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Salim Abadou. Chef de la mission humanitaire, médecin praticien : Nous œuvrons à une citoyenneté solidaire entre bédouins et citadins

04 janvier 2019 à 10 h 00 min

Quels étaient les objectifs de vos deux dernières missions au sein des populations nomades sahariennes d’El Oued et Ouargla ? En quoi ont-elles consisté ?

Notre mission visait à effectuer des consultations itinérantes et apporter des médicaments courants pour soutenir et soulager les problèmes de santé de cette population, tout en dépistant d’éventuelles pathologies lourdes à prendre en charge rapidement.

Nous avons également fourni des vêtements d’hiver pour les enfants et les femmes surtout, des couvertures pour faire face au froid dans ces zones sahariennes ou les températures nocturnes descendent au dessous de zéro chez des gens sans toit mais aussi une aide alimentaire de base (dattes, semoule, farine…). Evidemment, un soin particulier a été accordé aux enfants auxquels des bonbons et des jouets ont été offerts pour leur permettre de vivre un tant soit peu les sensations qui vont avec leur âge, car tous les enfants au sein des populations nomades travaillent durement et font ce que font les adultes au sein de la famille.

Sur le plan santé, nous avons ciblé les maladies chroniques, le cancer du sein chez les femmes, les grossesses en cours. Nous avons essayé d’établir une carte sanitaire concernant l’état des vaccinations pour la transmettre aux services de santé, ce qui va contribuer à soutenir le système de vigilance mis en place dans le cadre de la lutte contre les épidémies, notamment celle de rougeole qu’a connu le pays dernièrement. Notre objectif est également de reprendre un contact régulier entre citadins et bédouins pour instaurer une sensation de sécurité grâce à la solidarité et à la fraternité.

Concrètement, comment avez-vous pu vous organiser et regrouper les moyens nécessaires ?

Il n’a pas été facile de regrouper 13 véhicules de type 4×4 avec des chauffeurs experts dans la conduite dans des zones dunaires et des guides pour ne pas se perdre dans le désert. C’est une grande responsabilité même pour des gens habitant le Sud.
En tant que chef de mission, j’étais conscient de la nécessité de tout maitriser sur le plan logistique et organisationnel, afin de permettre à nos bénévoles de mener à bien ce périple humanitaire et ne pas mettre leurs vies en péril. Je tiens à remercier tous mes amis et connaissances qui ont participé de près ou de loin à mobiliser tous ces moyens afin de prodiguer des soins de qualité à nos concitoyens et les doter d’un ravitaillement conséquent et de moyens d’améliorer leur quotidien durant cet hiver très rude.

Ayant moi-même participé à la caravane qu’a organisé dernièrement l’association Tedj pour la santé de la ville de Guemmar, à El Oued, j’ai pu m’imprégner des coulisses de l’organisation de telles caravanes. Je profite de l’occasion pour remercier le président de l’association Tedj, M. Ali Bey.

Quelle est la situation de ces populations et comment avez-vous opéré votre choix : une urgence médicale ou une enquête sociale ?

Ces populations vivent dans des conditions très difficiles. Ils perpétuent une manière de vivre très rude et ils ont besoin de tout : des tentes car la plupart d’entre eux vivent sans toit, des aliments et des vêtements, surtout pour les femmes et les enfants qui sont les plus fragiles. L’homme, père de famille à l’ancienne, décide de tout et place femme et enfant au troisième rang, après lui bien sûr et son bétail, son bien le plus cher qu’il juge nécessaire pour rester en vie en plein désert.

Qu’est ce qui a été le plus difficile sur le plan humanitaire ?

Ce qui est urgent à mon avis, après l’organisation de caravanes d’aide de façon régulière et étudiée, c’est d’essayer d’œuvrer à l’alphabétisation des enfants pour les amener progressivement à un niveau de connaissance et d’instruction qui va leur permettre petit à petit à améliorer leur situation et espérer changer leurs vies et leurs conditions et à accepter facilement la vie dans les villages et les villes. Leur situation actuelle, dans un mode de vie déterminé obligatoirement par le niveau actuel de leurs connaissances, peut sembler un choix de vie, mais en réalité ce n’est pas le cas. Il me semble qu’ils n’ont pas le choix dès lors qu’ils naissent et grandissent dans le désert, totalement isolés !

Vous avez transmis des données sanitaires aux autorités. Selon vous,comment pourrait se traduire l’intervention des pouvoirs publics ?

La situation est très complexe et j’estime que les pouvoirs publics peuvent commencer par appuyer l’effort des organisations de la société civile qui s’engagent à faire ce travail solennellement…

Pour alphabétiser les enfants, l’Etat ne peut pas obliger un instituteur à vivre en plein désert, par contre en tant que société civile, nous pouvons trouver des volontaires et établir un programme discontinu enrôlant des personnes qui feront des sessions accélérées d’apprentissage de base. Les autorités peuvent s’engager à payer des instituteurs que les associations accompagneront mais aussi fournir aliments, couvertures et vêtements pour soutenir l’effort des associations humanitaires.

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