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Alors que le phénomène des féminicides prend de l’ampleur : Une journaliste de TV4 retrouvée morte à son domicile

28 janvier 2021 à 10 h 38 min

Le phénomène des féminicides prend de plus en plus d’ampleur en Algérie, la liste macabre s’allonge dramatiquement année après année.

Dernière victime en date : une journaliste de la chaîne publique TV4 Tamazight, Tinhinane Laceb, a été retrouvée morte à son domicile, selon TV4. L’auteur présumé du meurtre serait son époux. Aucune précision n’a été fournie sur les circonstances de ce crime. Il s’agit du premier cas de féminicide de l’année 2021.

«Algérie Féminicides», un compte Facebook qui pallie l’absence de statistiques officielles en faisant un travail de veille, a recensé 54 cas de meurtre de femmes pour la seule année 2020, contre 75 en 2019. Un chiffre qui fait froid dans le dos et bien en dessous de la réalité, selon les initiatrices du projet. Face à ce phénomène des plus inquiétants, des militantes des droits des femmes, qui déplorent une «absence de volonté politique», réclament la mise en place d’une nouvelle politique de lutte contre les violences faites aux femmes.

«La loi existe pour protéger les femmes. Elle dissuade, condamne et emprisonne pour tous les actes cités par le code pénal, particulièrement le meurtre. Ce qui nous manque, ce sont les mécanismes étatiques de prise en charge. Avec ce dernier et horrible féminicide, j’espère qu’il y aura un sursaut étatique», a déclaré Nadia Ait Zaï, avocate et militante pour les droits des femmes, jointe hier par téléphone.

«Il y a une urgence. Il faut qu’on revienne rapidement vers l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, parce c’est elle qui va supporter les mécanismes d’éloignement du mari du domicile conjugal lorsqu’il est signalé. Il faut aussi des ordonnances de protection et d’éloignement», a-t-elle réclamé, déplorant le blocage au niveau du ministre de la Solidarité nationale d’un projet de lutte contre les violences faites aux femmes. «Il faut qu’il le ressorte. Il y a urgence, alors que nous avons enregistré plus 60 féminicides. Qu’attendons-nous encore pour agir  s’est-elle demandé.

Prise en charge des plaintes

La directrice du Ciddef a appelé le président Tebboune, «étant le garant de la protection des Algériennes», de «donner des instructions pour que les violences faites aux femmes soient prises au sérieux par tous les services de l’Etat». Outre la formation des policiers en matière de prise en charge des plaintes, Nadia Aït Zai a exhorté l’Etat à consentir davantage d’efforts en vue d’un changement de mentalités et de comportements sociétaux au sujet des violences faites aux femmes.

Pour sa part, Fadila Boumendjel-Chitour, du réseau Wassila, qui a dénoncé vivement le meurtre de la journaliste de la Télévision algérienne, a expliqué que la flambée des cas de violences faites aux femmes en Algérie tire son origine dans la non-application de la loi de 2015 criminalisant les violences faites aux femmes.

«Il y a un fossé entre les textes de loi et leur application sur le terrain. Hélas, il n’y pas eu de textes d’application concernant les sanctions. Il n’y a pas de stratégie de protection des femmes, qui leur permettrait d’avoir accès facilement aux commissariats pour déposer leurs plaintes. Il n’y a pas aussi d’accueil spécifique dans les services de santé. Elles n’ont pas eu l’accueil espéré au niveau des tribunaux, où il devrait aussi y avoir un guichet pour traiter ces cas de violences», a fustigé la présidente du réseau Wassila. Elle a aussi déploré l’absence de la culture d’alerte ou de signalement des violences dans l’entourage professionnel et familial des victimes.

Notre interlocutrice a exhorté les autorités à assurer le suivi «immédiat et urgent» des lois promulguées. «Il faut une politique publique, qui revoit cette loi et supprime la clause du pardon, qui prenne en charge tous les aspects des violences faites aux femmes et donne les moyens à tous les intervenants qui accompagnent ces femmes afin de véritablement pouvoir les protéger. Cela commence au niveau des commissariats de police avec des gens formés. Les juges doivent être spécialisés dans la victimologie. Lorsque l’on mettra cela en place, ce jour-là, on parlera de volonté politique sur le terrain visant à protéger les femmes», a plaidé Fadila Boumendjel-Chitour.

Début octobre dernier, la mort de la jeune Chaïma, suivie depuis de la découverte de trois autres corps de femmes, a mobilisé l’opinion publique sur internet et dans la rue. L’émoi provoqué par ces féminicides a incité un groupe d’actrices algériennes à lancer une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux contre les violences faites aux femmes.

Alors que la remise en cause du moratoire sur les exécutions, appliqué en Algérie depuis 1993, divise la société, le président Tebboune a ordonné l’application des peines maximales, sans possibilité d’allégement ou de grâce, contre les auteurs de crimes d’enlèvement de personnes «quels qu’en soient les tenants et les aboutissants».


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