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Abdelaziz Bouteflika s’appuyait sur Ahmed Gaïd Salah pendant près de 15 ans : Une alliance «sacrée» pour un pouvoir absolu

24 décembre 2019 à 10 h 09 min

L’idylle entre Abdelaziz Bouteflika et Gaïd Salah a débuté en avril 2004 et a pris fin, comme par hasard, en avril 2019.

Ils étaient en parfaite synergie. Pendant de longues années, ils symbolisaient, à eux seuls, la complexité du système politique algérien. Il s’agit du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, et du chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, décédé hier à Alger suite à un arrêt cardiaque.

Les deux hommes ont marqué, par leur longévité aux postes qu’ils ont eu à occuper, la première partie du XXIe siècle de l’histoire de l’Algérie. Le premier, de l’avis de tous les observateurs de la scène nationale, n’a pu asseoir son pouvoir sans partage, qu’avec le concours puissant du second.

Et ce, pendant plus de 15 ans. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, celui qui a voulu s’émanciper du pouvoir des généraux pour ne pas être «un trois quarts de Président» s’est appuyé sur un des poids lourds de l’armée pour atteindre son objectif suprême. L’idylle entre les deux hommes a débuté en avril 2004 et a pris fin, comme par hasard, en avril 2019.

Abdelaziz Bouteflika, qui venait alors de briguer son 2e mandat à la tête de l’Etat, a poussé vers la porte de sortie l’homme fort de l’armée à l’époque, Mohamed Lamari (décédé en 2012) avec lequel il entretenait des rapports conflictuels. Commandant des forces terrestres, Ahmed Gaïd Salah (AGS) est ainsi promu chef d’état-major de l’ANP.

Depuis, ce dernier devient un des piliers du régime Bouteflika. C’est sur lui, comme sur d’autres, à l’image de l’ancien patron du DRS, le général Mohamed Mediène, dit Toufik, que l’ancien chef de l’Etat a posé la charpente de son pouvoir, devenu absolu au fil des années.

Pour certains observateurs, Abdelaziz Bouteflika n’aurait pas pu sauter le verrou constitutionnel, limitant les mandats présidentiels à deux, sans l’aval des «puissants» de l’institution militaire, dont AGS.

Ce dernier a soutenu ensuite toutes les orientations politiques de l’ex-chef de l’Etat, qu’il respectait, selon des sources, «au nom de la Constitution» et en «sa qualité de moudjahid». Mais pour certains observateurs, Ahmed Gaïd Salah «aurait toujours remercié Abdelaziz Bouteflika qui l’avait repêché à la dernière minute d’une mise à la retraite, décidée par Mohamed Lamari».

Val-de-Grâce : Le tournant

Cependant, le rôle de Gaïd Salah dans le prolongement du pouvoir de Bouteflika n’est apparu, au grand jour, qu’après sa nomination, en 2013, en tant que vice-ministre de la Défense, en remplacement de Abdelmalek Guenaïzia qui était en poste depuis 2005. Quelques mois après, Abdelaziz Bouteflika a été victime d’un Accident vasculaire cérébral (AVC) et transféré à l’hôpital militaire français du Val-de-Grâce.

Alors que des rumeurs enflaient concernant son état de santé, Ahmed Gaïd Salah s’est rendu à son chevet en compagnie du Premier ministre de l’époque, Abdelmalek Sellal, actuellement en prison.

A son retour, des événements se sont succédé. Le chef d’état-major a pesé de tout son poids dans le démantèlement du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) et l’affaiblissement de son patron, le général Toufik, qualifié à ce moment là de «Reb Dzaïr» (Dieu de l’Algérie).

Suspecté d’être à l’origine du mandat d’arrêt international lancé contre l’un des proches du chef de l’Etat, en l’occurrence l’ancien ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, l’ex-patron du DRS a fait l’objet d’une campagne féroce menée contre lui, notamment par Amar Saadani qui venait juste de prendre le poste du secrétaire général du FLN. Il n’en sortira pas indemne, puisqu’il a été limogé en 2015.

Protecteur du pouvoir d’un président impotent

Ahmed Gaïd Salah a également pesé dans le 4e mandat du président Bouteflika, dont on dit qu’il a été le principal artisan. Amoindri physiquement, sa reconduction avait fait l’objet de débats et de polémiques durant plusieurs mois. Et la décision n’a été prise qu’à la dernière minute.

Après son élection, à l’issue d’un scrutin qui s’est déroulé dans des conditions particulières, le chef d’état-major de l’ANP s’est dressé comme un rempart pour protéger ce Président impotent. Dans ses discours, rappelons-le, il n’hésitait pas à s’attaquer à l’opposition qui demandait, depuis le mois de juin 2014, l’application de l’article 88 de la Constitution (article 102 depuis 2016) relatif à l’état d’empêchement du chef de l’Etat.

Grâce à ce soutien, «la bande», comme l’affirme Gaïd Salah, lui-même, depuis avril 2019, a gouverné par procuration durant cinq ans. Bis repetita en 2019. Alors qu’on s’attendait à un renoncement du chef de l’Etat, l’opinion nationale a été surprise, dès le début du mois de janvier de la même année, par l’annonce de sa candidature surréaliste pour un 5e mandat.

Cette option, affirme-t-on dans des cercles proches du pouvoir, a été avalisée aussi par Ahmed Gaïd Salah. Il s’était même engagé à assurer le «bon déroulement» de la présidentielle, fixée pour le 18 avril 2019, avant son annulation.

Il est resté loyal au chef de l’Etat jusqu’à la dernière minute. L’on se souvient d’ailleurs de son discours incendiaire à l’égard du mouvement populaire opposé au 5e mandat, diffusé par l’ENTV à 13h, avant d’être retiré le soir même. C’était le mardi 27 février, soit quelques jours après le début du hirak. Revirement.

C’est à partir de cette date que le commandement militaire a changé de position à l’égard du pouvoir de Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission, un mois plus tard, le 2 avril 2019. Fin d’une longue histoire de collaboration étroite…



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