Repère : Leçons d’Irak et du Venezuela | El Watan
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Repère : Leçons d’Irak et du Venezuela

10 septembre 2018 à 3 h 00 min

Nombre de pays ressemblant à l’Algérie sont dans un état d’embrasement généralisé, citons parmi eux le Venezuela et l’Irak, deux Etats qui partagent avec notre pays plusieurs points communs. Le premier est la dépendance quasi absolue vis-à-vis des exportations en hydrocarbures, dont les revenus partent dans l’achat de «la paix sociale», le gaspillage et la corruption à grande échelle.

Généralement autocratiques, les régimes politiques en place dans ces Etats dirigent d’une main de fer leurs sociétés dont la faim et la soif de liberté et de démocratie les poussent à des soulèvements sporadiques. Les manifestations violentes sont courantes en Irak, pays déjà fragilisé par la guerre civile post Saddam Hussein et l’invasion américaine, tandis qu’au Venezuela, une partie de la population a été poussée à fuir vers les Etats voisins, ne pouvant plus supporter la pénurie des biens alimentaires et des services de base ainsi que l’inflation record née du recours abusif à la planche à billets. Si la rue algérienne reste globalement calme, il n’en reste pas moins que tous les ingrédients sont réunis qui peuvent conduire à des conséquences imprévisibles.

Le revenu moyen des familles algériennes permet encore de tenir le coup face à la flambée des prix, mais la stagnation des salaires, installée structurellement, est en passe de laminer rapidement et totalement le pouvoir d’achat des travailleurs, notamment celui de la classe moyenne. Le chômage, également installé structurellement, est en passe d’allonger la liste, déjà longue, des laissés-pour-compte, spécialement les jeunes. Les exclus du système scolaire, par centaines de milliers, sont les plus touchés, mais les diplômes ne sont pas épargnés du fait de la rareté des emplois, tant dans le secteur économique que l’administration qui ne recrute presque plus depuis le début de la crise financière.

Beaucoup de jeunes ont trouvé la parade dans le départ vers l’étranger, un grand nombre clandestinement par la Méditerannée au péril de leur vie, mais le reste de la jeunesse algérienne s’est tourné vers l’informel dans toutes ses variantes. Ils sont des millions à vivre d’expédients, au jour le jour, sans couverture sociale, à la périphérie des institutions, de la vie tout court, comme ceux de la décennie 1980 qui ont déferlé le 5 Octobre dans les rues des villes et villages, criant leur désarroi et leur colère face au système politique corrompu et corrupteur incarné par un parti politique prédateur, le FLN : mis au service d’une oligarchie politico-militaire, il a fini par être balayé par le Printemps démocratique avant que ne s’installe une autre terreur, le terrorisme islamiste qui emporta le peu de modernité et d’espoir qui restait en Algérie. Une terreur de dix années que finit par vaincre une résistance héroïque de la population, mais le capital des luttes fut détourné par le président Bouteflika qui ressuscita le système les décennies 1970/80, aggravant ses effets pervers en l’ouvrant au monde de l’argent facile ou détourné, monde qui s’érigea en base sociale du régime.

Traumatisée par la décennie du terrorisme, la population fit le dos rond face aux excès du pouvoir qui déversa des milliards de dollars en subventions sociales dans le but d’accentuer l’anesthésie sociale. Mais la crise pétrolière alla remettre en cause cette fausse stratégie qui négligea l’essentiel : l’édification d’une économie productive. Les Algériens sont entrés dans une phase d’adaptation à la nouvelle réalité, celle de la fin du pétrole, donc des subventions et de la vie facile. Par des expédients multiples, le plus flagrant étant la planche à billets, le pouvoir tente de boucher les trous et de gagner du temps, jusqu’à la présidentielle d’avril 2019, qui verra le président Bouteflika solliciter un 5e mandat. La gestion du pays se fait en fonction de cette échéance capitale pour le pouvoir et ses affidés.

Qu’importe si les Algériens sont choqués qu’un chef d’Etat en fauteuil roulant soit amené à revendiquer un autre quinquennat présidentiel. Et qu’importe si la précarité sociale se met en place, si les libertés politiques et publiques sont bafouées quotidiennement… ou que l’Algérie bascule comme le Venezuela et l’Irak dans le chaos…


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