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Regard croisé sur les mouvements citoyens algérien et soudanais : Deux processus révolutionnaires avec leurs similitudes et leurs spécificités

14 juin 2019 à 9 h 30 min

Hors de leurs frontières respectives, il y a beaucoup d’interrogations, de demandes de compréhension des mouvements citoyens au Soudan et en Algérie et sur le devenir de leurs revendications d’un Etat de droit civil. C’est pourquoi une rencontre-débat sur le thème de «Regard croisé sur les mouvements citoyens algérien et soudanais» a été organisée mercredi soir à Paris par Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA) et l’Association des Tunisiens en France (ATF), Cedetim/IPAM et le FALDI (Forum des associations de luttes démocratiques de l’immigration).

 

«Comprendre et soutenir deux processus révolutionnaires d’une ampleur inégalée, avec des convergences mais aussi des spécificités, des singularités et des causes différentes», a souligné le modérateur de cette rencontre, Kamel Jendoubi, militant des droits de l’homme et un des principaux acteurs de la révolution de 2011 en Tunisie.

En guise d’introduction à la soirée qui s’est déroulée en deux temps – la première séquence a été consacrée à un point de situation dans chacun des deux pays. La seconde, aux dynamiques en cours et à la solidarité internationale, le modérateur a indiqué que pour l’Algérie le mouvement de contestation citoyenne a pour origine l’opposition à un cinquième mandat du président Bouteflika.

Les Soudanais ont commencé par la dénonciation des hausses des prix des produits de première nécessité. «Les deux mouvements se sont acheminés progressivement vers la revendication d’un changement radical de régime politique pour un régime civil démocratique». «Les deux pays ont en commun leur appartenance à la Ligue arabe et à l’Union africaine, la prégnance militaire (directe ou indirecte) sur le pouvoir politique, le refus de l’alternance, l’accaparement de l’économie par des clans assujettis au pouvoir».

Le pouvoir politique, liberticide, dans l’un et l’autre pays, s’appuie sur «la peur et la répression, la corruption». «Les deux pays ont aussi en commun une population jeune, avec un fort taux de chômage des diplômés, situation qu’on retrouve dans les autres pays arabes.»

Les méfaits de L’alliance des militaires et des islamistes au Soudan

Rachida Chemseddine, militante communiste, réfugiée politique, a évoqué le mouvement populaire soudanais depuis son émergence en décembre 2018 en réaction à l’annonce par le président Omar El Bechir (en poste depuis 1989 et destitué le 11 avril 2019 suite au mouvement de contestation populaire) de mesures d’austérité et la récente tournure sanglante de la contestation violemment réprimée.

La militante soudanaise a souligné que le régime du général Omar El Bechir allié aux islamistes est responsable de plusieurs massacres, d’assassinats de militants politiques et de droits humains, de l’instauration de lois islamiques répressives contre la volonté populaire, particulièrement les femmes leur imposant jusqu’à la façon dont elles doivent être habillées. Toutes les libertés, de presse, d’opinion… sont interdites. Des tentatives de résistance à ce régime ont eu lieu ces dernières années, toutes férocement réprimées, notamment en septembre 2013.

«L’explosion populaire a commencé dans les villes éloignées avant d’atteindre la capitale, Khartoum, où la contestation dont l’Association des professionnels (un syndicat créé en 2012 et aujourd’hui acteur majeur de la contestation, ndlr) est le principal initiateur a été violemment réprimée par l’armée tirant à bout portant sur des manifestants pacifiques qui revendiquent des lois civiles et dont le slogan est ‘‘Taskout bess’’, (Tu tomberas, ça suffit)», a ajouté la militante soudanaise.

«Le 6 avril, un grand rassemblement permanent est organisé, amenant à la destitution du général El Bechir». L’armée a fini par destituer le président El Bechir le 11 avril dernier. Le pouvoir est actuellement entre les mains d’une junte militaire dirigée par le général Abdel Fetah Burhan, dont l’adjoint est le tristement célèbre Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemidti, chef de la milice des Djandawid qui s’est distinguée dans le Darfour. «La nouvelle équipe au pouvoir a engagé une campagne de répression se soldant par des dizaines de morts, de disparus, des femmes médecins se portant au secours de manifestants blessés ont été violentées, des corps jetés dans le Nil lestés par des blocs de béton. Des purges ont été opérées dans les rangs des militaires opposés à la répression».

Le peuple soudanais demande le départ du Conseil militaire de transition qui a pris le pouvoir depuis la destitution du président Omar El Bechir. La nouvelle instance dirigeante est soutenue par les monarchies du Golfe et l’Egypte qui ne veulent pas d’un Etat démocratique civil dans la région arabe par crainte de contagion populaire dans leurs propres pays. Il faut rappeler que le régime soudanais fait partie de la coalition arabe au Yemen avec plus de 6000 soldats en contrepartie de quoi lui a été consenti une aide financière.

Un mouvement citoyen algérien «extraordinaire de vitalité»

Avant d’aborder la situation actuelle du mouvement citoyen en Algérie, la journaliste Latifa Madani a rappelé le soulèvement d’octobre 1988, considéré par les Algériens comme leur «Printemps», «une parenthèse de courte durée», suivie de la décennie noire avec ses 200 000 morts et du régime Bouteflika avec ses abus et dérives.

Le mouvement citoyen algérien est «extraordinaire de vitalité», «il a obtenu l’abandon du cinquième mandat, la remise de l’élection présidentielle, fait échouer quatre fois les plans du pouvoir», a observé notre consœur. Le mouvement citoyen «ne s’essouffle pas», «caractérisé par le refus de la violence, par sa détermination à arracher un Etat de droit civil démocratique».

Et ce, «malgré les intimidations, les tentatives de répression, les gages donnés par l’état-major». «Le sentiment dominant se partage entre espoir et crainte». Toutefois, «l’espoir est au rendez-vous avec les initiatives qui émanent de la société civile dont une conférence nationale se tiendra ce samedi». «Cette initiative pourrait converger avec celle des partis et personnalités politiques prévue le 29 juin». Latifa Madani soutient que «le mouvement citoyen algérien veut un changement profond de façon pacifique, par une négociation saine et transparente» et que «le devenir du pays, d’une Algérie libre, démocratique et égalitaire dépend de cette phase de transition et de la réponse des tenants du pouvoir.»

«La nouvelle génération aspire à un Soudan libre et démocratique»

Jaafar Mohamed, activiste soudanais, a indiqué qu’il est un témoin direct de l’oppression du régime militaire d’El Bechir, «des injustices et de l’arbitraire dont ont été victimes 100 000 personnes. La répression fut terrible, d’où la révolution actuelle». «Le monde entier savait ce qui se passait au Soudan». «Nous, on ne voulait pas de division, de guerre civile, on voulait être ensemble pour lutter contre le régime». «La violence, les armes ne sont pas une solution».

Et d’ajouter que «nous voulons montrer au monde entier que nous sommes déterminés à poursuivre notre révolution pacifique. Le moteur principal de cette révolution, ce sont les jeunes générations qui ont grandi sous la dictature. La nouvelle génération aspire à un Soudan libre et démocratique, à s’affranchir des anciennes générations complices du régime et des islamistes.»

Le jeune militant affirme que «l’association des professionnels» est à l’origine de la révolution populaire, à laquelle se sont ralliées «les forces de liberté et de changement» (dont est membre le parti communiste, ndlr). Il soutient que «ce ne sont pas les partis traditionnels qui portent le changement radical. Les élites ont été complices».

«Processus révolutionnaire» en Algérie

Ahmed Dahmani, économiste, militant d’ACDA, affirme qu’en Algérie également les jeunes sont coupés des élites. Et pour compléter le propos de Latifa Madani, il rappelle que la contestation politique citoyenne en Algérie a commencé en avril 1980 en Kabylie avec des mots d’ordre de pluralisme culturel et politique. «Il y a des traditions de contestation localisées, sectorielles».

«Le pouvoir politique a joué sur la répression et les intimidations, sur le noyautage et l’atomisation chaque fois qu’un embryon d’organisation syndical, partisan, émerge». Mais aussi sur «l’achat de la paix sociale». Et de constater qu’«on ne regardait pas ce qui se passait dans la société alors qu’elle était traversée par des mutations socio-démographiques et culturelles profondes.

De l’indépendance à 2018, la population s’est multipliée par quatre, avec 36% de moins de 20 ans. Les premières manifestations sont le fait de jeunes, de jeunes porteurs d’une volonté de vie tout simplement face à un mort-vivant qui postule à un cinquième mandat présidentiel qui n’a pas parlé depuis six ans.» Autre élément soulevé par l’exposant : la culture et la formation.

L’économiste algérien souligne que de 400 000 étudiants fin 1990, ce nombre est passé à 1,7 million en 2018. «Dans ces chiffres, il y a des filles et des garçons, de la mixité sociale, des échanges culturels qui vont ouvrir les yeux de jeunes jusque-là étouffés. Cette masse de jeunes a un niveau de culture politique élevé».

Et, fait notable, «les 2/3 des universitaires sont des filles», ce qui fait dire à Ahmed Dahmani qu’«il faudrait qu’on change de grille de lecture par rapport aux femmes». «La présence des femmes dans l’espace public est aujourd’hui massive», appuie-t-il.

Pour relever ensuite que l’usage des réseaux sociaux a été un facteur déterminant, voire essentiel dans la mobilisation et la coordination des rassemblements populaires. Ahmed Dahmani parle de «processus révolutionnaire» en cours en Algérie. «Face à ce processus qui s’organise dans la société et qui revendique une phase de transition démocratique, les tenants du pouvoir opposent un blocage politique total, persistant à dire que la solution à la crise ne peut être que l’élection présidentielle».

Leçons tunisiennes

Selon Latifa Madani, la question des élites en Algérie, «plus complexe», ne se pose pas de la même manière qu’au Soudan, «une partie des élites algériennes soutient le hirak, a combattu le régime», indique-t-elle.

Ahmed Dahmani relève qu’en cas de répression du mouvement populaire, ce qui n’est pas à écarter, «on aura besoin de solidarité régionale et internationale». Et «dans le cas où le processus révolutionnaire réussit à imposer un Etat de droit, je ne suis pas sûr que les Etats de la région et européens regarderont cela d’un bon œil, les citoyens algériens demanderont la renégociation de tous les accords d’association avec l’Union européenne».

Kamel Jendoubi fera remarquer que la question de savoir si on doit commencer par une Constituante ou des élections est une question essentielle. «On peut avoir des revers très durs, comme en Tunisie». Il ajoute que «si en Tunisie on n’a pas sombré après le 11 avril 2011, c’est grâce à la société civile, aux syndicats et aux partis politiques. Le facteur temps est important. On s’inscrit sur le long terme.»

«Ce qui se passe en Algérie est, pour moi, tunisien, fondamental pour la construction de la démocratie dans notre région. C’est à cela qu’on doit travailler, nous Maghrébins. Beaucoup de choses sont à faire, et c’est possible. La solidarité internationale est indispensable, elle est à élargir.»

Et aussi : «on peut être surpris, les éléments de fond qui ont fait bouger le Soudan et l’Algérie existent ailleurs.»

 

 

 

Marche à Paris le 30 juin pour un Etat démocratique et égalitaire en Algérie

Le collectif associatif «Debout l’Algérie» a pour projet l’organisation d’une marche pour une transition démocratique, un Etat de droit civil libre et démocratique en Algérie le dimanche 30 juin de la place de la République à la place de la Nation à Paris.
Cette marche remplacera l’habituel rassemblement hebdomadaire de la diaspora algérienne place de la République. Un carré reviendra aux militants soudanais pour la démocratie et un Etat civil dans leur pays en signe de solidarité avec la révolution populaire au Soudan.

Quel compromis politique historique pour l’Algérie ?

Lundi 17 juin 2019, de 19h à 22h. Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA) lance un débat intitulé   : «Quel compromis politique historique pour l’Algérie  ?» Le débat sera introduit par les interventions de  : Massensen Cherbi, chargé d’enseignement à Sciences-Po Toulouse, Saïd Sadi, ancien président du RCD, membre fondateur de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme avec la modération de Mouloud Boumghar, juriste, membre d’ACDA. A la Maison de l’Île de France (Cité Internationale Universitaire de Paris.

Contact  : 033 06 81 60 65 43

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