Saïd Ben Khira. Chanteur du groupe Tikoubaouine In Salah : Nous sommes la voix des populations marginalisées | El Watan
toggle menu
lundi, 20 mai, 2019
  • thumbnail of 20190520

Saïd Ben Khira. Chanteur du groupe Tikoubaouine In Salah : Nous sommes la voix des populations marginalisées

05 avril 2019 à 10 h 00 min

Tikoubaouine  est un groupe de blues touareg constitué de musiciens et de chanteurs d’In Salah et d’Adrar. Le groupe chante en dialecte algérien et en targui. Il a participé à de nombreux festivals nationaux et internationaux, tels que le 9e festival de «Diwane» à béchar. Djemila est très apprécié pour ses chansons qui parlent d’amour et de fraternité. En juillet 2016, Tikoubaouine a réalisé son premier album intitulé Dirhan. The Wish, son 2e album, produit par Ostowana à Alger début 2019 est intitulé Ahanay, Honesty avec notamment le titre Ténéré.

 

Votre dernier clip Ténéré plonge dans la souffrance quotidienne des populations sahariennes nomades. Quel en est le message ?

Parler de cette souffrance est un devoir citoyen et artistique à la fois, notre mission est de chanter l’amour, l’union, mais aussi dire que les plus vulnérables d’entre nous sont loin des yeux, des médias.

Les nomades du Sahara symbolisent toutes les franges oubliées de notre société et ils portent un peu de nous qui souffrons au quotidien et qui luttons pour une Algérie où il fera bon vivre, une Algérie forte et équitable, où chacun se reconnaîtra.

Le texte et le cadre du clip sont très touchants ; pouvez-vous nous en parler ?

Le clip a été tourné dans les paysages feeriques de l’Ahaggar et le texte poignant est un cri du cœur. Nous sommes des artistes et nous faisons partie du peuple, j’estime que chaque artiste doit prendre position artistiquement parlant.

Le texte a jailli de lui-même, je l’ai co-écrit avec mon ami Abdelghani que je salue ; il parle de la situation précaire de la vie quotidienne où il faut marcher des dizaines de kilomètres pour trouver de l’eau, l’absence de soins, d’éducation dans des régions comme In Salah, Tamanrasset ou Timiaouine que je connais.

Mais je sais qu’il y a beaucoup de régions similaires à travers l’Algérie qu’on croit proches de la civilisation entre parenthèses puisque des villes sont à proximité mais qui restent inaccessibles par manque de moyens.

Ceux que je décris dans Ténéré n’ont même pas de papiers d’identité, ils ne sont ni connus ni reconnus par l’Etat et rien n’est fait pour remédier à cette situation. La chanson met l’accent sur les problèmes de santé en priorité, elle interpelle sur la marginalisation dans toutes ses formes dans des wilayas qui n’en ont que le nom.

La sortie de cet album coïncide avec la mobilisation citoyenne pour le changement ; Ténéré est-il le nom d’un désert algérien dû à 20 ans de bouteflikisme ?

Toutes nos chansons portent une critique de l’ordre établi, des institutions absentes. Le message de Tikabouine a toujours été d’appeler à l’union des Algériens, au respect de l’autre, de la différence, de la diversité, à l’amour de la patrie et des gens de ce pays si grand. Nous sommes heureux de voir que ces valeurs innées chez notre peuple ont refait surface à l’occasion de ce hirak par-delà l’engagement social et politique.

Je porte des gènes targuis et arabes et chacun de nous porte ce mix algérien et nous ne voulons plus de régionalisme ni d’exclusion. Notre solution est l’amour fraternel et citoyen et le respect ; nous avons tous dit «Non» au régime politique qui nous oppresse et «oui» pour le changement ; basta ! une Algérie nouvelle doit naître.

Vous avez été à l’avant-garde du mouvement contre le gaz de schiste ; quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Franchement, ce système a encouragé des pratiques malsaines que nous devrions combattre, y compris de pousser les gens à la violence pour se faire entendre et c’est ce que nous voulions à tout prix éviter lors de la mobilisation de 2015 qui a gardé jusqu’au bout son côté pacifique, positif, revendicatif et uni coûte que coûte devant les manœuvres du pouvoir et malgré ses réponses de saupoudrage avec de soi-disant projets de développement.

Je suis convaincu que notre combat à In Salah a contribué à cette prise de conscience nationale et que si les choses seront réglées à Alger comme le veut le peuple algérien, les problèmes d’In Salah se régleront aussi, car c’est une crise de système qui ronge le pays et si demain le combat des algériens aboutit au changement auquel on aspire, toute l’Algérie en profitera.

Lire aussi

Loading...

Related Post

S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!