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lundi, 18 novembre, 2019
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Repère

Une bouteille à la mer

17 octobre 2019 à 10 h 06 min

L’appel lancé par un groupe de personnalités partisanes de la transition politique au pouvoir pour lui demander de réunir les conditions politiques et démocratiques, dont les nécessaires mesures d’apaisement avant la tenue de l’élection présidentielle, s’apparente bien plus à une bouteille à la mer.

A quelques encablures de la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre, menée au pas de charge et avec détermination par les pouvoirs publics, avec la mise en place du dispositif électoral conforté par un discours officiel de plus en plus corseté à l’encontre des Algériens qui s’opposent au projet électoral et politique en cours, il est difficile d’imaginer un seul instant que le pouvoir va faire machine arrière et se désavouer aussi allégrement après avoir engagé sa parole et le pays dans une voie controversée qui le place dans une position d’ordonnateur, seul comptable et responsable devant le peuple et l’histoire quant au bilan du processus qui sera fait au soir du 12 décembre, si celui-ci est maintenu et mené à son terme. Le poids de la responsabilité des hommes qui sont aux commandes du pays dans cette conjoncture délicate que traverse le pays est en effet lourd et historique, compte tenu des enjeux et des périls qui guettent le pays pour ne laisser aucune place à l’aventurisme dans la recherche de la solution à la crise.

La dé-légitimation des institutions, accentuée par la période de succession prolongée et tourmentée dans laquelle est plongée le pays après le départ de Bouteflika, a transféré, de fait, les clefs du pouvoir entre les mains de l’institution militaire. Le contexte politique nouveau né de l’espoir suscité dans le pays par la fermeture non encore totalement consommée de la longue parenthèse du système autocratique de Bouteflika à la suite de sa démission a aiguisé les exigences et les revendications populaires, longtemps refoulées et réprimées pour un Etat démocratique et une Algérie nouvelle, tout en redéfinissant le rôle et la place de l’armée dans le nouveau projet politique en gestation. Le pays ne peut pas s’offrir le luxe d’une autre crise majeure, alors que les traumatismes de la décennie noire ne sont pas encore guéris.

A fortiori, dans cette conjoncture économique et sociale difficile où le coût d’un échec politique ne s’en ressentira que plus fortement sur le quotidien des Algériens et l’avenir des générations futures. Le terrain menant à l’élection présidentielle étant balisé, écartant toute possibilité d’une remise à plat du débat sur la crise qui secoue le pays et les moyens de sortie de la crise à mettre en œuvre, la marge de manœuvre laissée à l’opposition demeure étroite pour ne pas dire obstruée pour pouvoir peser sur le cours des événements. Intervenant au lendemain de l’annonce de l’appel des personnalités, le discours de ce mardi du chef d’état-major, Gaïd Salah, au siège du commandement des forces navales, mettant en garde contre toute entrave du processus électoral par des actes physiques sur le terrain ou par la parole, par la «désinformation» – comprendre les commentaires et appréciations qui sortent du cadre et des éléments de langages bien pensants officiels -– confirme la volonté du pouvoir de ne rien concéder de la feuille de route tracée. Les conditions d’un scrutin et d’une campagne électorale à huis clos sont déjà perceptibles dans le débat à sens unique dans lequel baigne le pays dans cette phase pré-électorale. Le ton de la campagne électorale est donné.

La problématique ainsi posée, le rêve tant caressé des Algériens pour une Algérie nouvelle devra attendre au-delà du 12 décembre et aussi longtemps que le peuple n’aura pas conquis son droit à l’autodétermination pour décider de son destin. Le pouvoir aurait pu au moins mettre les formes en laissant les partisans de l’option présidentielle et les tenants de la transition s’affronter dans un débat libre et démocratique lors de la campagne électorale, en libérant l’accès aux médias lourds et aux espaces publics à tous dans le respect de la loi . Certains excès en relation avec la tenue de l’élection présidentielle constatés ici et là n’auraient sans nul doute pas eu lieu si la situation politique du pays était apaisée et l’exercice des libertés respecté .


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