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Tribunal de Sidi M’hamed : L’étonnant plaidoyer du procureur pour l’indépendance de la justice

10 février 2020 à 10 h 22 min

Le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a fait bonne impression. Dans son réquisitoire, le représentant du parquet, Ahmed Belhadi, a en effet demandé la relaxe au profit des manifestants arrêtés lors des manifestations du 48e vendredi à Alger, et a plaidé, chose rare, en faveur de l’«indépendance de la justice».

Aouicha Bakhti, membre du collectif de défense présente dans la salle, ne cache pas son étonnement après un tel réquisitoire dans ce que les prévenus, leurs défenseurs appelaient le «tribunal d’exception». «Nous avons l’habitude d’une justice du téléphone, d’où notre étonnement. Le procureur a commencé par demander l’application de la loi, sous-entendu la relaxe, avant d’entamer une formidable plaidoirie en faveur de l’indépendance justice. Il dira : ‘‘Les Algériens marchent résolument pour une nouvelle Algérie, où la justice sera indépendante.

Le peuple ne veut plus subir une justice aux ordres. Et en tant représentant du ministère public, je refuse les injonctions et donc je demande l’application de la loi au profit de ces personnes. Le parquet demande la relaxe.’’» La relaxe a été requise dans le dossier des 16 manifestants du 48e vendredi accusés d’«attroupement». D’ailleurs, «le procureur a remis en cause cette accusation», raconte, très émue, Me Bakhti.

Dans le second dossier impliquant le militant du RAJ, Kamel Nemiche, accusé d’«atteinte à l’unité nationale», le procureur a aussi requis la relaxe et plaidé pour une justice indépendante. A un avocat qui a dit que l’Algérie ne voudrait pas retomber dans les affaires des années 1990, le procureur, signale Me Bakhti, a demandé à intervenir à nouveau pour asséner : «Le peuple est conscient et il ne permettra pas cela.»
L’avocate Alili Yamina, qui a plaidé plusieurs dossiers de hirakistes au tribunal de Sidi M’hamed, croit savoir que le jeune procureur a été installé à Sidi M’hamed à la faveur du dernier mouvement des magistrats, en novembre 2019.

«Procureur gêné»

«C’est ce même procureur qui a requis des peines de prison dans le dossier d’un groupe de prévenus qu’on a défendus le 18 novembre 2019. Mais on sentait sa gêne. D’ailleurs, ce jour-là, on a décidé de boycotter l’audience et on a entonné Qassaman. Le procureur, très affecté, s’est levé», raconte l’avocate. Mise en scène ? Le procureur a-t-il reçu des ordres ? Y a-t-il volonté de «mettre dans la gêne» le ministre Belkacem Zeghmati ? Des interrogations ont fleuri sur les réseaux sociaux. Me Bakhti va au fond de sa pensée : «Je pense que le procureur a réagi comme un Algérien, et en son âme et conscience.

Il avait les larmes aux yeux quand il a prononcé son réquisitoire. Je ne pense pas qu’il mente… Un prévenu, ému, a même embrassé le procureur. D’autres ont cherché à avoir son nom pour le défendre s’il subit des représailles», relate-t-elle.

Pour Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, le réquisitoire du procureur Belhadi est «une première» dans les annales de la justice algérienne, lorsqu’on apprend qu’un procureur (Bordj Bou Arréridj) a requis 8 ans contre l’activiste Brahimi Laalami. «Au moment où nous attendions de voir les magistrats, qui eux incarnent le pouvoir judiciaire, se libérer du pouvoir exécutif et parfois occulte, c’est un procureur du tribunal de Sidi M’hamed à Alger qui tente apparemment de se libérer et de se débarrasser d’une réputation qui a fait de la juridiction, jusque-là un tribunal ‘‘d’exception’’ avec le recours abusif à la détention provisoire et les condamnations des porteurs de l’emblème amazigh et des activistes du hirak», souligne-t-il.

La section correctionnelle du tribunal de Sidi M’hamed a traité, hier, quatre dossiers. «Le premier concerne 16 prévenus accusés d’‘‘incitation à attroupement’’ (article 100 du code pénal) ; le deuxième dossier concerne Kamel Nemmiche, militant du RAJ, accusé d’‘‘atteinte à l’unité nationale’’ (article 79).

Il y a le dossier de Bouarissa Rida, militant Rachad et ex-détenu accusé d’‘‘atteinte à l’unité nationale’’. Il y a aussi le quatrième dossier d’El Amri Mohamed.

La présentation a été faite le 19 janvier 2020. Les dossiers ont été présentés pour comparution directe», détaille Me Alili. Les verdicts dans les affaires de la vingtaine de prévenus seront connus dimanche 23 février.



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