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Réunion du Haut conseil de sécurité : Tebboune face à la poudrière libyenne

28 décembre 2019 à 10 h 01 min

Investi en tant que président, Abdelmadjid Tebboune entame sa mission en réunissant le HCS (Haut conseil de sécurité), une instance consultative composée des ministres de souveraineté (la Justice, l’Intérieur et les Affaires étrangères) ainsi que du représentant du ministère de la Défense ou du chef de l’état-major de l’Anp, et du Premier ministre, qui lui fait état de la situation sécuritaire du pays, notamment lorsque ce dernier est confronté à des menaces extérieures ou internes.

Or, les images transmises par la chaîne de Télévision publique ont montré le Président entouré par quelques ministres (Justice, Intérieur, Affaires étrangères et le Premier ministre par intérim) mais surtout par plusieurs hauts responsables militaires. Ainsi, en plus du chef de l’état-major de l’Anp par intérim, le général-major Saïd Chengriha (qui représente l’ensemble des chefs des forces et des Régions militaires), étaient présents aussi le patron de la Gendarmerie nationale, le général-major Abderrahmane Arar, le patron de la Garde républicaine, le général de corps d’armée Benali Benali, et d’autres hauts gradés de l’Anp, ainsi que le Directeur général de la Sûreté nationale, Khelifa Ounissi. C’est la première fois, depuis janvier 2011, que le HCS est convoqué, mais en plus avec autant de hauts gradés.

On se rappelle qu’à la suite des émeutes qui ont touché de nombreux quartiers de la capitale et certaines wilayas du pays vers la fin du mois de janvier 2011, le Président déchu avait convoqué une réunion du HCS, à laquelle avaient pris part le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, le ministre délégué à la Défense, le défunt Abdelmalek Guenaizia, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, le ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, le ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, et le chef d’état-major de l’armée d’alors, le défunt Ahmed Gaïd Salah, pour évoquer la situation politique. Terrorisé par une éventuelle propagation «du vent de révolte» arabe, le régime a pris les devants en prenant des mesures appelées «d’ouverture».

Or, jeudi dernier, la réunion du HCS ne semblait pas avoir comme ordre du jour uniquement la situation interne, mais plus à celle qui prévaut aux frontières sud du pays. D’ailleurs, le communiqué de la Présidence a fait état de «l’examen de la situation au Mali et en Libye» et évoqué «une batterie de mesures à prendre pour la protection de nos frontières et notre territoire national et la redynamisation du rôle de l’Algérie au plan international, particulièrement en ce qui concerne ces deux dossiers, et de manière générale dans le Sahel, la région saharienne et l’Afrique». Même s’il n’a pas été précisé qu’il portait sur les «menaces» et sur «la batterie de mesures», il n’en demeure pas moins que cette réunion intervient au moment où des bruits de bottes se font entendre chez le voisin libyen, dont le territoire est devenu le terrain de prédilection de guerres par procuration que se livrent de nombreux Etats occidentaux et arabes pour le contrôle des richesses du sous-sol libyen pour certains et une hégémonie régionale pour d’autres.

La phrase lancée par Tebboune, lors de son discours d’investiture, déclarant que rien ne se fera sans l’Algérie dans la région, notamment en Libye, est révélatrice d’une grande inquiétude aussi bien au Niger et au Mali, où des attaques sanglantes contre les militaires se multiplient et font des dizaines de morts, mais aussi en Libye dont la situation connaît depuis quelques jours une évolution extrêmement dangereuse après l’intention affirmée de la Turquie d’entrer en action pour soutenir le gouvernement de Fayez El Sarraj, reconnu par la communauté internationale, contre le général Haftar qui, avec le soutien de la Russie, de la France, des Emirats, de l’Egypte et des Etats-Unis, mène à partir de la région est du pays des offensives sanglantes pour prendre le contrôle de Tripoli. En plus de cette guerre fratricide, appuyée par des mercenaires soudanais, nigériens et d’autres nationalités arabes et occidentales, la Turquie, membre de l’Otan, a clairement affirmé, il y a quelques jours, son intention de s’engager militairement de manière ouverte pour aider le gouvernement de Tripoli, à la demande de ce dernier, à faire face à son adversaire, le général Haftar.

Et pour entraîner l’Algérie dans cette logique de guerre, le ministre de l’Intérieur de Tripoli, Fethi Bachagha, a déclaré, jeudi dernier à partir de Tunis, que «si Tripoli tombe, Alger et Tunis tomberont à leur tour». Bachagha a mis en garde l’Algérie et la Tunisie «contre une tentative de semer l’anarchie dans la région et faire main basse sur l’Afrique du Nord». Et de préciser : «Il y a une grande coopération avec la Turquie, la Tunisie et l’Algérie, qui se concrétise dans une seule et unique alliance permettant de servir nos peuples et notre stabilité et construire une coopération économique sur la base de la coopération politique et sécuritaire.»

Peut-on interpréter cette déclaration comme une demande d’intervention adressée à l’Algérie et à la Tunisie, deux pays qui défendent le principe du refus de toute intervention étrangère, privilégiant la voie du dialogue entre les belligérants libyens ? En tout état de cause, la situation à nos frontières est extrêmement inquiétante. Le dispositif sécuritaire mis en place depuis le début de la crise a, certes, donné des résultats à travers les quantités énormes d’armes, d’explosifs et d’équipements militaires récupérés, mais la pression reste pesante.

Les tentatives d’incursion terroristes sont nombreuses et ont fait plus d’une dizaine de victimes parmi les membres des forces de sécurité. L’évolution dangereuse des événements en Libye et leurs connexions avec la situation inquiétante au Mali et au Niger constituent une menace pesante sur la sécurité du pays et appellent à une réaction de l’Etat. Ce n’est pas fortuit que le président Tebboune entame son mandat en réunissant le HCS, élargi à de hauts gradés de l’armée et de responsables de sécurité pour lui faire état des menaces et des enjeux et apporter des réponses.

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