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Timezrit (Béjaïa) : Des jeunes projettent un film dans une mosquée

16 janvier 2019 à 11 h 15 min

Est-il imaginable de projeter un film dans une mosquée par ces temps d’intolérance ? Une association vient de le faire dans un village kabyle, sur les hauteurs montagneuses de la wilaya de Béjaïa. Le fait est très singulier, peut-être inédit dans le pays, voire dans le monde musulman, où le sacré étouffe la vie sociale. Sous d’autres cieux, les conservateurs et les islamistes feraient passer la chose pour une offense.

Rien de tout cela à Imezouagh, un village de plus de 1000 habitants, perché à quelque 500 mètres dans la commune de Timezrit. L’association socioculturelle et écologique du village a convié la population, la veille de Yennayer, jour de l’An amazigh, à se retrouver dans la mosquée fonctionnelle du village à quelques instants de l’appel à la prière du soir, el îcha.

L’invitation n’était pas lancée pour prier mais pour voir un film. Au programme, le court-métrage de 17 minutes Je te promets, réalisé par Mohamed Yargui et produit par Amina Haddad.

Le film raconte, en kabyle, l’histoire d’un frère, Allili, et de sa sœur, Baya, qui s’est sacrifiée pour lui dans les dures conditions de vie de la famille. Reconnaissant envers sa sœur, Allili revient au village pour tenir sa promesse. Le court-métrage, dans lequel figure feu Djamel Allam, se déroule sur fond de patrimoine culturel kabyle dont des référents agrémentent le film. Je te promets a décroché plusieurs distinctions dans des manifestations cinématographiques nationales et internationales.

Sa projection a eu lieu dans une partie de la mosquée qui est encore en chantier. La salle, qui accueille jusqu’à 500 personnes, grouillait de monde, dont des enfants et des vieux du village emmitouflés dans leurs burnous.

Le moment de l’appel à la prière est arrivé en pleine projection. Faut-il suspendre celle-ci, le temps d’el îcha, comme cela se fait sur nos chaînes de télévision et partout ailleurs où l’on décrète la priorité du religieux sur tout ? A Imezouagh, les choses sont inversées dans le respect mutuel.

Muezzin et animateurs de l’association ont convenu de faire l’appel… sans les haut-parleurs et sans embarras. La scène est un bel exemple de cohabitation : au moment où les fidèles faisaient leur prière au rez-de-chaussée, à l’étage on continuait de regarder le film. Pour les organisateurs, le fait est ordinaire. «C’est une chose ordinaire pour nous», répond Djilali Boulkaria, président de l’association.

C’est depuis sa création en 1993 que celle-ci a pris ses quartiers dans une partie de la mosquée du village où ses adhérents y jouent de la musique et font du théâtre. Des documentaires y ont déjà été projetés, mais pas de film de fiction. «On peut y projeter n’importe quel autre film, si les gens acceptent de venir le voir. Il n’y a pas de problème avec la mosquée», nous déclare M. Boulkaria. Les villageois posent une condition à l’imam qui vient officier chez eux : s’adapter aux traditions locales. «Il y a quelques années, un imam a voulu être autrement en nous dictant sa conduite.

Depuis, il n’a plus remis les pieds ici», nous apprend le président de l’association. L’imam, originaire de Tiaret, s’est heurté aux codes de conduite consensuels du village. «Nous avons des athées, des chrétiens, des musulmans, mais aucun intégriste dans le village. La religion est verticale. Nous travaillons tous pour l’intérêt du village. Des chrétiens ont participé à la construction de la mosquée sur fonds propres du village. S’il faut construire une église, nous le ferons», ajoute notre interlocuteur.

Imezouagh a deux vieilles mosquées qui ne servent plus. La troisième est fonctionnelle et prend juste le nom du village, qui a construit un F5 comme logement de fonction pour l’imam. C’est sur la place attenante à cette mosquée que les jeunes villageois se défoulent lors des soirées musicales. A l’avenir, le sous-sol de ce lieu de culte servira de médiathèque. La mosquée tend ainsi à devenir un vrai espace polyvalent où la religion côtoie les arts, sans le moindre heurt.


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