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samedi, 08 août, 2020
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Mandat d’arrêt contre son représentant au Liban pour «détournement de fonds publics»

Sonatrach rattrapée par l’héritage des Bouteflika, Chakib Khelil et Farid Bedjaoui

13 mai 2020 à 10 h 07 min

Encore une fois, Sonatrach se retrouve au centre d’un autre scandale à l’international. Son représentant au Liban fait l’objet de poursuites judiciaires pour des livraisons de carburant de «mauvaise qualité». L’affaire concerne un contrat d’approvisionnement des centrales électriques libanaises en fuel, signé en 2005 et renouvelable tous les trois ans. Une vingtaine de personnes ont été arrêtées, alors que deux ex-ministres libanais de l’Energie ont été entendus sur fond d’accusations portées contre Chakib Khelil et son conseiller, Farid Bedjaoui, qui a obtenu la nationalité libanaise en… 2018.

Sonatrach n’arrive pas à se sortir du bourbier dans lequel l’ancien ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil l’a mise. Il y a quelques jours, le représentant d’une de ses filiales offshore a été entendu puis inculpé dans une affaire de livraison de carburant défectueux, en 2005, à EDL (Electricité du Liban), qui fait scandale, après l’inculpation d’une vingtaine d’autres personnes, dont 2 directeurs généraux de l’administration libanaise et des employés d’une autre compagnie de vente de fuel, ZR Group, pour «détournement de fonds publics».

Profitant de ce contexte, la députée Paula Yacoubian a rappelé, dans une conférence de presse, le contenu d’un «rapport confidentiel» sur la filiale offshore de Sonatrach, qui aurait servi, depuis sa création vers la fin des années 1980 puis sa réactivation au début des années 2000, «comme destination financière» à 15 personnalités algériennes, dont les noms ne sont pas cités.

Connue pour sa lutte contre la corruption, qui lui a valu des déboires avec le parti qui l’a menée au Parlement, la députée a évoqué le contrat de vente de fuel, signé en 2005, entre la filiale offshore de Sonatrach et le gouvernement libanais, après deux visites de Chakib Khelil, en compagnie de Farid Bedjaoui, à Beyrouth, en 2002 et 2003.

Cette affaire a fait la une des médias libanais en janvier dernier, après l’incarcération de la directrice générale du ministère de l’Energie, Aurore Feghali, et de la directrice des laboratoires centraux, Khadija Noureddine, «poursuivies pour avoir falsifié des rapports pour permettre le déchargement de fuel frelaté par deux sociétés pétrolières, ZR Group et Sonatrach, vendu à la société Electricité du Liban (EDL)».

Il y a une dizaine de jours, l’ex-ministre de l’Energie du gouvernement Fouad Saniora, et l’actuel député du groupe parlementaire du Hezbollah, Mohammed Fneish, qui avait conclu, durant son mandat, un premier contrat avec Sonatrach, ont été convoqués par la justice et entendus sur une livraison du carburant défectueux.

«Pour l’heure, 21 personnes seraient actuellement inculpées dans le cadre de cette affaire, dont 2 directeurs généraux de l’administration libanaise ainsi que des employés de ZR Group et le représentant local de la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach. Ils sont accusés de détournement de fonds publics», avait écrit le journal Libnanews.

C’est à la suite de ces incarcérations que la députée Paula Yacoubian a interpellé les autorités de son pays en s’interrogeant sur «le silence» qui entoure ces contrats. «L’enquête sur cette société a montré que celle-ci n’avait ni employés, ni siège, ni activité. Pourquoi ce silence sur ce contrat ? Il s’agit de la vente de fuel et non pas de produits nucléaires pour garder le silence sur cette affaire», avait-elle lancé.

Et d’ajouter : «Si on veut parler de la récupération de l’argent pillé, il y a une occasion pour voir si on a une véritable justice. Je parle de l’affaire du carburant défectueux. C’est un énorme scandale !» La députée se pose aussi des questions sur la délivrance, en 2018, de la nationalité libanaise à Farid Bedjaoui, alors qu’il fait l’objet de poursuites et de mandats d’arrêt pour corruption en Algérie et en Italie. «La Sûreté générale a informé la présidence de la République sur les poursuites dont fait l’objet Bedjaoui, malgré cela, on a insisté sur sa naturalisation. Il est marié à une Libanaise.

Savez-vous combien de milliers d’individus mariés à des Libanaises n’ont pas obtenu la nationalité ? Savez-vous combien d’enfants n’ont pas la nationalité libanaise pour des raisons religieuses ? Il semble que Farid Bedjaoui a su dépasser toutes ces considérations.» Elle a précisé : «Il a été naturalisé libanais en 2018 malgré les poursuites dont il fait l’objet pour des centaines de millions de dollars dans l’affaire Sonatrach.

En 2002 et 2003, il était ici au Liban. L’ancien ministre de l’Energie algérien, Chakib Khelil, était aussi avec lui ici (…). Dans ce dossier, il y a de grosses têtes, des chefs communautaires. Ils sont tous impliqués dans ce sujet et l’ont enterré ensemble.»

Il faut dire que le Liban traverse une grave crise politique qui a transformé la scène médiatique en une arène où «s’entre-tuent» les dirigeants des partis politiques représentés dans les différents gouvernements. Le contrat entre le ministère de l’Electricité et la SPC Londres de Sonatrach a permis des livraisons de carburant depuis 2005, sans qu’aucun incident ne soit enregistré. L’enquête ne concerne qu’une seule cargaison, l’avant-dernière, avant que l’affaire ne soit portée devant les médias, qui l’ont totalement politisée.

Force est de constater qu’après les dommages causés par les scandales liés aux contrats avec le groupe italien Eni, épinglé aux Etats-Unis pour les mêmes dossiers de corruption, voilà qu’une autre affaire, héritée de Chakib Khelil, ancien ministre de l’Energie, proche du cercle du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, vient éclabousser encore la réputation de cette compagnie pétrolière publique. A ce jour, Chakib Khelil n’a pas répondu aux deux convocations du juge de la Cour suprême, qui a rouvert le dossier Sonatrach au début de cette année.

Sa mise en accusation directe (lui et Farid Bedjaoui) par la SEC (Securities and Exchange Commission), l’autorité financière fédérale américaine, est une aubaine pour les autorités algériennes pour réclamer son extradition. Pour l’instant, rien n’a filtré de la procédure et de sa faisabilité, surtout qu’il est marié à une Palestinienne de nationalité américaine, elle-même faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par l’Algérie, au même titre que ses enfants, eux aussi de nationalité américaine.



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