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Un site internet dédié aux «disparus» de la Bataille d’Alger : Maurice Audin et les 1000 autres !

21 septembre 2018 à 0 h 36 min

En attentant que la déclaration historique du président français, Emmanuel Macron, reconnaissant officiellement la responsabilité de la France dans la torture et la mort de Maurice Audin, soit suivie d’actions concrètes, des universitaires et des acteurs associatifs anticolonialistes s’activent pour rendre justice à tous les «disparus» qui auraient subi le même sort que lui, durant la Guerre d’indépendance nationale en général, et lors de la Bataille d’Alger en particulier.

21De 1954 à 1962, entre 3000 à 4000 Algériens ont été enlevés, séquestrés, torturés à mort ou sauvagement achevés après avoir supporté les atrocités des séances de torture. «C’est dur, Henri», disait Maurice Audin à son ami et codétenu, Henri Alleg, avant de disparaître à jamais !

Ce qui importe le plus dans le texte du président Macron, évidemment en plus d’avoir confirmé l’existence de tout un «système» de torture qui a été de surcroît «légal», c’est d’avoir soulevé la question de l’ouverture des archives, dont l’un des apports cruciaux sera certainement de contribuer à élucider les affaires de milliers d’autres cas de disparitions forcées qui incombent à l’armée coloniale.

Ayant saisi l’importance d’un tel travail de mémoire, et par «devoir de vérité», l’Association Maurice Audin et le site Histoirecoloniale.net – sur la base d’un travail de recherche réalisé par plusieurs historiens, dont Fabrice Riceputi, Malika Rahal et Gilles Manceron – ont lancé, samedi dernier, une plateforme de données en ligne intitulée «1000autres.org».

Dans l’éditorial du site, se félicitant de la victoire de tous ceux qui ont lutté depuis 1957 pour la vérité et la justice dans l’affaire Audin, on peut lire : «Ce fut l’un des nombreux cas d’enlèvement, séquestration, torture, suivis souvent de mort, produits, à Alger, de janvier à septembre 1957, par un véritable système de terreur militaire délibérément instauré et rendu possible par des dispositions législatives adoptées par les institutions de la République française.

Algérien d’origine européenne, Maurice Audin s’était rangé, avec le parti communiste algérien, du côté de la lutte d’indépendance de ce pays, dans un moment où l’ensemble de la population autochtone d’Alger était la cible d’une terreur visant à la dissuader de faire ce choix et à la maintenir par la force sous la domination coloniale. Il y eut alors des Maurice Audin par milliers…»

Rendre justice

En guise de lancement, 1000autres.org s’est procuré et a publié un fichier issu d’une archive publique, accessible depuis 2017, qui recense quelque 850 fiches individuelles de disparus, signalés par leurs familles aux autorités françaises de l’époque. De plus, les administrateurs du site ont mis en ligne près de 150 autres notices constituées à partir de sources historiques croisées. L’objectif de cette démarche, selon ses initiateurs, est de «contribuer à rendre justice à ces personnes et à mieux faire connaître un pan d’histoire trop longtemps occulté».

Le millier de noms déjà publiés ne représenterait qu’un tiers du nombre total des victimes potentielles. Les 850 «fiches de renseignements», susmentionnées, sont uniquement celles qui subsistent d’un fichier du Service des liaisons nord-africaines (SLNA) qui en aurait compté 2049 en septembre 1958. Quant à l’historien Pierre Vidal-Naquet, citant Paul Teitgen, ancien secrétaire général de la préfecture d’Alger, il évoque au moins 3024 disparus. C’est dire si on est encore loin du compte ! C’est pourquoi, le principe de fonctionnement de 1000autres.org est plutôt participatif. En plus des articles explicatifs et des documents initialement publiés, il appelle les témoins des faits encore vivants, les historiens et les familles des victimes à apporter leur part de vérité en signalant des nouveaux cas ou en fournissant plus d’informations et de documents sur des personnes inventoriées. Cela semble d’ailleurs bien fonctionner.

A peine une heure après la mise en ligne du site, un premier internaute a réagi. Ammar Kessab, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a reconnu son grand-père maternel, Mohamed Harchouche, un docker enlevé par les parachutistes le 12 juin 1957.

Commentant la fiche de son aïeul, il a écrit : «C’est mon grand-père maternel. Merci pour ce document qui nous permet d’avoir la preuve irréfutable de son arrestation par l’armée, même si nous n’avons jamais douté du récit de notre grand-mère.» En plus de ce genre de profils, parmi plusieurs centaines d’anonymes, 1000autres.org revient, par des analyses et des documents, sur certains cas emblématiques qui «ont eu un écho.

Ceux de Maurice Audin, d’Henri Alleg et de l’avocat algérien Ali Boumendjel, connu des juristes parisiens, torturé et ‘‘suicidé’’ par ses geôliers», car leurs histoires et parcours ont permis d’évoquer aujourd’hui tous «les autres, restés des invisibles dont le sort n’est jamais devenu une ‘‘affaire française’’».

Cette initiative mémorielle salutaire, soutenue par plusieurs associations anticoloniales, organismes des droits de l’homme et médias indépendants, dont El Watan, ne fait qu’engager un travail de longue haleine. Pour y contribuer, en apportant de nouveaux témoignages et documents ou des compléments d’information, veuillez vous connecter sur le lien suivant : <http://1000autres.org/appel-a-temoignage-2>.

Une précision de taille à faire pour faciliter le travail de l’équipe du site, c’est que 1000autres.org s’intéresse pour l’instant uniquement aux disparitions qui ont eu lieu à Alger durant l’année 1957, c’est-à-dire lors de la Bataille d’Alger.

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