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vendredi, 20 septembre, 2019
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Sous la canicule, l’heure est à la marche à Béjaïa

03 août 2019 à 10 h 22 min

Sous une chaleur de plomb, par une journée immanquablement de plage et à une heure à piquer une tête dans la mer ou un somme, des Algériens sont sortis par milliers dans la rue à Béjaïa pour marcher aussi résolument qu’il y a 161 jours et réitérer l’exigence du «yetnahaw ga3» (qu’ils partent tous).

Entre manifester ou siester, le choix ne se pose même pas pour tout ce beau monde qui a répondu en nombre à l’appel du 24e vendredi. Les roulements de tambour, les claquements de mains, les sifflements, les jets et éclatements de voix n’entendent pas s’arrêter. Pour lutter contre l’invivable canicule, il y a la bouteille d’eau minérale, le chapeau ou, tout au moins, la détermination, la conviction et l’énergie intacte. Au fidèle camion-citerne d’eau potable qui n’a raté aucune des 24 marches, se sont joints des citoyens qui offrent volontiers à boire ou aspergeant les marcheurs à partir des balcons ou dans la rue, comme ce jeune homme qui sillonne la foule avec son vaporisateur d’eau. La solidarité fonctionne toujours, et admirablement.

Depuis l’esplanade de la Maison de la culture, la manif s’ébranle, comme de coutume, bruyante. Le long du boulevard de la Liberté, les échos des cris des manifestants parviennent des premiers carrés. 48 unités du drapeau national sont cousues pour former une très longue suite qui longe toute la voie, chacune portant le nom d’une des wilayas du pays. La longue étoffe tricolore est portée pour symboliser l’unité nationale que ne menace pas l’emblème amazigh brandi également, ou carrément porté sur le dos, en nombre par les manifestants. A Béjaïa, le fait est coutumier et ne suscite aucune interpellation policière.

Des hommes, des femmes et même des enfants continuent à le porter même après les arrestations survenues suite au discours menaçant de Gaïd Salah, le chef de l’état-major de l’ANP, le 19 juin dernier. «Le pouvoir veut gérer la société comme une caserne», accuse-t-on sur une pancarte qui est destinée, sans le nommer, au chef de l’armée, qui continue à occuper généreusement la «une» des marches. «Walah que nous ne pardonnerons jamais à Gaïd Salah», nous jure un manifestant, qui à pareille période de l’année fait une bronzette sur le littoral bougiote. Dans les slogans, le patron de l’armée a bonne place. «L’Algérie dit non aux magouilleurs du régime», dispose une pancarte. «Non à un Président potiche. Halte à la justice des oreillettes», dénonce une autre.

Tête de file du contestable panel des six, Karim Younès rejoint désormais la liste des «détestables» du mouvement populaire. «Négocier sur le dos du peuple, c’est trahir le sang des martyrs», accuse lourdement une pancarte. Que ce soit dans les slogans criés que dans ceux transcrits, l’option du dialogue avec les tenants du pouvoir est nettement et fortement rejetée et dénoncée. Le dernier discours du chef d’état-major, qui a balayé d’un revers de main le préalable de la libération des détenus d’opinion, n’a fait qu’enfoncer le clou.

Pour les marcheurs d’hier, comme pour ceux des derniers vendredis et mardis, les nombreux détenus d’opinion ne sont rien d’autres que des «otages». Ils persistent et signent : «Liberté pour les otages». «Libérez Hilal Yahiaoui», exige-t-on sur une pancarte. Citoyen de Feraoun, Hilal Yahiaoui a été arrêté, comme d’autres concitoyens, le 21 juin dernier à Alger pour port de l’emblème amazigh. «Libérez Bouregaâ», ont crié des manifestants, au moment où des familles de nombreux détenus d’opinion ont formé leur propre carré avant d’observer un rassemblement sur la placette Saïd Mekbel. Des membres des familles des détenus de la wilaya de Béjaïa (Tazmalt, Ouzellaguen, Takriets…), Haïzer (Bouira), Ghardaïa (avec la présence du frère de Baba Nedjar)… ont répondu à l’appel du collectif «Tilleli, pour la défense et la sauvegarde des libertés». Au groupe se sont joints des militants associatifs et politiques et l’ancien détenu Merzouk Touati. Dans les différentes interventions, le message est le même : la libération des détenus d’opinion est une exigence du mouvement. Non négociable.

La dynamique du mouvement populaire permet aussi d’avoir une pensée pour d’anciens militants et personnalités politiques ou historiques, comme Aït Ahmed et Boudiaf toujours portés sur des portraits. Aussi, des militants ont observé une minute de silence en hommage au défunt président du MDS, Hachemi Chérif, à l’occasion du 14e anniversaire de sa mort, le 2 août 2005.


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