Travail des enfants : Le visage innocent de la pauvreté | El Watan
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Travail des enfants : Le visage innocent de la pauvreté

15 mars 2020 à 10 h 06 min

Le travail des mineurs en Algérie est certes un phénomène relatif mais pas nouveau. Hormis les vendeurs de feuilles de «dioules» durant le Ramadhan et de pain traditionnel sur les abords de l’autoroute en été, des enfants travaillent à longueur d’année pour aider financièrement leurs parents.

Ils devraient être à l’école à apprendre plein de choses. Ils sont aussi censés jouer et avoir beaucoup de loisirs.

Ce monde magique que mérite chaque enfant n’appartient pas à Fadwa, Yacine, Mourad, Abdou et bien d’autres qui se sont retrouvés très tôt dans le monde du travail. Fadwa a 10 ans. Elle est encore au primaire. Bien portante, elle fait plus que son âge.

Avec son petit frère Yacine, 8 ans, ils vendent des m’hadjeb (crêpes salées traditionnelles) et de la kessra (pain traditionnel) dans le train desservant la ligne Alger-El Affroun. «Prenez-en pour le dîner ! Elles sont faites aujourd’hui.

Inutile de cuisiner, réchauffez ces m’hadjeb et mangez !» Quelques phrases qui arrivent à attirer pas mal de clients. Les voyageurs de cette ligne Alger-Blida se sont habitués à voir ces deux gamins avec leur tablier d’écolier. Certains sont même devenus des clients fidèles.

Une habitude qui leur a fait oublier qu’ils ne sont que des enfants et qu’ils devraient être à la maison à jouer, se reposer ou faire leurs devoirs. Très fière, Fadwa parle à peine des raisons qui l’ont poussée à s’adonner à ce commerce. «Mon père a été victime d’un accident et ne travaille plus.

Il ne sort pas de la maison. C’est maman qui nous prépare tout ça le matin et nous les vendons, mon frère et moi, après la sortie de l’école», raconte-t-elle avant de nous rendre notre monnaie et repartir conquérir d’autres clients.

Un des voyageurs qui, habitué de cette ligne, semble bien connaître les deux enfants, nous explique que le papa a été victime d’un accident de travail, qu’il n’était pas déclaré à la CNAS et que son employeur a refusé de l’indemniser ou de l’aider. D’après notre accompagnateur, les enfants font plusieurs fois par jour cette ligne à 12h et après 15h.

Mourad, lui, travaille dans une pizzeria au marché populaire Bab Errahba de Blida. Il n’a que 15 ans. Eplucher les pommes de terre et râper le fromage, nettoyer les tables et le sol sont ses principales tâches.

Il peut faire beaucoup d’autres choses selon les besoins de son employeur qui ne lui donne que 2000 DA la semaine. Le petit nous fait savoir qu’il a quitté l’école en 1re année moyenne, qu’il aurait aimé terminer ses études mais qu’il ne pouvait pas.

La situation financière très délicate de sa famille ne permettait pas de prendre en charge ses frais de scolarité ainsi que ceux de ses 4 autres frères et sœurs. Dans ce grand marché populaire, beaucoup d’enfants et adolescents travaillent dans le commerce.

Certains vendent des sandwichs, tandis que d’autres des effets vestimentaires pour le compte de commerçants nettement plus âgés. Le même spectacle est constaté au marché Tnache au quartier populaire de Belouizdad. Des enfants et des adolescents font du commerce à la place des adultes. Abdou a 15 ans.

A sa sortie du lycée, il donne «un coup de main» à son voisin Mohamed, vendeur de fruits sur une table de fortune. Cette aide, comme préfère la nommer le jeune adolescent, consiste à tenir la caisse lors de l’absence de l’employeur, ramasser les cartons et arranger les lieux.

Les 500 DA qu’il gagne quotidiennement lui permettent d’acheter des vêtements, payer ses cours de soutien, s’acheter un téléphone portable et autres objets devenus nécessaires pour un jeune de son âge.

Les 22 000 DA que gagne son père ne peuvent suffire à combler ses besoins ainsi que ceux de ses 3 frères et sœurs. «Nous ne trouvions pas d’inconvénient à ce qu’il travaille, surtout qu’il était avec une de nos connaissances. Mais à un certain moment, nous avons constaté un changement dans son caractère.

Il était perturbé et ne pouvait se concentrer sur ses études. Après nos maintes questions, il nous a dit que les autres commerçants le harcelaient ainsi que ses copains pour faire le ramassage des cartons et cagots de fruits et légumes pour eux. Ne pouvant supporter cette sollicitation incessante, il a arrêté», raconte sa tante maternelle.

Grandir dans le danger

En effet, les dangers que vivent ces enfants dans ces milieux destinés aux adultes sont nombreux. Toutefois, beaucoup de parents considèrent que la sortie de leurs enfants dès le début de l’adolescence vers le monde du travail, en accomplissant des tâches qu’ils estiment «simples», contribue à l’enrichissement de l’enfant.

D’autres parents, fuyant la crise d’adolescence de leur enfant, optent pour ce mode d’occupation. La phrase tout le temps répétée par ces derniers : «Khellih yewelli rajel» (Laisse-le devenir un homme).

Comment peut-on devenir adulte alors qu’on n’a que 10 ans ? En plus de sauter des étapes cruciales de sa vie, l’enfant est en danger continuel dans ces milieux destinés aux adultes.

En effet, beaucoup de mineurs ont appris autre chose que la responsabilité, telle que fumer ou côtoyer le monde des dealers de drogue pour finir toxicomanes.

D’autres se sont retrouvés impliqués sans le savoir dans des affaires de trafic de psychotropes ou carrément victimes de maltraitance, de viols et de toutes formes d’agressions.

Certains, habitués à avoir de l’argent ont carrément quitté l’école qui, selon leurs dires, «ne sert à rien». Justement, ce gain d’argent contribue à la distraction des jeunes adolescents de l’école et participe à l’augmentation du taux de l’échec scolaire. Faut-il le signaler, le travail des enfants n’est qu’une infime cause de l’échec scolaire qui concerne aujourd’hui 200 000 élèves.

Des enfants en échec qui finissent exploités dans la rue, soit dans la délinquance, le travail dans l’informel et tout autre créneau illicite. Un potentiel et un capital humain qui devrait être orienté, géré et formé dans les centres de formation professionnelle.

Une situation qui devrait alerter non seulement les parents, mais surtout les hautes autorités de l’Etat, responsables de la protection de l’enfant et de ces couches sociales qui vivent sous le seuil de la pauvreté.

Une urgence qui s’impose sachant que l’Algérie compte 13 millions d’enfants de moins de 18 ans, dont 5 millions ont moins de 5 ans. Elle compte aussi, selon les chiffres de la LADDH, près de 1,3 million de familles vivant sous le seuil de la pauvreté. 


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