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Stress hydrique et changements climatiques : Quelles réponses et quelle politique ?

06 février 2020 à 10 h 06 min

Pas de pluies, pas de neige, pas d’oiseaux, vents de sable et épisodes caniculaires de plus en plus fréquents, températures trop élevées pour la saison et rivières presque à sec. Tous les signes d’un dérèglement climatique annonciateur de profonds changements et bouleversements régionaux, nationaux ou planétaires sont là.

Nous sommes au beau milieu d’un étrange hiver qui affiche des températures insolentes de douceur estivale. Sous un ciel couleur sable du désert, le Djurdjura qui, habituellement, arbore un épais manteau de neige à cette époque de l’année, offre le triste spectacle de sa totale nudité. Une seule tache blanche, rescapée de la seule neige de l’année, persiste sur le flanc le moins exposé au soleil du mont Tamgout.

En bas, dans la vallée, sur les poteaux électriques plantés le long de la route nationale, juchées sur leurs nids de branchages et brindilles, les cigognes sont de retour depuis déjà longtemps.

Leur éclipse a été très courte, si tant qu’elles aient effectué leur émigration saisonnière cette année. Sur les contreforts des Bibans, les amandiers sont en fleurs, bernés par cette chaleur et douceur printanières. Dans les champs d’oliviers, les arbres sont orphelins des milliers de grives et étourneaux qui les visitaient chaque année pour se repaître de leurs fruits gorgés d’huile.

Cette année, même les serpents ont quitté précocement leurs trous douillets d’hibernation pour semer la panique dans quelques oliveraies, mais beaucoup plus sur les réseaux sociaux. Dans le lit du principal cours d’eau de la vallée Sahel-Soummam, la seule vallée que possède le Djurdjura, il n’y a plus qu’un ruisseau noirâtre qui charrie les eaux usées des villes, des villages et des nombreuses huileries de la région. Dame Nature semble avoir perdu la boussole. L’hiver est fini avant même d’avoir commencé.

Pas de pluies, pas de neige, pas d’oiseaux, vents de sable et épisodes caniculaires de plus en plus fréquents, températures trop élevées pour la saison et rivières presque à sec. Tous les signes d’un dérèglement climatique annonciateur de profonds changements et bouleversements régionaux, nationaux ou planétaires sont là. Ces 20 dernières années, ce qui était une exception est devenu une habitude : des hivers trop doux et trop courts ainsi que des pluies rarissimes.

Quand on entend les anciens raconter les longs mois d’hiver d’antan, les villages bloqués par les épais manteaux de neige, les rivières qui débordaient en emportant tout sur leur passage, on est tentés de croire qu’ils évoquent quelque mystérieuse et lointaine contrée qui n’a existé que dans leur imagination.

Pourtant le pays a bel et bien changé et basculé dans un autre climat et un autre âge. Au fur et à mesure que les hivers raccourcissaient en devenant plus secs, les étés se sont mis à s’allonger indéfiniment tout en étant toujours plus torrides.

Nous sommes réellement entrés dans cet autre âge que les scientifiques appellent «anthropocène», cette nouvelle ère de l’histoire de la Terre où les activités humaines ont une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. Et l’Algérie est aux premières loges pour vivre de près les effets de ce réchauffement climatique qui s’annonce dévastateur.

Le pays ne dispose ni de grands fleuves ni de grandes montagnes pouvant servir de réservoirs hydriques. «Située dans une zone de transition entre les régimes tempérés et subtropicaux, l’Algérie est un pays majoritairement aride et semi-aride et son taux de pluviométrie est l’un des plus bas du bassin méditerranéen.

Avec moins de 500 m³/hab/an d’eau en moyenne, le pays est caractérisé par un stress hydrique très fort et la situation est plus proche de la pénurie. En Algérie, les ressources potentielles en eau sont extrêmement limitées et inégalement réparties», souligne le chercheur Mohamed Chabane dans un article intitulé «Comment concilier changement climatique et agriculture en Algérie ?».

La situation n’était déjà pas reluisante et elle promet de se corser davantage, car les faits sont là. Têtus. D’année en année, la réalité rattrape et dépasse les prévisions les plus sombres des climatologues.

Toutefois, stress hydrique passager ou changements climatiques qui s’inscrivent dans la durée, en face, côté politique, il n’y a guère de réponse à un état qui devient de plus en plus préoccupant, même pour le citoyen lambda qui s’angoisse à suivre les bulletins météo ou scrute le ciel à la recherche de nuages annonciateurs de pluie.

Les pouvoirs publics ne sont toujours pas sortis de l’attitude fataliste qui consiste à prévoir une «salat el istisqa» (prière de la pluie) à l’approche, comme par hasard, des perturbations météorologiques.

Il n’y a même plus ces fameuses campagnes de prévention façon grand-mère que l’on voyait avant à la télévision pour expliquer que l’eau est précieuse et qu’il convient de la préserver. Dans les villes, les enfants grandissent en continuant de croire que l’eau vient du robinet et le lait des sachets qui poussent dans les usines. On leur annonce encore que la pluie, c’est du «mauvais temps» et le soleil du «beau temps».

Dans les prochaines décennies, l’eau va devenir un enjeu majeur dans le développement des nations. La guerre pour l’or bleu a déjà commencé. L’Algérie a ratifié toutes les conventions internationales pour la lutte contre le réchauffement climatique et a même adopté un Plan national du climat (PNC) pour la période 2020-2030.

Elaboré par la Commission nationale de l’environnement, regroupant plusieurs secteurs concernés, et un groupe d’experts et de chercheurs, le plan en question prévoit pas moins de 155 opérations et activités visant à s’adapter aux effets des changements climatiques et à les limiter pour la prochaine décennie, notamment à travers la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’intégration de la dimension climat au sein des différentes politiques publiques de développement.

Concrètement pourtant, il n’y a rien de nouveau sous le soleil de plus en plus brûlant d’Algérie. Pas le moindre début d’une politique de gestion de l’eau qui commencerait déjà par son recyclage systématique, du moins dans les grandes agglomérations et dans les industries très gourmandes en eau.

Ce serait pourtant là un premier pas important. La pression démographique dans notre pays, son climat semi-aride et le niveau de pollution qui ne cesse d’augmenter font qu’il est plus que vital et urgent de préserver cette ressource et de l’utiliser de manière rationnelle et intelligente au quotidien.

Fort à propos, les questions de la gestion intelligente des ressources hydriques, de la lutte contre le réchauffement climatique, de la protection de l’environnement, des énergies renouvelables, d’une agriculture responsable et raisonnée, sont intimement liées et imbriquées les unes dans les autres. Cela s’appelle le développement durable. C’est cette vision politique globale qu’il faudrait aux dirigeants de ce pays. Pour cela, il convient peut-être de sortir de la rente pétrolière avant tout. 


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