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Procès de Kamel Chikhi au tribunal de Sidi M’hamed : «c’est de la Sadaka et de la Zakate»

11 juillet 2019 à 10 h 04 min

Les 12 prévenus sont poursuivis pour quatre chefs d’inculpation dans le procès de Chikhi : «corruption», «abus de fonction», «trafic d’influence» et «perception d’indus cadeaux». Tous ont été confrontés aux enregistrements vidéo des caméras de surveillance installées dans le bureau de Kamel Chikhi, lequel est poursuivi pour «corruption d’un agent public» et «incitation au trafic d’influence».

Le premier prévenu à passer devant la barre est Belkacem Akbal, qui était responsable du service d’hygiène avant d’être élu membre de l’APC de Kouba. Il apparaît clairement dans l’enregistrement vidéo empochant la somme de 700 000 DA de la main de Chikhi. Il explique au juge qu’il s’agit de la rémunération d’un entrepreneur qui avait procédé à la démolition d’une villa de Chikhi. Les mêmes propos sont tenus par Chikhi, mais les deux prévenus étaient incapables de donner le nom ou l’adresse de cet entrepreneur, «un rouquin, aux yeux verts» qui répond au nom de Boumediène et qui a «disparu», selon le président. «Saviez-vous que vous étiez filmé ?» Akbal  : «Au début, je ne savais pas, mais lorsque j’ai vu les écrans j’ai compris.» Le président demande à Chikhi comment il a connu Akbal. «Je le sollicitais souvent pour nettoyer les alentours de la mosquée de Ben Omar, où nous faisions la prière ensemble. Nous sommes restés amis», répond Chikhi, avant que Tahar Amir ne soit appelé à la barre.

Il était subdivisionnaire de l’urbanisme de Bir Mourad Raïs, avant qu’il ne soit rétrogradé pour devenir un simple cadre. Il lui est reproché d’avoir empoché la somme d’un million de dinars, de 4000 et 5000 dollars. Le juge : «Il vous a donné cet argent pour lui régler le permis de construire pour un immeuble de 7 étages.» Le prévenu : «Ce n’est pas vrai. J’ai même refusé de le faire. J’ai reçu un appel du ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, me demandant d’aller le voir au bureau. Lorsque j’y suis allé, il avait même oublié pourquoi il m’avait convoqué. Il m’a parlé du problème de Chikhi, je lui ai expliqué que je ne pouvais pas être en violation de la loi. Je suis reparti. J’ai perdu mon poste de subdivisionnaire.» Le président l’interroge sur les passeports du pèlerinage que Chikhi lui a remis, et le prévenu se défend en disant : «C’était pour des amis et des membres de ma famille.»

Il revient sur tous les projets de Chikhi qu’il a rejetés en affirmant : «Au lieu de faire des recours, il est allé voir Abdelmalek Boudiaf, le ministre.» Le juge se retourne vers Chikhi qui dément tout ce qu’il vient d’entendre y compris le fait d’avoir remis de l’argent. «Je lui ai juste donné les 2500 dollars pour l’aider. Il devait partir pour une omra.» Le juge : «Et les 5000 dollars.» Chikhi : «C’est une sadaka (aumone).» Le président appelle Lyes Ziouch, qui confirme que lui aussi a reçu 2500 dollars avant qu’il ne parte au pèlerinage. «Je n’étais pas au courant qu’Amir devait faire partie du voyage vers La Mecque. Nous l’avons su la veille du départ, lorsque Chikhi nous a remis l’argent», dit-il. Le président appelle Djamel Laloui, contrôleur de l’urbanisme que l’on voit dans l’enregistrement vidéo recevoir une somme de 50 000 DA de la main de Chikhi dans son bureau. «Je connais Chikhi depuis longtemps. Ce n’était pas pour moi mais pour Brahim Abdelkader, un de mes collègues qui était malade et qui m’accompagnait. Chikhi lui a donné 50 000 DA puis il m’a remis la même somme que je lui ai donnée», dit-il.

«Il m’a aidé pour aller faire une Omra»

Le magistrat appelle Brahim Abdelkader, agent de la conservation foncière de Hussein Dey. Il confirme les propos de Laloui. Le juge s’adresse à Chikhi : «Pourquoi leur avoir donné cette somme ? Est-ce pour monnayer des services ?» Chikhi : «J’avais pitié de Abdelkader. Il était dans le besoin…» Le magistrat appelle Mohamed Benkrid, subdivisionnaire de l’urbanisme de Chéraga, après avoir occupé le même poste à Hussein Dey. Dans la vidéo on le voit prendre deux passeports du pèlerinage et la somme de 5000 dollars. Le magistrat : «Pourquoi dites-vous à Chikhi, dans la vidéo, que le plan sera ta mission ?» Le prévenu : «Je voulais dire que c’est à moi de lui expliquer toute la procédure concernant les plans.

Il m’a remis les deux passeports pour aller à La Mecque et l’argent pour m’aider sur place.» Benkrid cède sa place à Kacem Taghbaloute, chef du service de l’urbanisme de Aïn Benian. Il a été filmé en train de recevoir la somme d’un million de dinars de la main de Chikhi mais aussi en train d’apposer son cachet sur les documents de Chkhi, dans le bureau de ce dernier. Dans l’enregistrement, on entend Chikhi dire : «Vas-y, mets ton cachet, tu es pris par la caméra, prends l’argent et le flacon de parfum comme cadeau, et tu sors pour repartir dans la voiture de service.» «Il m’a donné cet argent pour faire une omra. Le cachet je l’avais dans la voiture», lance le prévenu. Le juge : «Vous le faites uniquement pour Chikhi ou pour tous les citoyens ? Vous vous déplacez chez eux pour leur cacheter des documents ?» Le prévenu se mure dans le silence.

Le procureur se tourne vers Chikhi : «Expliquez-nous ce que vous vouliez dire dans votre commentaire : ‘‘Celle-là est très grave’’, en filmant le prévenu en train de mettre le cachet.» Chikhi : «Je plaisantais. Rien de sérieux.» Le juge appelle Hamoudi Ammar, ingénieur à la subdivision de Draria, que l’on voit prendre de la main de Chikhi la somme d’un million de dinars. Il jure que c’était pour payer un groupe électrogène que Chikhi a acheté. Le juge insiste pour savoir où et auprès de qui il a acheté cet équipement, mais le prévenu déclare avoir perdu les coordonnés du vendeur. Djaouida Hourizi, du service de l’urbanisme de Kouba, affirme que la parure en or que Chikhi lui a offerte, dans son bureau, et que l’on voit sur l’enregistrement vidéo, lui a été restituée.

Le juge : «Il y a des images où on vous voit mettre la parure dans votre sac.» La prévenue : «Je vous jure que j’ai rendue.» Le juge se tourne vers Chikhi : «Combien coûte cette parure ?» Chikhi : «Je pense 150 000 DA. Elle m’a été donnée par quelqu’un auquel je devais de l’argent. Mais des mois après, quand j’étais en prison, j’ai su par ma famille que cette parure a été restituée et qu’elle était à la maison.» Le juge : «Vous ne vous rappelez pas quand elle a été restituée alors que la prévenue dit que c’était le lendemain du jour où vous la lui avez donnée.» Chikhi : «Je ne me rappelle pas.» Le procureur demande à Chikhi d’expliquer pourquoi ce commentaire dans la vidéo où il déclare à la prévenue qu’elle était prise au piège. «C’était pour me distraire seulement», ne cesse-t-il de répondre. Le procureur : «Comment qualifiez-vous tout cet argent que vous donnez aux fonctionnaires de l’Etat ? N’est-ce pas de la corruption ?» Chikhi : «Pas du tout. Il n’y a pas de contrepartie. C’est de la sadaka, de la zakate ou des prêts. J’aide tout le monde.» Le juge appelle Noureddine Reguig, de la conservation foncière de Bouzaréah.

Lui aussi est filmé en train d’encaisser la somme de 1,8 million de dinars, sous les commentaires de Chikhi, qui le charge pour avoir pris la somme. Le procureur demande à Chikhi si par ses commentaires il ne voulait pas faire du chantage aux fonctionnaires, et Chikhi répond : «Je m’amusais. Il n’y avait rien de sérieux.» Le président appelle Lyes Ziyouch, chef du service de l’urbanisme de Hydra, qui apparaît sur les vidéos encaissant 1,2 million de dinars et 2500 dollars de la main de Chikhi. «Il m’a aidé pour aller à La Mecque», lâche t-il comme explication à ce geste. La même réponse est donnée par Mohamed Tayebi, de la conservation foncière de Hussein Dey, qui a pris de la main de Chikhi les sommes de 800 000 DA et de 3000 dollars.

Dans l’enregistrement vidéo, les commentaires de Chikhi l’impliquent lourdement. Le procureur s’adresse à Chikhi : «Pourquoi avoir parlé de cette manière au prévenu ?» La réponse de Chikhi est : «C’était juste pour l’énerver et j’ai réussi, puisqu’il est venu me voir en colère.» Le juge : «Il est venu parce que vous lui avez envoyé la vidéo par téléphone. Pourquoi ?» Chikhi : «Je vous ai dit que c’était pour l’énerver.» Le juge termine les auditions avec Kamel Chikhi, poursuivi pour deux inculpations, «corruption d’un agent public» et «incitation au trafic d’influence». Il nie tous les faits reprochés et affirme que toutes ses activités «sont légales et n’avaient donc pas besoin de facilitation». Le juge : «Pourquoi enregistriez-vous ceux qui venaient dans votre bureau ?» Chikhi : «Je m’amusais.» Le juge : «Pourquoi avez-vous donné autant d’argent à tous ces fonctionnaires ?» Chikhi : «Je ne vois pas où est le mal. Je les connais tous et qu’est-ce qui prouve qu’il y a eu contrepartie ? Ce que j’ai obtenu est un droit. C’est parce qu’ils n’ont rien trouvé qu’ils m’ont collé ces affaires.»

Le juge : «Pourquoi ces commentaires sur les vidéos ?» Chikhi : «Je n’ai pas utilisé ces enregistrements». Le juge : «Vous les avez envoyées par WhatsApp.» Chikhi : «C’était juste pour les irriter.» Le procureur revient à la charge : «Vous donniez autant d’argent à tout ce monde ? Votre argent est fait pour être offert  «Si je vous dis combien je gagne, vous allez avoir peur», déclare Chikhi avant qu’il ne soit stoppé par le procureur. «L’argent ne me fait pas peur. Dites-moi pourquoi vous donniez autant d’argent et pour quelle contrepartie ?» Chikhi ne cesse de répéter que c’était des cadeaux. Jusque tard dans la soirée, le procès se poursuivait.


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