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Une ville, une histoire : Koléa l’andalouse

19 août 2015 à 10 h 00 min

Les projets de grande envergure, à l’image du tout nouveau pôle universitaire regroupant des écoles dans le domaine des sciences commerciales, poussent à vue d’œil dans cette ville située à 28 km au sud-ouest de la capitale.

Mais Koléa n’oublie pas son passé pour autant. La ville est notamment connue pour ses nombreux métiers d’artisanat tels que la vannerie ou la fabrication de meubles en rotin qui font sa réputation.

Le visiteur ne manquera pas d’être étonné par le nombre incalculable de vendeurs de meubles dans les rues de la ville. Bâtie par Hassan Pacha durant la période ottomane, Koléa jouit d’une position dominante, surplombant les plaines de la Mitidja du haut de sa colline.

En plus de cet emplacement stratégique, la ville a aussi et surtout permis d’accueillir des Maures expulsés d’Andalousie. Ces derniers trouvèrent ses paysages et son doux climat à leur goût et s’y établirent pour longtemps. On raconte même que Koléa serait le diminutif d’El Kala, nom d’une ville située à Grenade.

Par ailleurs, ce nom signifie littéralement «le fortin». Les Andalous y ont perpétué leur goût du raffinement et pratiqué les divers arts et métiers qui font leur distinction parmi les peuples. 

Koléa est donc une ville d’art et de culture qui revendique sa part de l’héritage andalou dans ses différentes dimensions et particulièrement dans le domaine musical.

Depuis l’arrivée des ancêtres réfugiés à nos jours, les familles se transmettent les airs venus d’Andalousie.

La ville fait partie, au même titre qu’Alger, Blida ou Cherchell, de l’école çanâa. Cette dernière est une des trois grandes traditions musicales arabo-andalouses algériennes, aux côtés de l’école Gharnatia à l’ouest et Malouf à l’est.

De nos jours, Koléa compte pas moins de trois associations de musique arabo-andalouse, dont la plus ancienne, Dar El gharnatia, a été fondée en 1972. «Dar El Gharnatia apprend la musique arabo-andalouse aux jeunes Koléatiens depuis plus de 40 ans.

Le résultat est qu’aujourd’hui l’on trouve presque dans toutes les familles de Koléa au moins un ou deux membres qui chantent ou jouent d’un instrument de musique», estime Nourredine Labri, vice-président de l’association.

Les associations Dar El Bachtarzia (premier prix du dernier Festival de musique çanâa) et El Fen El Acil animent également la vie culturelle tout au long de l’année et participent ainsi à la transmission de cet art ancestral. «C’est pour tout cela que Koléa est une terre de musique andalouse.

Et c’est pour cela aussi que le ministère de la culture a institutionnalisé le Festival culturel maghrébin de musique andalouse à Koléa», ajoute M. Labri, qui est également membre du commissariat du festival.

Cet événement d’envergure internationale se tient à Koléa depuis sept éditions.

Dans le bâtiment flambant neuf de la maison de culture Ahmed Aroua, l’ambiance est à la célébration et l’accueil chaleureux. Les familles de la ville et les mélomanes de tous bords se donnent rendez-vous pour ce festival qui s’est déroulé du premier au 6 août derniers.

Cette septième édition s’est distinguée par un programme fort intéressant étalé sur six soirées de concerts, non seulement à Koléa mais aussi à Cherchell pour deux dates.

Des conférences ont enrichi le programme d’une dimension savante inhérente à la pratique de la musique arabo-andalouse. Loin de se cantonner aux musiciens de la ville, le festival se veut rassembleur.

A cet effet, un orchestre de la wilaya de Tipasa, composé des trois associations de Koléa, quatre de Cherchell et une de Hadjout, s’est produit sur scène devant un public enthousiaste.

De plus, un orchestre maghrébin s’est cristallisé à travers la collaboration artistique entre Dar El Gharnatia, El Maloufdjia de Monastir (Tunisie) et Dar El Ala de Casablanca (Maroc).

Monté depuis trois ans, cet orchestre s’est produit dans les trois villes dont sont issues les associations. Par cette démarche de rassemblement, Koléa s’affirme comme une des capitales de la musique arabo-andalouse. En plus de sa dimension maghrébine, le programme comprend également des musiciens venus d’Espagne, du Portugal et de Turquie.

«C’est d’abord un festival de musique andalouse. Al Andalus (sur les plans de la géographie, de la culture et de la civilisation) était établie dans la péninsule ibérique mais rayonnait sur le flanc est avec la France et l’Italie et il existait évidemment des échanges et une influence énorme sur le Maghreb.

Il en résulte des points communs dans le domaine des arts et de la culture. Cette année, en plus de l’Espagne et du Portugal, nous avons également programmé la Turquie.

Les Ottomans sont restés en Algérie presque quatre siècles. Leur influence reste palpable dans beaucoup de domaines, dont la musique. Le Malouf qu’on trouve dans l’est algérien porte cette influence et la zorna qu’on joue dans les mariages est 100%», explique Nouredine Labri. Le temps d’un festival, Koléa reconstitue ainsi ces passerelles culturelles s’exprimant à travers la musique arabo-andalouse.

Des passerelles entre les générations sont également tendues avec des hommages aux anciens et des tremplins pour les nouveaux talents. La vie et l’œuvre de Mahieddine Mahfoudh (1903-1979), un des maîtres de l’andalou à Blida, ont été invoquées en présence de ses enfants.

La belle voix de Nadia Benyoucef fut également honorée et les futures divas Imène Sahir et Nawel Illoul se sont produites sur scène. Ces dernières ont été d’ailleurs formées au sein de l’association Dar El gharnatia. La boucle est ainsi bouclée et la relève assurée pour la musique andalouse «made in Koléa». 

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