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Troubles mentaux et intégration socioprofessionnelle : Quelles solutions ?

05 janvier 2019 à 10 h 49 min

Quels sont les effets des troubles psychopathologiques sur l’intégration socioprofessionnelle ? Cette question a été au centre des débats lors d’une communication animée à Tizi Ouzou par le Pr Messaoudi Abdelkrim, psychiatre et doyen de la faculté de médecine de Tizi Ouzou.

D’emblée, l’intervenant fait remarquer que le processus de l’intégration professionnelle et sociale des malades mentaux est une question d’actualité, qui renvoie à une diversité de pratiques actuellement en plein développement, visant à promouvoir, soutenir et accompagner le retour à la société de personnes ayant présenté des troubles psychiatriques. «Le sujet engagé dans un processus de réintégration ressent un sentiment d’insécurité majeur face aux exigences des réalités sociales qu’il doit affronter : logement, emploi, interactions avec l’entourage.

Ce sentiment d’insécurité reflète l’identité négative qui le caractérise, élaborée à partir d’une dévalorisation personnelle massive.» Ce spécialiste en psychiatrie définit la réintégration psychosociale comme l’ensemble des processus directs et indirects tendant à réduire les stigmates de la maladie mentale et à augmenter les compétences psychosociales des patients désinsérés. «S’ils sont particulièrement invalidants lors des phases aiguës de la maladie, les symptômes ne compromettent pas, toutefois, l’adaptation sociale dans les phases de rémission.

Mais l’aspect cyclique de la maladie entraîne souvent d’autres problèmes qui réduisent les chances de s’intégrer», précise-t-il. Le potentiel d’insertion dépend, dans une large mesure, de la nature des troubles psychopathologiques présentés et de leur mode de stabilisation. Cela ne doit cependant pas conduire à sous-estimer l’importance des autres facteurs, comme le niveau de formation initialement atteint ou l’expérience professionnelle acquise antérieurement aux troubles, ajoute le doyen de la faculté de médecine de Tizi Ouzou.

S’agissant des types de facteurs conditionnant la réinsertion, il cite le degré de stabilisation, l’importance des troubles résiduels et le profil évolutif envisageable, ainsi que le retentissement des troubles (résiduels) sur un ensemble de dimensions. «L’évaluation du type de stabilisation relève d’une appréciation clinique, c’est-à-dire pluridimensionnelle, s’efforçant d’appréhender non seulement les troubles résiduels décelables, mais aussi leur retentissement fonctionnel sur les principaux secteurs de l’existence du sujet, en s’attachant à saisir diachroniquement les modes de manifestation et l’incidence de ces troubles».

Le conférencier schématise les principales configurations évolutives rencontrées de la façon suivante : stabilisation après amendement des troubles ; persistance des troubles dont l’intensité est à apprécier, avec une stabilisation sur un mode chronique ; alternance de périodes d’amélioration et de rechute, dont il importe de repérer les facteurs déclenchants quand ils existent et peuvent être éventuellement évités. «Il s’agit principalement des facultés d’adaptation aux contraintes propres à la société et au monde du travail (contraintes de déplacement, d’horaires, de rythme, d’organisation impliquant une  »hiérarchie »)», détaille le Pr Messaoudi.

Abordant la problématique du malade mental face à l’emploi, il a indiqué : «L’emploi participe à l’identité sociale du sujet, mais bien au-delà, par le sentiment d’utilité qu’il procure et la potentialité de réalisation de soi-même qu’il offre, il concerne l’identité dans toutes ses facettes, ensemble des caractéristiques que le sujet s’attribue à lui-même, système de représentations et de sentiments de soi sur soi-même.»

Selon lui, c’est dans le travail que les dimensions humaine et économique de la santé mentale et de la maladie mentale se manifestent le plus nettement. «Le travail peut contribuer de façon tout à fait constructive au bien-être mental, car c’est du travail que nous tirons une bonne partie de notre sentiment d’intégration sociale.» La vulnérabilité, résultant de la combinaison de facteurs innés et acquis, ne prédispose pas obligatoirement le sujet à la maladie mentale, dit-il.

Elle se traduit, selon lui, par une difficulté à maîtriser des informations complexes au sens large. Et ce n’est que lorsque les situations rencontrées par le sujet constitueront pour lui une trop forte charge émotionnelle et cognitive qu’il peut basculer dans la décompensation et présenter une symptomatologie productive, dans une phase aiguë, relève le Pr Messaoudi. Dans cette perspective, ajoute l’intervenant, la maladie mentale n’est pas l’expression au long cours d’une structure de la réalité psychique du sujet qui s’avérerait pathogène.

Elle n’est que la manifestation, qui peut être passagère, de l’incapacité d’un sujet vulnérable à faire face à certains moments ou étapes de son existence. La réinsertion professionnelle est souvent considérée comme une composante essentielle de la réhabilitation. Or, les contraintes qu’elle exige, l’implication émotionnelle et la maîtrise qu’elle nécessite éprouvent intensément la vulnérabilité du sujet et peuvent conduire à une nouvelle phase symptomatique aiguë et à un renforcement de l’identité négative, a-t-il fait savoir. «L’impact des troubles mentaux sur la communauté est aussi profond que multiple : coût des soins, perte de productivité, problème d’ordre juridique. Les troubles mentaux ou du comportement ont d’importantes répercutions sur les individus, leur famille et leur entourage.

L’individu souffre non seulement des symptômes inquiétants de sa maladie, mais aussi de ne pas pouvoir participer à des activités professionnelles ou récréatives, souvent du fait d’une discrimination à son égard. Il s’inquiète de ne pouvoir assumer ses responsabilités envers sa famille et ses amis, et craint d’être un poids pour les autres», analyse le Pr Messaoudi. La qualité de vie des personnes atteintes de troubles mentaux a fait l’objet de plusieurs études, d’où il ressort que le préjudice est non seulement considérable, mais durable. Souvent la qualité de vie reste médiocre, même après la guérison, sous l’effet de différents facteurs sociaux, note le conférencier.

Le coût économique des souffrances psychiques est l’autre point abordé. «Les troubles mentaux représentent un lourd fardeau économique, entre autres sur les revenus des personnes, la capacité des malades ou de leurs soignants à travailler et à apporter une contribution productive.» Les conséquences, le Pr Messaoudi les situe à trois niveaux : individuel (atteinte de la capacité de gain, baisse de performance, frais de soins, perte d’autonomie), socioprofessionnel (sur le lieu de travail, diminution de la capacité productive et l’absentéisme, les erreurs de jugement, les accidents, les conflits, les litiges) et sociopolitique (augmentation des coûts de prise en charge des assurances maladie et sociales qui se répercutent directement sur les charges des citoyens).


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