Un pouvoir fallacieux | El Watan
toggle menu
lundi, 22 avril, 2019
  • thumbnail of 20190422

Un pouvoir fallacieux

24 mars 2019 à 8 h 00 min

«Pendant 20 ans de règne, le président Bouteflika nous a gavé de fleurs mais pas de fruits.»

Les fallacieux ont un vice inné en eux qui leur colle tout le temps à la peau ; ce vice est bel et bien la mythomanie d’un côté, et de l’autre adjacent, c’est la mystification.Que de mensonges et d’affabulations ont-ils pu faire avaler à ce bon et généreux peuple algérien que tout le monde croyait qu’il était extenué, primant plus la passion que la raison ; ne dit-on pas qu’il faut se méfier de l’eau qui dort.

Aujourd’hui en Algérie, la misère est escortée par la pauvreté malgré la richesse en pétrole, en gaz et en ces minerais (cobalt, coltan, titane, or, argent et même le diamant), ces terres rares et arables, ces bancs de poissons, ce bois précieux, toutes ces richesses étaient convoités depuis les premières prédations mercantiles de la France officielle, et ça a continué ; depuis 1999, la rente a été estimée à 1500 milliards dedollars de valeur marchande encaissée depuis l’investiture du président Bouteflika.

L’âge d’or de la période de Houari Boumediène avait été mis en œuvre avec moins d’argent et plus de labeur, de justesse et d’équité soit, 22 milliards de dollars ; cette époque avait permis de chasser la misère et la pauvreté par la mise en place d’outils nouveaux servant à la création de valeur et de richesse au profit de l’Algérie, il n’y avait pas beaucoup de chômage et chaque famille possédait au moins un revenu.

En 20 ans, Bouteflika a dit et insisté sur ce qu’il n’a jamais fait et n’a pu faire : beaucoup de fleurs et moins de fruits ; de là découlaient beaucoup d’allégories qui ont marqué profondément la société algérienne, à savoir la marginalisation générale du peuple, comme argument de tromperie, de corruption, de détournements de deniers publics, d’impunité à tous les niveaux… L’exclusion du peuple des centres de décision faisait place à la médiocrité, cette dernière avait chassé la compétence, la «hogra» régnait en maître, en une injustice flagrante où le téléphone rendait le verdict, la multiplication en nombre des prédateurs, la spéculation chassait la création de valeur et de la richesse par une importation tous azimuts. Devant une telle situation catastrophique ou le chômage est boosté vers un autre horizon ou «el harba» (la fuite) des cerveaux de nos doctes et compétences ; «el harga» (évasion par mer) de nos jeunes chômeurs qui n’ayant pas les moyens d’obtenir le visa du salut vers le pays des «Habachas» et les fugues généralisées de nos athlètes.

Revenons sur ces 20 ans de règne de Bouteflika – 1999-2019 – le bilan réel établi par la société civile, en l’occurrence les doctes, face au bilan fallacieux vanté par le gouvernement de Bouteflika et de ses satellites partisans. Ce bilan marque une série de fausses promesses et de contrevérités majeures émanant de la plus haute institution de l’Etat, à savoir la Présidence, l’écart entre les résultats divulgués par le peuple et ceux du pouvoir nous renvoient à un dévergondage immoral, ou selon le dicton bien de chez nous : «Le peuple fi oued et le pouvoir fi oued akher».

L’engagement d’un contrat social représente en principe l’acte fondateur d’une cité ou d’un pays, il a été traduit par un message lors de l’élection présidentielle de 1999 des engagements portant sur l’amélioration des conditions sociales de la population, mais aussi de l’ouverture du champ politique pour booster un nouveau système basé sur l’alternance au pouvoir et l’instauration d’un Etat de droit ; le système économique est une autre paire de manches déjà traité.

Le discours du 15/4/2011 sur l’état de la nation prononcé par le président annonce le bilan depuis son investiture. Pour ce qui concerne le bilan de son programme économique entrepris par le gouvernement, à savoir :

1- Un million de logements ont été construits certes, mais très mal distribués où les nécessiteux souffrent encore car le «bni-aamiste» faisait la règle et la spéculation menait l’affaire.

2- Le chômage, notamment des jeunes, a reculé selon leurs statistiques, mais les murs sont toujours occupés par le vice de l’oisiveté des jeunes toutes catégories confondues et tous les problèmes sociaux qui s’en suivent et en découlent.

3- L’Algérie a remboursé ses dettes (31 milliards) à l’étranger, alors en homme raisonnable, averti, intelligent et audacieux, il fallait la rembourser par la valeur ajoutée de la force du travail hors hydrocarbures.

4- L’Etat subventionne les produits alimentaires de première nécessité, là n’est pas le problème, un mécanisme technique de solidarité pouvait être institué pour que les pauvres bénéficient directement de cette solidarité et non cette humiliation d’un couffin de Ramadhan où le nombre ne cesse de prendre plus d’ampleur.

5- Un autre programme économique a été lancé pour parachever ces réalisations, mais aucune entreprise créatrice de valeur n’a été instituée, sauf le montage de voitures, de TV, de machines à laver, machines de cuisine et de téléphones portables et de PME dont le taux d’intégration très faible dépend plus de l’importation, ces produits coûtent plus cher à l’Etat où les «input» sont largement supérieurs en valeur à des «output» ; ceci n’est pas une économie et D. Ricardo pouvait bien rigoler de cette bêtise selon sa théorie des coûts comparatifs.

• Du côté social :

– Une lutte inutile sur le problème du chômage ; elle n’a donnée aucun résultat durable, l’Ansej et les autres dispositifs représentaient un fiasco où l’argent a été trop gaspillé (mauvais investissements).

– Un accès aux crédits plus facile pour les prédateurs pour la création d’entreprises via une corruption plus répandue (entreprises d’importation de voitures et d’autres matériels…)

– Des allocations rehaussées pour les chômeurs qui n’ont pas vu le jour.

– Construction de deux millions de nouveaux logements sociaux, dont un million devait être livré avant fin 2014 ; les jeunes et les pauvres peuvent attendre face aux prédateurs et à la maffia des logements et du foncier.

Par ailleurs, Bouteflika parlait de la libération de l’entreprise, elle signifiait la création de la richesse embaumée dans une culture de créativité de valeur bien ajoutée ; c’est celle de l’après-pétrole qui permet de bouleverser la structure actuelle du PIB de consommation en PIB de création de valeur hors hydrocarbures. Ce PIB actuel est sustenté par la marchandisation des hydrocarbures en dollar dont le pourcentage très important du niveau des importations que seul le pétrole et son prix peuvent recouvrer, les conditions pour libéraliser objectivement et positivement l’économie créatrice de richesse à travers un nouveau contexte de l’entreprise par l’instauration d’un environnement du projet de société, par une vision et une stratégie bien conceptualisée du développement et de croissance économique.

Le lundi 16 mai 2011, un communiqué de la présidence de la République avait fixé la date du début des consultations sur les réformes politiques «visant l’approfondissement du processus démocratique et le renforcement de l’Etat de droit» ; c’était le grand espoir et on s’attendait à des changements les consultations débutées le samedi 21 mai 2011.

Par contre, dans son discours prononcé le 15 avril 2011, Bouteflika a annoncé la création d’une commission constitutionnelle «à laquelle participeraient les courants politiques agissants et des experts en droit constitutionnel».

Il avait bien dit et expliqué que la commission «fera des propositions dont je m’assurerai de la conformité avec les valeurs fondamentales de notre société, avant de les soumettre à l’approbation du Parlement ou à vos suffrages par la voie référendaire».

Dans le sillage de cette bonne nouvelle, une commission de consultations politiques dont la présidence a été confiée à M. Bensalah, président du Conseil de la nation, a été installée. Elle a entamé son travail le 21 mai 2011. Elle avait pour mission de collecter les propositions et autres suggestions que les chefs de partis, personnalités nationales et autres représentants de la société civile et du mouvement associatif étaient conviés à faire. Les propositions recueillies ont été transmises au président de la République. Elles ont servi d’outils pour le gouvernement qui a été chargé par M. Bouteflika d’élaborer les lois relatives aux élections, aux partis et à l’information, ainsi que la participation de la femme.

Il avait été dit qu’un programme portant sur :

* la refondation de l’Etat portant sur le processus de la démocratisation de tout le système par l’instauration de l’Etat de droit où seule la loi est reine.

Cela nécessite l’adhésion de toutes les compétences nationales pour mettre en place un Etat fort, capable d’instaurer une confiance entre le pouvoir, l’Etat et la société civile ; un Etat fort est un Etat qui repose sur les règles de droit et qui est au-dessus de tous ; la transparence, la compétence, la crédibilité et un système judiciaire placé sous la seule et unique autorité de la loi et non du téléphone. La politique qui avait été suivie n’avait même pas mis les choses sur pied :

– Des réformes pour renforcer la démocratie était dans l’air.

– La réforme de l’administration présidée par Missoum Sbih renvoyée aux calendes grecques.

– Révision de la Constitution par vote du Parlement acquis au président après la mise en place d’une commission qui étudiera les propositions des partis politiques présents dans le gouvernement et de l’opposition, ainsi que de la société civile ; cette action avait donné des résultats qui ont renforcé plus les prérogatives du régime présidentiel et se sont écartés du domaine des principes de la démocratie où la société civile n’existe point et n’a récolté que la misère et la «hogra» et l’injustice.

– La révision de la loi électorale avait permis de faire perdurer la fraude, sinon de l institutionnaliser.

– La révision de la loi relative aux wilayas n’a fécondé aucun sens positif, sinon le renforcement des prérogatives du wali pour mieux mater la société civile locale.

– Accorder plus de prérogatives aux élus, ces derniers ne se trouvent plus dans les dispositions des deux codes de la commune et de la wilaya.

Par ailleurs, s’agissant de la situation à l’étranger et les révoltes dans les pays arabes (printemps arabes), Bouteflika a été même trop clair.

C’était la première fois que Bouteflika se prononçait sur les soulèvements populaires dans les pays arabes.

– Il avait bien compris le sens des revendications de ces peuples pour plus de liberté, de justice sociale et de démocratie, mais il les a oublié de les mettre en application dans son propre pays.

– L’Algérie soutient les peuples et refuse l’ingérence étrangère dans les affaires de ces pays souverains mais dans le cas de l’Algérie, la France officielle s’ingère par le biais du problème de la guerre du Mali, du pétrole et du gaz ; il avait renié tout ce qui avait été dit.

• La situation en Algérie :

Les revendications des Algériens sont légitimes, a déclaré le président, qui avait promis :

– Lutte contre la corruption, la gabegie, mais rien n’a été entrepris, le mal continue de ronger plus profondément la société et cette accumulation de maux a fait éclater le mouvement de contestation pour un changement radical du système.

Pour ce qui se rapporte aux médias, il avait bien dit que :

– l’ENTV sera ouverte à la société civile et à l’opposition, c’était un média de pouvoir et non de service public ;

– révision du code de l’information ;

– dépénalisation du délit de presse ;

– création de nouvelles chaînes «publiques thématiques» plutôt du pouvoir ouvertes selon un cahier des charges à la société, aux partis politiques et à l’opposition.

Ce pouvoir estime que réduire les réformes seulement à la révision de quelques textes juridiques revient à ignorer la grande réalité de cette vérité palpable sur l’absence d’exercice de l’Etat de droit. Ces réformettes mettent en valeur l’impuissance du régime, l’incapacité du pouvoir et la stérilité de l’Etat par toutes ses imperfections dont découlent plus de ses pratiques injustes, inéquitables et de ses règles de gestion et de travail incompatibles avec les textes de la Constitution ou autres, au point où la loi ne fait plus la règle, en plus d’une impunité suivie d’une injustice qui fait le comble des combles de cet Etat de non-droit .

Devant cet état de fait, le 8 mai 2012 le président prononce un discours lors de la commémoration du 8 mai 1945 à Sétif, un discours d’adieu, il nous fait croire qu’ il envisage peut-être de mettre fin à sa carrière politique tout en remettant le flambeau à la nouvelle jeune génération, le rôle de la famille révolutionnaire et de la légitimé historique étant bien terminé dans la gestion du pays ; il dira haut et fort : «Jili tab djanou, tab djanou» (la génération révolutionnaire est arrivée à terme).

Depuis ce jour, le flambeau n’a pas été remis à la nouvelle génération et aucune action dans ce sens n’a été entreprise sinon le contraire qui a été fait sur tout ce qu’il avait avancé le 15/04/11 et le 8/05/12, la Constitution a été «costumée» à sa juste taille où l’alternative n’existe pas et la pérennisation de la fraude continue, alors au niveau des autres réformes, que dalle ; la situation a empiré encore plus, les législatives de 2014 ont extrait de la sphère politique l’opposition, où les «bni oui-oui» (FLN-RND) font main basse pour que tout  passe comme une lettre à la poste sur la révision de la Constitution, loi électorale et autres textes bien triturés ; plus de 522 mains entre FLN et RND faisant du bruit de gaieté pour approuver un texte non lu et mal fait. Quant à l’opposition, des quotas sont marchandés ; aucun changement n’est constaté sur la politique catastrophique et nébuleuse, le tout dans une opacité qui dégénère l’Etat en tant que tel.

Aucun changement n’est venu perturber la coutume politique très désastreuse avec une accumulation de plus en plus importante de problèmes cités déjà plus haut ; l’argent public n’arrive plus à satisfaire les besoins communs, une prédation s’empare de la rente et la richesse et s’exporte vers l’ailleurs en toute impunité.

La transparence n’a jamais fait l’objet de la coutume politique, même quand le président dans son état d’alité dans l’Hôpital Universitaire de Genève, aucune image télévisuelle n’a été transmise au peuple ; l’opacité règne en maître absolu ; devant cette situation se cache un ou plusieurs clans anonymes nourris de la corruption en haute sphère, ses propres ravisseurs vont mener le bateau Algérie, et ce, depuis son 4e mandat par procuration, ils sont devenus une grande menace pour le pays, en insultant le peuple par le piétinement de toutes les règles de l’Etat, la communication se faisait par lettre interposée.

La transmission générationnelle n’a pas eu lieu et la réconciliation est noyée dans un système dictatorial où la corruption, l’absolutisme et l’arbitraire mènent le triste quotidien de la population. Tous les critères que l’on utilise généralement pour expliquer et explorer les jeux de pouvoir ne s’appliquent pas à l’Algérie car les dirigeants algériens à tous les échelons de la structure institutionnelle sont avant tout des imposteurs forcés qui se sont installés par un système en cooptation. Le système est détenu par plusieurs clans dont le président est le point d’équilibre (consensus) et qui défend et dont le mensonge et le tout va bien devient l’usage principal pour l’instauration de l’équilibre (consensus trompeur) car dans l’état actuel, les clans mènent une bataille féroce mais qui ne leur a pas permis de présenter un successeur ayant la stature de Bouteflika. Depuis 20 ans de mensonges, tromperies et de violation des règles ou dispositions de la Constitution et autres textes et lois.   

 

Par Benallal Mohamed , 

Ancien cadre

Lire aussi

Loading...

Related Post

S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!