «On devrait commencer par la librairie. C’est l’Algérie, c’est la culture algérienne qui est en jeu !» plaide-t-il.

Dahmane Abid se dit prêt à jouer le jeu et à soumissionner en bon professionnel s’il y a un appel d’offres pour l’activité qu’il représente. «Ils ne veulent pas des gens du métier, mais je ne lâcherai pas l’affaire. Un aéroport, ce n’est pas que la cafete, le restau, le free-shop et les boutiques de dattes, c’est aussi la culture. Et je suis fier de montrer les trésors de notre littérature aux nombreux lecteurs étrangers de passage à l’aéroport d’Alger. Nous avons des éditeurs exceptionnels, des écrivains exceptionnels. On est fiers de promouvoir leurs œuvres et de les faire découvrir au monde entier.»

Nous avons tenté à maintes reprises d’entrer en contact avec la direction générale de la SGSIA pour avoir des précisions sur le sort de cette librairie, malheureusement sans succès. Affaire à suivre… 

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