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Repère : A-t-on encore besoin de journaux ?

13 octobre 2021 à 11 h 36 min

L’affaire de l’ex-international de football Rabah Madjer n’est que la partie immergée d’un iceberg qui dérive depuis une trentaine d’années : des journaux créés pour ne pas être vendus, avec pour seul souci le siphonage de la rente publicitaire et cela grâce à des appuis haut placés, c’est une des scandaleuses réalités de la presse nationale lourdement préjudiciable aux médias sains qui tentent, vaille que vaille, de faire correctement leur métier.

Bien que cela arrive tard, c’est une bonne chose que la justice s’y penche. Elle ferait œuvre utile si elle va au-delà de la personne de l’ex-footballeur, ouvre tous les dossiers de dilapidation de l’argent de la publicité publique de ces dernières décennies, et pousse ses investigations aux racines profondes du mal. Le ministère de la Communication a promis, de son côté, de s’y intéresser, et cela depuis deux années, promettant même régulièrement une réforme profonde du secteur des médias par le biais de nouvelles lois. Il est attendu sur ce terrain, avec impatience, car le mal est profond et l’avenir obscur. Urgemment devrait s’ouvrir un débat entre les pouvoirs publics, le législateur et les professionnels. Ceux-là devraient être en première ligne, toutes catégories confondues, et ce n’est que justice. Jusque-là, ils n’ont pas eu une réelle possibilité d’exprimer haut et fort leurs points de vue et de faire état de leurs revendications. S’il y a eu quelques

débats avec les pouvoirs publics, ils se sont limités à quelques réunions de travail, généralement ouvertes aux seuls responsables. S’il y a une réforme à lancer, elle ne peut faire l’économie d’un diagnostic profond, sans complaisance, rigoureux, en mesure de cerner les particularités, les complexités, les faiblesses et plus généralement l’histoire chaotique des médias, particulièrement de la presse écrite. Il faut en finir avec le règne de l’opacité ravageuse grâce à laquelle toutes les dérives ont été permises, parmi elles l’utilisation de l’argent de la publicité étatique par divers acteurs de la vie publique et politique pour favoriser le contrôle des médias et, dans le lancée, enrichir de manière scandaleuse di- verses clientèles, organisées ou individuelles.

LA RÉFORME EST POSSIBLE

Une fois levée l’opacité, la réforme est possible si bien entendu la volonté politique existe au plus haut niveau de la gouvernance du pays. Les chantiers sont très lourds. S’agit-il de revoir le rôle de la presse publique ? Sa mission est fixée par les pouvoirs publics depuis l’indépendance du pays, véhiculer le discours officiel et, pour ce faire, elle dispose de moyens importants émanant tant du Trésor public que de la publicité étatique, généralement sans obligations de résultats économiques. S’agissant de la presse privée, après avoir joué, par le passé récent, des rôles plus politiques que journalistiques, elle doit

désormais se recentrer sur les métiers de base qui composent le journalisme professionnel. Et pour cela, il faut des règles de jeu claires, plus particulièrement avec les pouvoirs publics. Urgemment, il faut mettre fin à l’intrusion dans la presse d’une multitude de pseudo-éditeurs, parfois de véritables maffiosi dont la seul souci est l’enrichissement facile et rapide, ceux qui ont compris l’astuce : faire payer leur allégeance aux puissants au pouvoir. Heureusement qu’il existe toujours des rédactions de bons professionnels, à leur tête des éditeurs motivés en priorité par le bon exercice de la profession. Il est illusoire et sans issue car irréaliste de programmer la mort de la presse privée, c’est-à-dire jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut encourager les journaux sérieux à travailler encore mieux et à se développer.

C’est le moment de bannir l’usage politique de la publicité publique, comme il est temps de mettre en place une véritable aide de l’Etat aux médias, notamment les publications spécialisées, de quelque nature qu’elles soient. Il s’agit de développer la mission de service public, comme cela se fait dans tous les pays développés, une aide qui s’appuierait sur le principe constitutionnel du droit des Algériens à une information plurielle et objective. La presse écrite, actuellement, n’est pas malade de son lectorat mais des mauvaises conditions dans lesquelles elle a été mainte- nue depuis des lustres. Et elle l’est toujours. Le lectorat est là, disponible et ne demande qu’à aller vers les journaux.

L’Algérie voit annuellement une augmentation substantielle des Algériens en âge de lire, et dans les deux langues, français et arabe, et même tamazight. Les universités sont pleines à craquer d’étudiants avides de connaissances poussées sur ce qui se passe quotidiennement en Algérie et dans le monde.

Pas seulement des faits bruts et instantanés, ceux où excellent les sites de la presse électronique, mais des analyses, des reportages, des enquêtes, des points de vue, des opinions, des illustrations, des billets, etc. Bref, tous les genres journalistiques aptes à satisfaire l’intérêt et la curiosité. Et c’est d’ailleurs ce qui a poussé les lecteurs des pays développés à revenir vers les journaux après les avoir désertés un temps. Ils se sont rendu compte que pour comprendre le monde qui les entoure, il fallait prendre son temps de lire, s’enquérir de l’information brute, mais également com- prendre ce qu’il y a derrière, ses retombées immédiates et à long terme, et surtout la croiser à travers une diversité de lectures.

Ces lecteurs là ont renoué avec un des socles de la démocratie qui est la diversité et la pluralité des opinions et leur droit à une information totale et objective. L’histoire de la presse écrite ne finit pas de se confondre avec la construction démocratique. C’est valable également pour l’Algérie.

A. B.


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