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Vague d’indignation après l’agression du «carré féministe» ce vendredi : «La démocratie se fera avec les femmes ou ne se fera pas !»

31 mars 2019 à 8 h 03 min

Silmiya», «Pacifique». Ce mot magique est peut-être le plus beau slogan entendu depuis le début du formidable mouvement populaire enclenché le 22 février 2019. C’est même devenu sa marque de fabrique, et nous sommes chaque vendredi des millions à renouveler notre profond attachement à ce mot et ce qu’il représente, à le brandir comme un mantra, comme un serment de paix, un garde-fou, à la moindre velléité de dérapage ou d’expression violente.

C’est même ce qui a permis d’avoir ces millions d’Algériennes et d’Algériens dans la rue pour réaffirmer leur détermination à se libérer du joug d’un système oppressant et être maîtres de leur destin.

Malheureusement, ce vendredi, une agression est venue mettre à mal ce mot généreux. En effet, des militantes féministes ont été violemment prises à partie par des manifestants près de la place Audin, devant le portail de la Fac centrale, à proximité de la librairie de l’OPU, selon des témoignages concordants.

Notre amie Amina Izarouken, une militante très engagée dans le combat féministe, a livré ce témoignage à chaud sur Facebook : «Avec un groupe de femmes, nous sommes sorties aujourd’hui pour manifester contre le système et pour une Algérie meilleure, nous avons mis en avant des revendications de femmes et avons investi un petit espace à Audin.

Des passants nous ont même aidées à accrocher nos banderoles. Cinq minutes plus tard, nous avons été agressées verbalement et physiquement. Nos banderoles ont été déchirées. Nous avons subi la haine et la rage de manifestants».

D’après Amina, l’argument avancé pour justifier cette agression est que «ce n’est pas le moment», que «vous divisez le mouvement», leur a-t-on signifié. Elle leur rétorque : «Nous jugeons que c’est le moment parce qu’il s’agit de notre existence dans notre pays.

En quoi nos revendications séparent ? Comment peuvent-elles séparer, kifeche ? Chacun et chacune, depuis le 22 février, sort pour un idéal, non ? D’autres personnes nous demandaient de nous voiler et (affirmaient) que l’égalité, on ne l’aura jamais, que c’est contre l’islam.

Heureusement, il y a eu des hommes bienveillants qui ont essayé de nous protéger jusqu’à ce que nous quittions cet espace». Une autre militante féministe a pointé la passivité des policiers témoins de la scène «qui n’ont pas accompli leur devoir qui consiste à nous protéger en tant que citoyennes algériennes». Pis encore, ils «se sont rangés du côté de l’agresseur et ses partisans et nous ont demandé de partir».

Cette affaire a suscité comme de juste de vives réactions d’indignation. «Il n’y a pas de peuple libre si les femmes ne sont pas libres», écrit Wassyla Tamzali. La fondatrice des Ateliers Sauvages souligne dans un autre message posté sur sa page Facebook : «Ne vous trompez pas, le combat des femmes, c’est pour libérer les hommes, et pas seulement du 5e mandat mais du plus vieux des mandats».

Wassyla Tamzali prévient, sur un ton grave : «Nous avons été réduites à être les Cassandre de notre pays. Il est urgent que ça change car nous aurons le destin de Troie, et aux ruines de 1962 s’ajouteront celles de février 2019».

«Soyons nombreux au Carré féministe»

Notre consœur Daïkha Dridi s’est fendue, de son côté, d’un texte extrêmement puissant publié sur sa page Facebook : «Les féministes dont les banderoles ont été déchirées, qui ont été bousculées et insultées aujourd’hui, l’ont été parce qu’elles sont des femmes», dénonce-t-elle. «Si c’étaient des hommes qui étaient en train de placarder des affiches contre le Code de la famille, personne ne les aurait attaqués.

C’est juste la hogra ordinaire que de nombreux Algériens exercent en toute impunité sur les femmes». Et de poursuivre : «Qu’on ne nous dise pas que c’est parce qu’elles avaient des mots d’ordre différents de ceux de la majorité qu’elles ont été attaquées.

Sinon, pourquoi on n’a encore jamais vu de manifestants portant le drapeau amazigh se faire agresser ? Personne ne m’a demandé mon avis sur le carré féministe, ce n’est pas une idée que j’aurais défendue si j’avais participé au débat sur la question, mais maintenant que ce carré existe, j’en suis totalement solidaire. A tous ceux qui nous demandent de nous taire et d’attendre, je réponds : la démocratie se fera avec les femmes, l’égalité entière et totale, ou elle ne se fera pas.

Ceux qui veulent préserver l’image exemplaire qu’ils se font des manifestations, vous pouvez encore sauver cette image en vous rendant nombreux et nombreuses au carré féministe de la Fac centrale d’Alger dès vendredi prochain».

Pour sa part, l’écrivain Kamel Daoud note : «On ne peut pas vouloir la liberté pour soi et l’interdire pour la femme algérienne. On ne peut pas dénoncer un système injuste et reproduire cette injustice sur la femme. On ne peut pas rêver d’une Algérie meilleure pour soi mais qui n’est pas meilleure pour les femmes algériennes.

On ne peut pas dénoncer un régime et avoir ses mœurs face à la femme. La liberté est entière ou c’est une injustice. On ne peut pas dire ‘‘dégagez tous maintenant !’’ aux gangs du régime et dire aux femmes ‘‘ce n’est pas le moment’’.

On est contre ce régime même quand il est dans nos esprits et nos habitudes. Ou bien on ne l’est pas». Amazigh Kateb a également réagi sur sa page : «Ceux qui s’attaquent aux féministes dans les manifestations sont soit des balataguia soit des abrutis qui, dans un cas comme dans l’autre, nuisent au mouvement et aux femmes», assène-t-il.

Leila Saadna, autre militante très active, fera remarquer fort utilement dans une publication sur les réseaux sociaux : «La semaine dernière, notre carré féministe devant la Fac centrale a été particulièrement bien reçu par plusieurs groupes de manifestantes et manifestants qui ont repris avec nous nos slogans comme ‘‘Silmiya, nesswiya, tahya el m’ra el djazariya’’ («Pacifique, féminine, vive la femme algérienne !», ndlr).

L’ambiance était magnifique et pleine d’espoir». Ceci pour «montrer que nous n’étions pas isolées mais bien au cœur de la manifestation car nous faisons partie du peuple», précise Leila. Tous au Carré féministe vendredi prochain pour scander ensemble : «Silmiya, nesswiya, tayha el m’ra el djazairia !»


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