Sit-in hier à la maison de la presse en soutien à notre confrère incarcéré : «Khaled a un moral aussi beau que ce rassemblement» | El Watan
toggle menu
mardi, 02 mars, 2021
  • thumbnail of elwatan01032021




Sit-in hier à la maison de la presse en soutien à notre confrère incarcéré : «Khaled a un moral aussi beau que ce rassemblement»

01 septembre 2020 à 11 h 30 min

Un rassemblement de solidarité avec notre confrère Khaled Drareni s’est tenu hier, à la mi-journée, à la maison de la presse Tahar Djaout, à l’appel du Comité pour la libération du journaliste Khaled Drareni.

Outre un nombre important de consœurs et de confrères qui ont répondu présents, il y avait aussi des militants politiques, des activistes, des figures du hirak, des avocats, des étudiants, des artistes… Tous sont venus exprimer à l’unisson leur soutien au directeur de Casbah Tribune et correspondant de TV5 Monde.

Parmi les présents, citons Samir Benlarbi, venu avec ses adorables enfants. Rappelons que Samir comparaîtra le 8 septembre prochain, en appel, en même temps que Khaled Drareni et Slimane Hamitouche. Il y avait également les avocates, maître Aouicha Bekhti et maître Zoubida Assoul, notre ami Hakim Addad, l’ex-député Ramdane Youssef Tazibt du PT ou encore Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty International Algérie.

Ce rassemblement, convient-il de le souligner, intervient une semaine, jour pour jour, après celui du lundi 24 août. Sauf qu’à la différence du premier qui s’est tenu hors des murs de la Maison de la presse, cette fois-ci, l’action a été organisée à l’intérieur du site abritant de nombreux titres de la presse nationale.

Les protestataires arboraient pour la plupart une pancarte à l’effigie d’un Khaled Drareni tout sourire, brandissant le V de la victoire. Les pancartes étaient toutes assorties du même mot d’ordre : «Libérez Khaled Drareni». Sur certaines d’entre elles, on pouvait lire : «Libérez la presse». D’autres pancartes proclamaient : «Le journalisme n’est pas un crime». Ammi Rabah, l’un des piliers du hirak, hissait pour sa part cet écriteau : «Liberté pour les détenus d’opinion».

Plusieurs activistes tenaient, d’ailleurs, à exprimer une pensée pour les camarades embastillés : «Liberté pour Mohamed Tadjadit», «Liberté pour Abdelkrim Zeghilèche», «Libérté pour Nadjib Khimoud», «Liberté pour Zahir Keddam»… Une jeune militante soulevait un panneau avec ce message cinglant : «Médias publics, médias privés, journalistes : trouvez le courage de vous libérer !» On pouvait remarquer aussi qu’outre les pancartes, de nombreux manifestants portaient des t-shirt floqués du portrait de Khaled et le hashtag #Free Khaled Drareni.

12h39. Un concert de voix s’élève en scandant : «Khaled Drareni sahafi horr !» (Khaled Drareni, journaliste libre). Dans la foulée fuse ce slogan qui retentira avec force et reviendra à plusieurs reprises : «Khaled sahafi, machi khbardji !» (Khaled est un journaliste, pas un espion). On pouvait également entendre la foule entonner : «Libérez les otages !», «Libérez la justice !», «Sahafa horra, adala mostakilla» (Presse libre, justice indépendante), «Djazaïr horra dimocratia» (Algérie libre et démocratique), «Dawla madania, machi askaria» (Pour un Etat civil, pas militaire)…

En détention depuis le 27 mars 2020, Khaled Drareni a été, pour rappel, condamné le 10 août dernier à trois ans de prison ferme et une amende de 50 000 DA par le tribunal de Sidi M’hamed. Il était poursuivi officiellement pour «incitation à un attroupement non armé» et «atteinte à l’unité nationale». Son procès en appel, comme nous l’avons indiqué précédemment, est programmé pour le 8 septembre à la cour d’Alger. Maître Aouicha Bekhti, membre du collectif de défense du journaliste, nous dit avoir un «sentiment d’espoir» quant à ce nouveau jugement. «Si on se fie à la justice, on a beaucoup de surprises.

La première fois, j’étais inquiète, mais cette fois, j’ai de l’espoir. Et puis, quand je vois ce rassemblement, c’est quelque chose d’extraordinaire. Et Khaled a un moral extraordinaire. Il est aussi beau que ce rassemblement. Je l’ai vu il y a quelques jours et je vais le revoir demain matin (aujourd’hui, ndlr). Je lui ai parlé du rassemblement de lundi dernier (celui du 24 août). Il en était content et m’a demandé : ‘‘ça veut dire que la solidarité continue ?’’ J’ai dit : ‘‘Non seulement elle continue mais elle se renforce’’», déclare Me Bekhti avec enthousiasme.

Selon l’infatigable avocate, la lourde peine dont Khaled a écopé est loin d’avoir entamé sa force mentale : «Il m’a dit : ‘‘J’ai préparé mon moral à tenir deux ans et demi encore, c’est-à-dire les trois ans (correspondant à la durée totale de la peine, ndlr).’’» «Encore une fois, j’ai un sentiment – et il ne vient pas de nulle part ce sentiment, c’est toute cette solidarité nationale et internationale qui le nourrit – j’ai le sentiment qu’il sera libre le 8 septembre ou quelques jours après… Je pense qu’il va sortir», lance Me Aouicha Bekhti.

«On est tous concernés !»

Parmi les journalistes présents hier à ce rassemblement, il y avait notre confrère Mustapha Bendjama, rédacteur en chef du journal régional Le Provincial qui sort à Annaba. A l’heure actuelle, Mustapha est sans doute l’un des journalistes les plus persécutés en Algérie, lui qui subit un harcèlement policier et judiciaire continu. Nous lui demandons combien de convocations judiciaires a-t-il reçues jusqu’à présent, à quoi il répond : «Oh, je ne les compte plus en fait, mais il doit y avoir une trentaine ou une quarantaine, entre convocations officielles et ‘‘officieuses’’ !»

:Bien qu’il ait été acquitté en février 2020 pour une affaire d’«incitation à attroupement non armé» et «opposition au déroulement de l’opération électorale», ses déboires sont loin d’être finis. «Actuellement, j’ai trois procès : un le 28 septembre, un autre en appel le 29 septembre et un troisième procès pour lequel le dossier a été renvoyé au tribunal correctionnel de Annaba. J’ai aussi plusieurs autres affaires qui sont en cours de traitement.

Dernièrement, on m’a convoqué simplement pour avoir publié sur Facebook un communiqué de presse du collectif de défense du détenu d’opinion Zakaria Boussaha.» D’ailleurs, c’est immanquablement pour ses publications sur les réseaux sociaux que Mustapha est poursuivi. «Ils ne peuvent pas attaquer le journal qui est parfaitement en règle, alors on m’attaque sur la base de mes publications sur Facebook. Je dois préciser que sur ma page, je ne fais que publier des informations. Abdelmadjid Tebboune publie bien des tweets, non ? Eh bien, c’est la même chose : je suis journaliste et j’ai le droit de publier des informations sur mon compte.»

S’il dit s’être bien des fois senti seul lors de ses confrontations avec la machine judiciaire, Mustapha se réjouit de cette mobilisation en souhaitant ardemment qu’elle aille au-delà du cas Drareni : «Cette mobilisation me donne espoir, surtout que je n’ai pas l’habitude de voir les journalistes solidaires comme ça. Certains vous diront même, quand un journaliste se fait prendre : ‘Il l’a bien cherché !’ Aujourd’hui, je ressens une sorte de fierté. Mais on est encore loin d’une solidarité qui embrasse toute la corporation.

En Tunisie, quand un confrère est arrêté, tous les journalistes quittent la salle (lors de la conférence de presse d’un officiel, ndlr). On ne peut pas encore voir ce genre de scènes en Algérie.» Le rédacteur en chef du Provincial rappelle toutes les tentatives précédentes de création de collectifs de travailleurs des médias pour faire front contre les pressions multiples que subit la profession : «Il y a eu déjà plusieurs dynamiques. Mais à chaque fois, il y a des interruptions. Il n’y a pas de continuité.

A chaque fois, nos événements et nos rassemblements sont des réactions et non pas des actions.» Et de marteler : «Il faut être plus dans l’action. Il faudrait qu’il y ait un noyau dur, qu’il y ait un réel mouvement, et qu’on essaie de fédérer les autres journalistes, ceux qui ne sont pas forcément du même courant d’opinion que nous. On est tous concernés !»


Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!