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mercredi, 19 juin, 2019
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Un 14e vendredi imposant à Alger malgré les arrestations : «Y en a marre des généraux !»

25 mai 2019 à 10 h 25 min

Alger, 24 mai 2019. 14e vendredi consécutif de mobilisation populaire pour un changement radical en Algérie. Il est un peu plus de 11h. Alors que la rue Didouche Mourad et la place Audin sont mortes, des clameurs montent en s’approchant de la Grande-Poste.

On note d’emblée que le parvis de l’imposant bâtiment est barricadé, officiellement, en raison de la fragilité de l’édifice. Plusieurs camions de police alignés le long du boulevard Khemisti.

A cela s’ajoute un cordon de forces antiémeute en casques, boucliers et gourdins, pour empêcher les manifestants d’avancer vers les marches de la Grande-Poste.

Des centaines de personnes sont déjà massées dans ce périmètre et scandent : «Dawla madania, machi askaria» (Etat civil, pas militaire), «Makache intikhabate, y a el issabate» (Pas d’élections avec les gangs), «Gaïd Salah dégage !», «Klitou lebled ya esseraquine» (Vous avez pillé le pays, bande de voleurs)…

Certains sont venus d’autres wilayas, à l’instar de Tayeb, dermatologue, originaire de M’sila. «J’ai passé la nuit à Alger», confie-t-il. «A d’autres occasions, j’ai aussi manifesté à Tizi Ouzou, Bordj Bou Arréridj…» Comme vendredi dernier, des maires ont fait le déplacement depuis la Kabylie.

Il y avait ainsi au moins deux maires hier, reconnaissables à leur écharpe, en l’occurrence celui de la commune d’Aït Bouaddou, Mouloud Mouloudj, et celui d’Aghribs, Amirouche Messis.

Collant de près la haie de policiers, la foule reprend : «Bismi Allah, bismi Allah, yetnahaw bi idhni Allah» (Au nom d’Allah, ils partiront par la volonté de Dieu), «Maranache habssine, koul djemaa khardjine» (On ne s’arrêtera pas, chaque vendredi on sortira)… A un moment donné, les manifestants s’écrient : «Y en a marre des généraux !», «Y en a marre de ce pouvoir»…

Une centaine d’arrestations

On sent une énorme tension dans l’air. D’ailleurs, voilà une colonne de policiers antiémeute qui s’engouffre dans la masse, dans un geste de pure provocation. Ils traquent les banderoles hostiles.

Ils somment ainsi des jeunes dressés sur une plateforme avec une banderole sur laquelle était écrit, entre autres : «Tethassbou ga3 !» (Vous serez tous jugés), de l’enlever. Une dame qui avait une pancarte sur laquelle elle avait écrit «Non à la répression» s’est vu arracher des mains son écriteau.

Pis encore : des patrouilles de police ainsi que des policiers en civil et autres éléments des RG ont procédé à plusieurs arrestations aux premières heures de la matinée, «une centaine», selon Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, rencontré sur place. «Ils sont dispersés entre les commissariats de Ruisseau, Bab Ezzouar, un peu partout…» indique Saïd. Parmi eux, Samir Larabi du PST.

Visiblement, la nouvelle stratégie de la police est d’embarquer les premiers manifestants du matin, considérés comme les plus irréductibles. «Même certains citoyens, qui allaient juste faire leur marché, ont été embarqués», témoigne un photographe. «J’ai dû entrer dans une boulangerie et acheter du pain pour faire diversion», poursuit-il.

A cela, il faut ajouter les barrages filtrants de la gendarmerie et les voitures systématiquement refoulées si elles ne sont pas immatriculées «16». Pour Saïd Salhi, le régime commet une grave erreur de jugement en pensant pouvoir étouffer les manifs à Alger en la coupant des wilayas réputées frondeuses, dont plusieurs militants viennent, effectivement, manifester dans la capitale. «Ils n’arrivent pas à comprendre que c’est Alger qui marche.

Il y a, c’est vrai, ceux qui viennent d’autres wilayas, et qui manifestent dès 7h, mais le gros des manifs à Alger commence concrètement à 14h, et là c’est Alger qui manifeste», affirme-t-il, avant de lâcher : «Mais ils ne peuvent pas arrêter 2 millions de personnes !» Selon lui, cette agressivité de la police est le signe d’une «panique» en haut lieu. «Ils montrent leur vrai visage, les masques sont tombés.

C’est ça le véritable visage du système que nous voulons changer.» Concernant la présidentielle du 4 juillet, Saïd Salhi estime que «ces élections n’ont aucune chance qu’elles se tiennent. Ces gens doivent accepter leur échec et l’échec du ‘’102’’.

Ils doivent admettre qu’on est déjà dans la transition». «C’est un rapport de force, et tant que la population est déterminée, le rapport de force est du côté du hirak. C’est le système qui panique», appuie-t-il.

«Où était Gaïd Salah depuis 2004 ?»

Hier, les manifestants ont exprimé une nouvelle fois leur rejet massif du scrutin. «Non à l’élection du 4 juillet, départ de tous les symboles de la bande, oui à une IIe République», lit-on sur une pancarte. D’autres disaient : «Pas de vote, pouvoir mafieux», «Pas d’élection avec la bande».

Un citoyen écrit : «La pièce de théâtre du 4 juillet sera présentée sans public, M. Gaïd Salah». «Irhalo !» martèle un monsieur accompagnant son slogan d’un portrait barré de Gaïd Salah.

Un jeune interroge : «Où était Gaïd Salah depuis 2004 ?» Un autre a détourné l’affiche de la Grande Vadrouille en «Grande Magouille», remplaçant Bourvil et Louis de Funès par Gaïd Salah portant sur ses épaules Bensalah. «Bensalah et Bedoui, vos jours sont comptés», avertit un panneau.

Des groupes de parole se forment çà et là. L’un d’eux s’est constitué autour d’un vieux monsieur qui a carrément composé un gouvernement de transition conduit par Benbitour, où Yasmina Khadra est nommé à la Culture, Rahabi aux AE, tandis que Mustapha Bouchachi a hérité du ministère du «Bien-être».

Les femmes en force

L’une des images marquantes de ce 14e vendredi est la forte présence des femmes. Jeunes et moins jeunes, avec ou sans hidjab, elles étaient en première ligne de front, brandissant des pancartes aux messages d’une très grande pertinence politique. Une manifestante parade avec cette pancarte : «Atini horiyati» (Donne-moi ma liberté). Une autre a écrit : «Que tombe le traître et ses complices, non aux élections qu’on s’apprête à truquer».

A la place Audin, ce message cinglant émis par une manifestante : «Celui qui a fabriqué un épouvantail appelé vide constitutionnel, le vide est dans sa tête et non dans la Constitution». Sur un autre écriteau, elle adresse ce message cinglant à Bedoui : «Celui qui a truqué 4 mandats ne se repentira pas le 4 juillet»…

Une femme arbore le portrait de Ramzi Yettou – Allah yerahmou – ce jeune homme de 23 ans qui habitait à Labaziz, dans la commune de Bougara, et qui est décédé le 19 avril après avoir été grièvement blessé à la tête le 12 avril, à Alger. «C’est moi qui ai accompagné sa dépouille quand on l’a récupéré de l’hôpital Mustapha», témoigne cette dame qui se trouve être sa voisine. «On veut que justice soit faite», insiste-t-elle.

Une autre femme, issue du même patelin, manifeste avec ce slogan : «On revendique le changement et la justice en Algérie.» Elle aussi habite à Labaaziz et connaît la famille de Ramzi Yettou. «Pourquoi ils l’ont tué ? Il est venu manifester pacifiquement, ils lui ont fracassé le crâne. C’est une injustice flagrante», dénonce-t-elle.

Ces deux femmes nous confient qu’elles étaient venues de Labaaziz spécialement pour manifester malgré les difficultés du transport. «Il y avait quelques bus privés le matin, mais pour rentrer, c’est la galère. Nous devons marcher jusqu’à Ruisseau à pied, et de là, on va prendre le bus pour Baraki», expliquent-elles. «Mais on a tenu à être là !» disent-elles avec détermination.

«Vos électeurs, vous allez les ramener de la planète mars ?»

Comme tous les vendredis ramadanesques, dès la fin de la prière d’El Djoumouaâ, les rues d’Alger connaissent une véritable déferlante populaire. La nouveauté cette fois est que les manifestants se sont trouvés un nouveau point de chute après la fermeture de l’accès à la Grande-Poste.

Ils ont marché jusqu’à la place des Martyrs via le boulevard Zighoud, en faisant du bruit devant l’APN. La marée humaine bigarrée défilait en scandant : «Makache intikhabate ya el issabate», «Djeich chaab, khawa-khawa, Gaid Salah maa el khawana» (L’armée et le peuple sont des frères, mais Gaïd Salah est avec les traîtres), «Dawla madania, machi askaria», (Etat civil, pas militaire), «Hada echaâb la yourid hokm el askar min djadid» (Ce peuple ne veut pas un nouveau régime militaire), «Gaïd Salah dégage !», «Libérez l’Algérie», «Le 4 juillet kayen massira» (Le 4 juillet, il y aura une marche), «Le 4 juillet, wahed ma ivoti» (Le 4 juillet, personne ne votera), «Djoumhoria machi caserna» (Une République, pas une caserne)…

Les banderoles déployées étaient là encore très explicites : «Non aux élections de la bande, non au régime des chars», «Primauté au civil sur le militaire», «Ni Etat militaire, ni bande mercenaire».

Un citoyen a bien résumé le sentiment général de ce 14e «référendum» en brandissant haut cette pancarte avec ces mots pleins d’ironie : «Un peuple réuni, un pouvoir honni.

Pourquoi le 4 juillet puisque le peuple, par millions, vote chaque vendredi. Vos électeurs, vous allez les ramener de la planète Mars ?»

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