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Rencontre-débat avec la communauté algérienne à Paris à l’initiative d’ACDA : La diaspora, partie prenante

29 avril 2019 à 9 h 15 min

La diaspora fait partie de l’Algérie» et en tant que telle, elle est «partie prenante» du mouvement populaire pour le changement en Algérie, rappelle d’emblée Sanhadja Akrouf, membre d’ACDA (Agir pour le changement et la démocratie en Algérie) – qui fait partie du collectif algérien en France Libérons l’Algérie et du collectif associatif en Algérie Pour une sortie de crise pacifique – et modératrice de la rencontre qui a débuté avec des prises de parole de militants associatifs depuis Alger, via internet.

Tinhinane Mekaci, militante de l’association Tharwa Fadhma n’Soumer, a relevé l’importance d’une initiative à l’exemple de celle d’ACDA, en souhaitant qu’il y en ait d’autres de part et d’autre de la Méditerranée, parce qu’«il est temps qu’on communique, qu’on avance ensemble».

Depuis le 22 février, a-t-elle indiqué, «nous sommes dans l’euphorie, dans l’excitation, en attendant le vendredi comme on attend la fête de l’Aïd» en soulignant que «l’appel au changement, l’idée d’une identité plurielle, de l’amazighité reviennent le plus dans les manifestations».

Le mouvement associatif, un vecteur de mobilisation et de médiation

La militante relève un autre acquis du mouvement populaire du 22 février, la réappropriation de l’espace public, devenu «un espace d’expression qui nous appartient». «C’est de là que vient la volonté de ne pas casser, l’Algérie nous appartient, on doit en prendre soin.» Quant aux associations de la société civile, Tinhinane Mekaci les appréhende comme un vecteur de «médiation et de mobilisation».

Sur les affaires de corruption ouvertes par la justice, elle considère qu’«on ne peut pas mettre en place une opération ‘‘mains propres’’ sans transition du peuple».

S’agissant des perspectives, et constatant que «la rue commence à mûrir et à se donner des choix», la représentante de Tharwa Fadhma n’Soumer souligne qu’ elles consistent soit d’aller à une élection présidentielle, «pas celle de Bensalah, mais celle issue de la volonté populaire» ou d’«aller vers une Constituante».

«On travaille au sein de nos associations pour que cette deuxième alternative soit la solution. La Constituante permettra de poser tous les problèmes de la société, d’en débattre et de proposer des solutions.» Et s’il y a quelque chose à retenir c’est «l’unité nationale retrouvée, l’éveil d’une conscience politique, la réappropriation de l’espace public».

Yahya Goujil, membre du CLA (Conseil des lycées d’Algérie), un des premiers syndicats autonomes, toujours depuis Alger, a rappelé lui aussi que «la marche du 22 février a été organisée autour d’un mot d’ordre général : ‘‘Dégage’’.

On a poussé le président Bouteflika à partir, on attend que tout le système tombe. L’Algérie de demain sera plurielle, démocratique et sociale». Et le syndicaliste de préconiser : «Cette Algérie doit régler les questions du chômage, du logement, de la santé…» Quant à la crise actuelle, elle doit être réglée de «manière politique».

Dernier militant associatif à s’exprimer depuis la manifestation à Alger le même jour (vendredi dernier), Tahar Belabbès, porte-parole du Collectif des chômeurs de Ouargla, a lui aussi réclamé une Constituante, comme «seul moyen de changement». «Il faut que l’armée s’en tienne à ses fonctions de défense du pays et de sécurité des citoyens», a-t-il insisté.

Fillali Ferras, représentant du Comité de vigilance et de citoyenneté d’Oran et militant contre le gaz de schiste, présent à la rencontre, a, de son côté, expliqué la création du forum social algérien, baptisé Forum des citoyennes et citoyens d’Oran, le 26 mars 2019. «L’idée était de débattre des solutions de sortie de crise, interpeller les consciences des citoyens sur le devenir de l’Algérie.» «Au début, on était une dizaine de personnes sur le perron de la mairie d’Ormes sur la place d’Armes.

Le cercle s’est, au fil des jours, élargi. Nous sommes présents tous les jours de 17h à 22-23h, occupant la plus grande place publique d’Oran.» Ferras voit trois enseignements de cette initiative. «Les Algériens sont de plus en plus conscients de la primauté des devoirs sur les droits, ils viennent pour parler du bien commun et non de revendications catégorielles.

C’est une première en Algérie.» Deuxième enseignement : «Les Algériens font preuve d’une grande maturité, ils savent ce qu’ils ne veulent plus et ce qu’ils veulent.» Troisième enseignement : «Dans leurs interventions, ils procèdent à un examen clinique, voire pathologique d’une Algérie malade d’un pouvoir despotique, prédateur, qui a mis de côté la ressource humaine.»

«La feuille de route viendra du mouvement lui-même»

La partie communications a été ensuite animée par Nedjib Sidi Moussa, politologue, Fériel Fatès-Lalami, sociologue, et Tewfik Allal, coordinateur d’ACDA, qui ont tour à tour repris les questionnements, objet de la rencontre.

Ainsi, depuis le 22 février, le peuple clame avec détermination «Système dégage», mais «de quel système s’agit-il ?» «De celui de Bouteflika ? De celui qui prévaut depuis 1962 ? Si le problème résidait dans la seule personne de Bouteflika, les Algériens n’auraient plus de raison de continuer à manifester», intervient Nedjib Sidi Moussa.

Poussant son questionnement : «Pourquoi ce malaise aujourd’hui ?» Et d’affirmer que «ce n’est pas un problème de personnes, mais de pratiques qui font le système : corruption, prédation…» «Le peuple veut la chute du régime. Celui de 1999 ou depuis 1962 ?»

Et là aussi, «le problème plonge ses racines dans l’histoire pré-coloniale et coloniale». «Quel est ce pouvoir ? Celui de l’Etat ou de l’armée ?»… «Il y a d’autres pouvoirs, celui des patrons sur les travailleurs, des hommes sur les femmes, des religieux sur les non-croyants, des nationaux sur les étrangers…». «Le système procède de ses rapports de domination.»

Et le politologue d’estimer que «les manifestations populaires ne suffiront pas pour changer de régime», pour préconiser de créer «des comités sur les lieux de travail, dans les quartiers, qui décideront de leur propre feuille de route en devenant de véritables universités populaires parlant toutes les langues du pays».

«Des tentatives d’auto-organisation émergent dans les quartiers, les universités (coordinations). Pour moi, c’est un début. Il faut des instances d’action qui permettent de transformer les rapports sociaux.» «Il y a une libération de la parole, il ne faut pas lâcher là-dessus. C’est aux individus qui sont dans la lutte effective de faire leur feuille de route. La feuille de route viendra du mouvement lui-même.»

Fériel Fatès-Lalami, sociologue, reprend, quant à elle, ce que le mouvement du 22 février «nous apprend de par sa maturité politique», estimant que le slogan «Yatnahaw gaa» (ils dégagent tous, ndlr) «réveille les luttes anciennes et leur répression». «Le refus du régime autoritaire est unificateur», ajoute la sociologue. «Le ‘‘gaa’’ renvoie au système, hydre innommable, qu’on avait du mal à percevoir.

La clique d’oligarques qui a accéléré la prédation n’a pas commencé avec Bouteflika mais au début des années 1990.» Aussi «la silmiya est l’arme absolue du mouvement du 22 février. On sait que demain, s’il y a violence, elle sera commanditée par le pouvoir».
Quant au slogan «Natrbaou gaa» (nous nous éduquons tous, ndlr), la communicante le qualifie de «pratique de la citoyenneté qui se fait tous les jours dans l’occupation de l’espace public, dans les grèves, dans les universités».

L’amazighité, l’égalité des droits, la justice des questions cruciales

Fériel Fatès-Lalami note qu’il y a «deux questions à clarifier : l’amazighité et l’égalité homme-femme». «Pour certains, ce n’est pas le moment.»

Et de considérer que «la répression politique est l’imbrication de toutes les oppressions dont le code de la famille en est une illustration», invitant à «affronter toutes les questions, même les plus difficiles à admettre ; elles doivent toutes être mises sur la table». Aussi «cette période est propice pour la transition que nous voulons».

Avec le «Yatnahaw ga3», pour Tewfik Allal, coordinateur d’ACDA, «c’est la fabrique du pouvoir depuis l’indépendance qui est ébranlée, et la conscience aiguë que cette fabrique bloque l’institution d’un Etat de droit, la défense des intérêts nationaux réels».

Il relève un deuxième élément, «l’agenda du pouvoir est fissuré par les manifestations populaires». «Le fait qu’on marche tous les jours par catégories socioprofessionnelles, par régions s’oppose à cet agenda.»

C’est pourquoi «le régime doit se rendre à l’évidence et lancer des négociations pour une véritable transition ou alors c’est le risque d’une fuite en avant avec des tentatives de faire dévoyer le mouvement». Le militant associatif insiste sur la question des droits de l’homme qui «doit accompagner ce mouvement».

Depuis la salle, la question du «deuil et de la justice» est pointée. «J’avais 19 ans en 1988, j’ai perdu un rein. Je veux la justice», intervient celui qui met en exergue cet aspect crucial de l’instauration d’un Etat de droit.

Ce qui fait dire à Fériel Fatès-Lalami que «vérité et justice, c’est une revendication populaire qui terrifie les dirigeants algériens à la perspective de procès que tout un chacun peut intenter. C’est une question importante qui doit faire partie des sujets à discuter en priorité».

Il y a eu aussi la part de la culture et des arts dans cette rencontre d’ACDA. «Ils font partie de notre révolution», affirme Sanhadja Akrouf.

Mouhou Sahraoui, artiste-peintre, a improvisé un atelier de peinture sur scène avec des enfants accompagnant leurs parents. «La peinture m’a sauvé la vie. Depuis le 22 février, j’ai compris pourquoi j’ai fait ce choix. Je suis tous les dimanches place de la République, à Paris», révèle-t-il

Deux sœurs, artistes engagées et membres d’ACDA, ont accompagné la rencontre-débat, la première, Ghenima Ammour, en duo avec le musicien Lounès Kaci en déclamant quelques-uns de ses poèmes, la deuxième, Naïma Ammour par des chants a capella.

Sur grand écran, des images des manifestations populaires en Algérie avec cette banderole très parlante : «1945-1954-1961-1963-1980-1988-1991-2011. C’étaient mes aînés. 2019, je suis là. Demain aussi.»

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