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Saïd Bouhadja. Président de l’APN : «Ma démission a été exigée en dehors du Parlement»

17 octobre 2018 à 1 h 17 min

Campant sur sa position de ne pas démissionner, le président de l’Assemblée populaire nationale, Saïd Bouhadja, a affirmé avoir procédé au constat, par un huissier de justice, de l’interdiction d’accès à l’Assemblée et de l’envahissement des bureaux du 5e étage par des députés du FLN et du RND, dans le but de saisir le Conseil constitutionnel. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il revient sur «l’illégalité» des structures du FLN, les «directives» d’Ould Abbès aux députés pour «commettre des crimes contre la loi» et le «silence» des plus hautes autorités qui, selon lui, «cautionnent la légalité».

La décision de vous priver de la couverture politique du FLN a été entérinée par le bureau politique du parti qui a décidé de vous traduire également devant la commission de discipline. Qu’en pensez-vous ?

Avant de parler de la décision, il faut revenir sur l’instance qui l’a entérinée. Lorsque Amar Saadani est parti, il a laissé une situation de vacance qui a nécessité le recours à l’article 36 du statut du parti qui prévoit la désignation du plus âgé des membres du bureau politique, qui était Djamel Ould Abbès, en tant que secrétaire général. La même disposition oblige ce dernier à convoquer une session extraordinaire du comité central dans un délai n’excédant pas les 30 jours, avant d’élire le nouveau secrétaire général. Or, depuis sa désignation il y a près de deux ans, il n’a jamais pu réunir le comité central. De quelle légitimité peut-il se prévaloir ? Il en est de même pour le bureau politique.

Si l’on se réfère aux articles 63 du règlement intérieur et 35 du statut du parti, les membres de cette instance auraient dû être élus par le comité central. Ce qui n’est pas le cas. Cette instance n’a pas été réunie depuis près de deux ans, alors qu’elle est tenue de le faire au moins une fois par an. De quelle légalité peut-on parler aujourd’hui ? La commission de discipline, dont le président est décédé ces jours-ci, est, elle aussi, dans une situation d’illégalité. Comment peut-on se prévaloir d’une légitimité alors que le statut et le règlement intérieur ont été foulés aux pieds par le secrétaire général et les structures dirigeantes du parti ?

Les députés du FLN et du RND ont fermé les portes officielles du Parlement. Ont-ils le droit d’interdire l’accès du palais aux députés ?

C’est le secrétaire général qui leur a donné ce droit lors de la réunion de lundi dernier au siège du FLN. Il a donné des instructions dans ce sens. Lorsque j’ai eu vent de cette information, j’ai demandé aux nombreux députés qui me soutiennent de ne pas intervenir et j’ai fait exprès de ne pas y aller pour éviter tout dérapage et voir, en même temps, jusqu’où ce mouvement illégal peut aller…

Certains des députés du FLN et du RND ont envahi le 5e étage où se trouve votre bureau et chassé le personnel administratif. Est-il normal que le service d’ordre laisse faire ?

Je n’ai pas voulu aller jusqu’à saisir le service d’ordre. Mais j’ai fait appel à un huissier de justice mandaté par le tribunal pour constater tous les faits de ces actes répréhensibles. C’est un crime judiciaire commis par un groupe de 70 députés. Ils ont fermé les portes de l’Assemblée et chassé le personnel. Ils ont même changé la serrure de la porte qui donne accès au 5e étage. Ils endossent l’entière responsabilité. J’ai saisi le tribunal qui a mandaté un huissier de justice qui a constaté les faits sur place et identifié les personnes responsables. Le Conseil constitutionnel sera saisi.

Lors de la réunion du bureau politique du FLN de lundi dernier, cinq députés du parti auraient été sanctionnés pour vous avoir rendu visite. Qu’en est-il au juste ?

C’est ce que j’ai entendu dire. Mais nous sommes toujours dans ce mouvement illégal et illégitime pour me pousser à la démission. Donc, tout acte qui en découle ne peut relever du droit ou de la légitimité.

Selon vous, que cache un tel acharnement à vous faire partir ?

Je ne sais pas, tout comme j’ignore les raisons de cet empressement à vouloir m’écarter d’une manière illégale.

Ne pensez-vous pas que le silence des plus hautes autorités du pays est une caution à vos opposants ?

Bien au contraire. Je pense que ce silence veut dire tout simplement que je suis sur la voie de la légalité. Ce silence cautionne plutôt ma position. J’ai écrit un rapport à la Présidence. J’attends la réponse.

Le secrétaire général a commis de graves erreurs. Au lieu d’apaiser la situation, d’ouvrir un dialogue responsable pour arrêter la crise, il a agité un mouvement illégal. Dans ce cas, il est impossible de parler de légalité ou de travailler pour trouver une issue politique au problème.

Dans sa déclaration de lundi dernier, Djamel Ould Abbès a clairement affirmé que, je cite, «la décision de (vous) enlever la couverture partisane était un premier pas politique pris en concertation avec la plus haute direction du parti et de l’Etat». Ne pensez-vous pas que votre démission est aussi le vœu du Président, étant donné qu’il est le premier responsable du parti ?

Ce n’est pas vrai. Ma démission a été exigée en dehors du Parlement. L’incapacité de gérer cette crise de manière sereine et responsable a poussé ses initiateurs à des erreurs monumentales qui les mettent en violation avec la légalité.

Cette crise semble s’installer dans la durée. Peut-on dire que les projets de loi, notamment celui de la loi de finances, risquent de passer par ordonnance ?

Pas du tout. Le projet de la loi de finances, par exemple, a été déposé lundi dernier sur le bureau de la commission finances, en vertu des articles 56 du règlement intérieur et 25 du statut de l’Apn, qui me donnent, en cas de nécessité, toutes les prérogatives de le faire.

Mais la majorité des membres de cette commission ont gelé leurs activités…

En ce qui me concerne, j’ai pris mes responsabilités et j’agis en vertu de la loi. Cela a déjà été fait dans le passé et sans qu’il y ait une quelconque nécessité.

Les députés qui ont gelé leurs activités parlementaires doivent de leur côté assumer leur responsabilité devant l’histoire.

De quel droit peuvent-ils bloquer le fonctionnement de l’Assemblée, une institution qui appartient aux députés de toutes les formations politiques qui la composent et non pas au FLN et au RND uniquement ?

Avez-vous une idée des véritables raisons qui les poussent à paralyser l’Assemblée ?

Je l’ignore. Cependant je m’interroge sur leur précipitation et leur acharnement. Je reste légaliste. Je maintiens ma position. Je ne cède pas au langage de la menace. Je ne démissionne pas tant que celui qui m’a choisi pour assumer ma mission à la tête de l’Assemblée, à savoir le président du FLN, qui est le premier magistrat du pays, ne me le demande pas. C’est une question de légalité et de légitimité…


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