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Saïd Salhi. Vice-président de la LADDH : «Aujourd’hui, c’est le hirak qui sauvegarde le pays»

19 août 2019 à 10 h 24 min

Les dynamiques de la société civile ne désespèrent pas de faire aboutir l’idée d’un consensus national autour d’une solution politique à la crise alors que le pouvoir reste ferme sur ses positions et que la classe politique demeure divisée…

Oui, car il s’agit d’une conviction, nous devons être à la hauteur de la conjoncture historique et je dirais qui ne va pas se répéter pour notre pays, c’est une chance pour la réussite du projet démocratique authentique qui permettra à toutes les Algériennes et à tous Algériens de vivre ensemble dans la cohabitation et la diversité, c’est l’essence même de la démocratie. Le peuple l’a fait dans la rue sans nous, je dirais qu’il nous a devancés, mais il nous a montré le chemin, le rapport de force est dans la rue, oui, le peuple l’a construit et a acté la rupture avec l’ancien-l’actuel système en reprenant sa souveraineté pacifiquement dans l’unité, c’est sa force et sa feuille de route.
Notre responsabilité est de traduire justement cette feuille de route en un projet politique, fidèle, consensuel et en phase avec le peuple.

Toute la question est là, il s’agit du transfert de la souveraineté au peuple ; moi, je dirais il l’a déjà arrachée, le pouvoir en place n’a rien compris à tout cela, il a perdu la légitimité et son autorité aussi, juste qu’il risque d’emporter avec lui l’Etat et enliser le pays dans le chaos. Aujourd’hui, c’est le hirak qui sauvegarde l’Algérie.

Pour ce qui est de la classe politique de l’opposition, je dirais que notre conférence nationale du 15 juin a fait bouger les lignes, car juste après la classe politique, les partis en premier lieu se sont organisés en deux grands pôles ; celui de l’alternative démocratique du 26 juin et celui du front du changement du 6 juillet ; nous avons participé aux deux rencontres et nous avons tenté une médiation pour les rapprocher, mais c’est déjà un grand pas, car la société s’est mieux organisée et les propositions sont mieux cristallisées, c’est très positif et c’est normal qu’il y ait différentes propositions, je dirais pour les partis deux lourdes tendances, je ne parle pas des partis de l’alliance présidentielle qui ne sont en fait qu’un démembrement du système, partie prenante de la crise et non de la solution. Nous notons à travers les deux feuilles de route des paris de l’opposition qu’il y a des points de convergence, c’est ce qui renforce notre volonté d’aller vers cette conférence nationale qui s’inscrit dans la rupture.

Dès juillet, nous avons entamé une longue tournée de concertation avec les chefs des partis de l’opposition des deux pôles et des personnalités nationales, l’ensemble s’accorde sur la nécessité de se mettre autour d’une même table ; les partis l’ont déjà fait à Mazafran en 2014, il y a un écho favorable à l’initiative. Nous, société civile dans nos contradictions et notre diversité, on l’a fait le 15 juin, c’était un exercice ardu et riche, on a appris à se découvrir, à mettre en discussion nos divergences, mais surtout acter nos convergences. La plateforme de la société civile qui a regroupé plus d’une centaine d’organisations reste un compromis historique et un jalon portant pour la société civile qui a resurgi malgré toutes ses faiblesses ; aujourd’hui, on a appris à assumer nos divergences, islamistes, conservateurs, progressistes, toutes idéologies confondues, c’est ce que nous a recommandé la rue, notamment les vendredis à Alger.

Ce compromis est encore possible dans la classe politique, nous allons organiser s’il le faut plusieurs rencontres de concertation pour déboucher au final sur la conférence nationale de l’opposition qui regroupera les partis, la société civile et les personnalités nationales.

Nous pouvons aller vers une charte, un pacte, une feuille de route de compromis avant d’aller négocier le départ du système. Notre feuille de route n’a pas changé, nous voulons une transition démocratique, pacifique et négociée.

C’est une fois la transition arrachée que les partis et autres acteurs peuvent mettre en débat leurs programmes et idéologies confondus dans un cadre démocratique qui garantira à l’ensemble la liberté et l’égalité des chances et c’est au peuple de trancher en toute souveraineté ; nous voulons d’ici là nous engager dans le cadre d’une unité d’action, d’un SMIG démocratique avec l’ensemble des acteurs pour aller vers la nouvelle République, s’entendre au préalable sur les règles du jeu, sur les valeurs démocratiques, sur le cadre commun, d’où la nécessité du débat autour des deux propositions : processus constituant et élection présidentielle sont-ils antinomiques ou pouvons-nous trouver un compromis ? Il faudra débattre, mais avant il faudra aussi défendre ensemble nos libertés, publiques surtout, de se réunir, de manifester, de s’exprimer. Le pouvoir appelle au dialogue et empêche les Algérien(ne)s de dialoguer entre eux, en verrouillant de plus en plus les champs politique et médiatique.

Pour nous, toutes les forces qui s’inscrivent dans la rupture avec le système, donc automatiquement à travers une transition vers la nouvelle République démocratique, sociale, civile, doivent se retrouver dans un large front commun pour défendre d’abord et en urgence, face à la répression, les espaces des libertés et puis arracher la transition vers un nouveau système, en rupture avec le système actuel qui n’a pas seulement échoué, mais qui met encore en danger le pays par son entêtement.

Je rappelle que le pouvoir, après six mois d’une mobilisation exemplaire et unique au monde, n’a pas lâché d’un iota de sa feuille de route ; en fait, c’est celle de Bouteflika en avril avant d’être forcé par le peuple à démissionner : rappelez-vous sa proposition : un 5e mandat et une réforme constitutionnelle une fois élu, et c’est ce que nous proposent aujourd’hui Bensalah et Gaïd Salah.

Le mouvement populaire réussit la gageure de maintenir la mobilisation en plein été et d’aller vers son septième mois de lutte. Il promet de revenir en force à la rentrée… Il n’arrive toujours pas cependant à dégager des représentants ou un semblant d’encadrement. Un défaut ? Une qualité ?

Je ne suis pas partisan de ceux qui veulent structurer le mouvement, il s’agit d’un mouvement populaire pluriel, spontané, il me semble impossible de structurer un mouvement de près de 20 millions de personnes sur un pays-continent ; par contre, après 6 mois, le mouvement s’est organisé, il y a beaucoup d’organisations, de comités, de collectifs, de réseaux, d’animateurs qui ont émergé dans le mouvement aux côtés des partis politiques et de la société civile qui s’inscrit dans ce combat. Il y a celles et ceux qui sont dans le mouvement chaque vendredi, et il y en a d’autres qui sont dans les salons et qui n’ont jamais connu la rue ; oui, depuis février on a marché dans le froid, sous la pluie, sous les grands chaleurs, le ventre vide et la bouche sèche pour le Ramadhan et on continue encore à marcher, c’est ça le hirak.

Donc, le mouvement est organisé ; ce que veut le peuple est clair, cohérent est constant depuis le 22 février : la rupture vers la nouvelle Algérie du vivre-ensemble et des droits humains.

En fait, il ne s’agit pas d’un problème de représentation, c’est le pouvoir qui joue sur ça pour acculer le mouvement, il s’agit de répondre à des revendications, la rue reconnaît les siens ; pour exemple : la majorité des personnes qui sont dans le panel pour imposer la feuille du route du pouvoir n’ont pas été dans les marches, et il ne connaissent rien au hirak, et je leur lance le défi de venir sur le terrain. Ce sont des personnes en majorité affiliées au système. La rue n’est pas dupe, la jeunesse surtout, la rue saura capter les signaux de bonne volonté et de sincérité, ce qui n’existe pas jusque-là.

Le panel de dialogue, dont vous vous êtes démarqué, vient de prendre option pour la tenue de l’élection présidentielle et le maintient de «l’ordre constitutionnel». Il prétend régulièrement engager des discussions avec des animateurs du hirak. Pensez-vous que son action pourrait diviser le mouvement populaire et affaiblir le camp des défenseurs de la transition ?

Je l’ai déjà expliqué dans ma déclaration lors de mon retrait avant l’installation de ce panel, qui pour moi n’a pas tenu parole et a dévié de son mandat si je me fie à ce que son coordinateur m’a répondu au début, car il s’agissait d’un panel de médiation indépendant pour amorcer un dialogue ouvert sur toutes les solutions, notamment les deux tendances lourdes dans la société (l’élection présidentielle et le processus constituant). Pour rappel, l’option de la présidentielle dans le cadre du même système a échoué à deux reprises, le peuple la refuse encore, c’est pour vous dire que le camp des partisans de la transition ne sont pas seulement proches, mais en fusion avec le hirak.

Ce panel de médiation et non de dialogue devrait préparer les bonnes conditions pour un processus de dialogue, et pour cela nous avons exigé des mesures d’apaisement en gage de bonne volonté, à savoir la libération de l’ensemble des détenus d’opinion et l’ouverture des champs politique et médiatique.

Moi-même, j’ai posé la question de la position et du rôle de l’armée dans le processus, ce qui s’est passé après a révélé la mauvaise intention du pouvoir et du panel, ce dernier qui n’est en fait qu’une caisse de résonance qui parle le langage du pouvoir et qui travaille pour exécuter sa feuille de route. Par éthique, au vu des engagements pris auprès du peuple, le panel devait démissionner après une semaine, c’est ça aussi la rupture et la moralisation de l’acte politique, ça n’a pas été fait, pire encore, le panel a lâché les détenus du hirak, a accepté l’injonction de l’armée après le discours de Gaïd Salah, a cautionné la répression du hirak et le verrouillage des libertés, des médias.

Le panel, déjà confus dans sa démarche car non autonome, s’est octroyé le mandat de dialogue qui embrouille tout : faire la médiation entre qui et qui ?

En fait, le panel a reçu son mandat lors de son installation par Bensalah et il est en train de l’exécuter en son nom, c’est clair comme de l’eau de roche. Sinon, comment prétendre faire de la médiation quand on prend position d’emblée en faveur de la feuille de route du pouvoir et qu’on ne cesse de s’attaquer à ceux qui défendent une autre option, notamment le processus constituant et la transition, alors que nous sommes déjà en transition hors Constitution depuis le 9 juillet, une transition qui ne dit pas son nom, juste pour plaire à l’état-major, car en fait le vrai enjeu est le suivant : si transition il y a, qui la pilotera ? Le pouvoir, le peuple, ou les deux à la fois de manière négociée ? Pour nous, il s’agit de la dernière option, une transition démocratique, pacifique et négociée. S’attaquer à la transition et au processus constituant est devenu le sport favori du président de la commission politique du panel.

Des voix de plus en plus nombreuses soulignent aujourd’hui la nécessité pour le mouvement de passer à des moyens d’action autres que les marches de protestation, dont celui d’appeler à la désobéissance civile…

Je pense qu’au plan de la mobilisation, le mouvement garde la cadence malgré quelques fluctuations liées à la période des vacances et des grandes chaleurs, la rue garde encore le rapport de force, la faiblesse aujourd’hui est devant le verrouillage des espaces de liberté et d’expression et sur le plan politique.

Le pouvoir a mobilisé tous ses relais, il est en train de tenter un coup de force, il joue sa dernière carte, une dernière opération de sauvetage du navire-système avant qu’il sombre. A l’opposé, le hirak, bien que toujours mobilisé dans la rue, n’arrive pas à battre le rappel de tous ses soutiens politiques ; à ce stade, à mon avis, parallèlement à la rue, il y a un combat politique à mener et c’est la responsabilité de la société civile et des partis politiques et de toutes les entités organisés dans le hirak. Il faudra aller vers plus de jonctions entre les dynamiques qui traversent le mouvement, il y a des décantations utiles qui sont en train de s’opérer ces jours-ci, le mouvement s’affranchit de ces forces d’inertie et tant mieux.

Pour ce qui est de la désobéissance civile, je ne la comprends pas au sens de chaos et de violence, c’est une menace qui est brandie par la rue face à l’entêtement du pouvoir ; oui, la rue n’a pas épuisé toutes ses cartes ; hier les syndicats ont fait allusion qu’à l’occasion de la rentrée sociale de revenir aux grèves organisées et encadrées pour soutenir le hirak, il y a des actions qui doivent être réfléchies dans le sens où elles ne doivent pas nuire à la population, au pays et qui ne doivent pas justifier la répression, car jusque-là, le mouvement, par son pacifisme, a désarmé le pouvoir rompu à la violence et à la répression, c’est encore une fois la force de ce mouvement, et il faudra la préserver.

Aujourd’hui, il s’agit de mener un combat en phase avec le mouvement à plusieurs niveaux, parallèlement et de manière coordonnée, il y a la rue qu’il ne faudra jamais déserter jusqu’à la réalisation de tous les objectifs de notre révolution, il y a le combat politique qui concerne les partis politiques et la société civile qui doivent se mettre autour d’une table pour trouver un consensus et faire front commun contre le système.

Aujourd’hui plus que jamais, le compromis est possible, nous devons acter cette révolution historique, la jeunesse de 2019 comme celle de Novembre 1954 a tout le droit de mettre sa touche dans l’histoire du pays, ça doit rester, d’où la nécessité d’aller vers un nouveau pacte démocratique renouvelé, qui tire sa force de la Déclaration de Novembre 1954 et de la Plateforme de la Soummam du 20 Août 1956, c’est aussi cette autre conciliation qu’il faudra acter pour une Algérie sereine, stable et plus forte.


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