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Mine de zinc de Tala Hamza (Béjaïa)

Qui est derrière le blocage du gisement ?

27 août 2018 à 9 h 19 min

Son potentiel est estimé à 68,6 millions tonnes. Les études de faisabilité ont été achevées en 2010 et le site devait être opérationnel en 2013. «Nous sommes prêts à aller le plus vite possible à l’exploitation», affirment les partenaires de la joint-venture algéro-australienne.

C’est l’histoire d’une mine que l’on annonçait comme l’eldorado mais qui n’a toujours pas tenu ses promesses. Avec un potentiel estimé à 68,6 millions tonnes de zinc, la mine de Tala Hamza, du nom d’une petite commune devenue presque une banlieue de la ville de Béjaïa, se classe d’emblée au rang des plus grands gisements de zinc du monde.

Le projet devait démarrer en 2012 comme annoncé en 2010, lors d’une conférence tenue au siège de la Western Mediterranean Zinc (WMZ), la joint-venture qui détient la licence d’exploration du site qui s’étend sur 122 kilomètres carrés, abritant la commune de Tala Hamza et celle de Oued Amizour.

Cependant, les retards, reports et blocages de toutes sortes ont fait que ce grand projet, qui, théoriquement, permettrait à l’Algérie d’avoir de nouvelles sources de devises, tarde inexplicablement à voir le jour. «Il n’est pas possible que l’Algérie passe à côté d’un tel projet. Ce serait une bêtise impardonnable !» évoquent certains soutenants du projet.

Ce que nous avons appris du côté de WMZ est que le dépôt du dossier de demande de permis d’exploitation est en attente de l’autorisation des autorités compétentes pour être soumis à l’approbation de l’ANAM (Agence nationale des activités minières), et que les partenaires de la joint-venture se sont «accordés à aller de l’avant pour faire avancer le projet vers la phase exploitation».

Cela veut dire que sur le terrain, techniquement, plus aucun obstacle ne s’oppose au premier coup des pelleteuses.

Pour rappel, ce site qui avait été découvert par l’ORGM aux débuts des années 1980 a été confié aux Australiens de Terramin qui avait obtenu la licence d’exploration.

Par la suite, Algériens et Australiens ont monté une joint-venture dénommée WMZ Western Mediterranean Zinc Spa, avec 65% des parts de marché pour Terramin, 32,5% pour l’ENOF (Entreprise nationale des produits miniers non ferreux et des substances utiles) et 2,5% pour l’ORGM (Office national de recherche géologique et minière).

Depuis 2007 et pendant de longues années, des travaux de forage, de carottage et d’exploration ont été menés sur le site de la concession par des équipes d’ingénieurs de Terramin et WMZ. En octobre de cette même année 2007, El Watan avait publié une grande enquête consacrée au gisement de zinc de Tala Hamza qui mettait en doute les capacités de la société australienne à mener à bien un projet de cette envergure.

Terramin, avions-nous souligné à l’époque, était dans l’incapacité de lever des fonds pour faire face aux développements de sa licence, notamment aux risques liés à la protection de l’environnement et de la population, qui doivent être pris en compte dans l’étude de faisabilité.

L’enquête étayée par les dires de spécialistes et d’experts dénonçait également la méthode d’exploitation minière de foudroyage en masse, préconisée par les Australiens sur recommandation de l’expert miner international Golder Associates.

«La technique envisagée à l’époque par Terramin pour l’exploitation du gisement, de l’avis même des experts que nous avions consultés, comporte des risques de contamination et de pollution.

Le transport et l’exportation de la matière première, le plomb et le zinc en l’occurrence, comportent également une part de risques non négligeables, mais là n’est pas vraiment la question, les risques étant inhérents à toute activité minière. Le cœur du problème réside dans la maîtrise de ces risques avec des investissements conséquents», avions-nous écrit à l’époque.

Le destin du projet a failli basculer lorsque le partenaire australien a remis l’étude de faisabilité dans le courant de l’année 2010. Comme attendu, les Algériens ont émis de sérieuses réserves quant aux risques de pollution et de contamination liés au procédé d’exploitation par foudroyage.

L’étude de faisabilité, sur laquelle les Australiens avaient passé de longues années et dépensé près de 50 millions de dollars, avait été purement et simplement rejetée par la partie algérienne. Les négociations étaient au point mort. Les Australiens envisageaient d’ailleurs une mesure d’arbitrage international à la Cour d’arbitrage de Paris chargée de trancher ce type de litiges.

Entre-temps, un géant chinois du nom de NFC, pour China Non ferrous Metal Industry’s Foreign Engineering and Construction Co, est devenu actionnaire au sein de Terramin, auquel il est lié par un pacte de partenariat en tant qu’assistant technique dans le projet de la mine.

Séduits par les immenses potentialités de la future mine, les Chinois procèdent à la refonte de l’étude de faisabilité et des travaux complémentaires de terrain ont été exécutés, le but étant de lever la principale réserve émise par la partie algérienne. Ils proposent alors une nouvelle méthode d’exploitation minière souterraine, dite méthode des chambres remblayées descendantes.

En gros, il s’agit d’extraire la matière première brute qui va fournir le zinc et le plomb puis de réinjecter les résidus dans les chambres dont le plafond et le plancher sont renforcés en béton. «Comparée à d’autres méthodes, celle de l’exploitation souterraine présente un minimum d’impact sur l’environnement puisqu’il n’y aura pas de barrage de résidus, ce dernier sera remplacé par la technique d’empilage à sec.

Sur le plan social, il y a un rétrécissement considérable de l’assiette de terrain qui abritera le projet, qui revêt une grande importance sur le plan économique national et régional et pourra créer jusqu’à 600 emplois directs et 1300 indirects», souligne une source proche de WMZ.

Sur le plan international, les prix du zinc sont désormais à la hausse, dopés par la demande chinoise et la fermeture de plusieurs mines. Sur le plan national, la chute des prix du pétrole et l’assèchement des recettes tirées des hydrocarbures plaident pour une exploitation plus systématique des innombrables ressources minières dont dispose le pays.

Pour ce qui de la mine de Tala Hamza, à l’heure où tous les clignotants sont au vert, tout semble indiquer que la balle est dans le camp du ministre, seul habilité à donner le coup de départ d’un projet qui n’a que trop attendu.


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