Premier jour de grève du syndicat national des magistrats : L’appareil judiciaire paralysé | El Watan
toggle menu
samedi, 08 août, 2020
  • thumbnail of elwatan08082020




Premier jour de grève du syndicat national des magistrats : L’appareil judiciaire paralysé

28 octobre 2019 à 10 h 18 min

Les salles d’audience des tribunaux et des cours ont fermé, hier, leurs portes aux justiciables. L’écrasante majorité des magistrats a suivi le mot d’ordre de leur syndicat, qui consiste à un arrêt de travail illimité en signe de protestation contre le dernier mouvement opéré dans les rangs de la magistrature.

Les magistrats ont déserté hier leurs bureaux et les salles d’audience en réponse à l’appel du SNM (Syndicat national des magistrats) pour un arrêt de toutes les activités judiciaires en signe de protestation contre le dernier mouvement opéré par la chancellerie dans les rangs des magistrats. Aussi bien au tribunal de Sidi M’hamed qu’à la cour d’Alger, juges et parquetiers n’ont pas travaillé. A compétence nationale et internationale, le tribunal de Sidi M’hamed a connu une ambiance particulière, en dépit du dispositif sécuritaire déployé autour de l’imposante bâtisse. Pour la première fois, les justiciables se retrouvent dans des salles d’audience vides.

Surpris par le taux de suivi de cette grève qui ne dit pas son nom, les avocats sont pour la plupart retournés à leurs bureaux. «Vraiment, c’est une première. Jamais les salles d’audience de cette juridiction n’ont été désertées de la sorte par les magistrats. Et c’est la même chose au tribunal de Bab El Oued, où j’avais une affaire. J’espère que des solutions seront vite trouvées pour reprendre rapidement les procès», déclare un jeune avocat, avant qu’un de ses clients ne l’apostrophe : «Maître, pourquoi l’affaire de mon fils n’est pas passée ? Cela fait trois mois qu’il est en prison. Il attendait ce procès avec impatience.» L’avocat a du mal à calmer la colère de ce citoyen et à le convaincre de repartir. C’est le cas de beaucoup de ses confrères, tous confrontés aux inquiétudes de leurs mandants. Il faut dire que l’arrêt de travail des magistrats a été une surprise pour tout le monde.

Il a pris au dépourvu les plus vigilants. Très tard la veille, un communiqué du SNM annonçait les activités épargnées par le mouvement de grève. Il s’agit uniquement des procédures de prolongation de la détention provisoire ou de l’examen des demandes de mise en liberté déposées devant les juges ainsi que la délivrance des permis d’inhumer. Ni de présentation, ni de procès, ni de comparution devant les juges d’instruction n’ont eu lieu. L’activité judiciaire est quasiment paralysée. Au 1er étage, ni les certificats de nationalité ni les casiers judiciaires n’ont été établis et les citoyens sont nombreux à protester. Les policiers ont du mal à les renvoyer bredouilles.

Il est déjà 10h30 et l’ambiance reste morose dans le hall de ce tribunal qui, habituellement, connaît une effervescence particulière en début de semaine. A la cour d’Alger, l’écrasante majorité des magistrats, vêtus de leurs robes, sont rassemblés dans la cour. Dans cette juridiction, la plus importante du pays, toutes les audiences sont annulées et les citoyens renvoyés.

«Nous ne sommes pas un troupeau de moutons»

«Le gel de l’activité judiciaire a été une réussite. Tous les tribunaux d’Alger sont paralysés», révèle Nabil Mokrani, délégué du SNM pour la cour d’Alger. «Nous sommes mobilisés pour faire aboutir nos revendications. Nous n’avons pas le droit de faire marche arrière. Il y va de notre dignité. Comment peut-on dire que le mouvement a été fait dans le but de lutter contre la corruption ? Les corrompus doivent être poursuivis.

Il ne faut pas jeter l’anathème sur ces milliers de juges qui font leur travail en leur âme et conscience. Le mouvement des magistrats a été fait de manière anarchique. Il n’a tenu compte ni des conditions familiales des couples ni de celles de leurs enfants en pleine période des compositions et encore moins des difficultés liées à l’éloignement. Dans l’absolu, nous ne sommes pas contre le mouvement, mais qu’il se fasse en prenant en compte les considérations humaines et familiales», nous dit-il.

Le débat est très tendu entre les magistrats qui discutent essentiellement du communiqué du ministre de la Justice, la veille. «Il menace de recourir à la loi, déclare que le syndicat a pris part au mouvement et précise que ce dernier est passé par le CSM (Conseil supérieur de la magistrature). Pensez-vous qu’on puisse étudier 2998 dossiers en une heure ? Du jamais vu. Nous ne sommes pas un troupeau de moutons.

Le magistrat a sa dignité et sa famille. Il a des obligations, mais aussi des droits qu’il faut respecter. Il fait partie lui aussi de l’élite. Il a besoin de considération», lance un président de chambre. Un autre lui emboîte le pas : «Comment peuvent-ils muter un juge à l’Ouest, dans une juridiction située à 500 km, et son épouse dans une autre à 300 km. Comment vont-ils faire pour se retrouver ? Et leurs enfants, à qui vont-ils les laisser ?

Nous avons toujours posé le problème du rapprochement des couples et l’organisation des mouvements durant les vacances judiciaires pour permettre aux magistrats de s’organiser, de louer et de déménager. Or, cette fois-ci, aucun de ces critères n’a été pris en compte. Ce qui est plus grave, c’est aussi de justifier ces changements par la nécessité de lutter contre la corruption. Veulent-ils dire que les 2998 magistrats qu’ils ont fait bouger sont des corrompus ? C’est une accusation très grave, qu’il est de notre devoir de rejeter.» La colère des magistrats est perceptible. Ils sont tous convaincus de la «nécessité» d’une mobilisation pour «obliger l’Exécutif à revoir la copie du mouvement».

Pour la première fois, parquetiers et juges sont ensemble sur le même front. Ils attendent avec impatience les résultats de la réunion entre le bureau du syndicat et les élus par leurs pairs qui siègent au sein du CSM. Tous ici savent que ces derniers n’ont fait qu’endosser les décisions du ministre de la Justice, président de cette instance.

Il est déjà 13h. Les magistrats occupent toujours les lieux. Ils n’ont pas encore rejoint leurs bureaux ou les salles d’audience. «Il n’est pas question de reprendre nos activités sans décision du bureau du syndicat.» Mais déjà, en fin de journée, le communiqué du CSM a suscité la satisfaction des magistrats. Les dix membres élus ont exprimé leur solidarité avec le syndicat et demandé le gel du mouvement. Une demande qui s’apparente à un coup d’épée dans l’eau, étant donné que le pouvoir d’exécution relève du ministère de la Justice. Jusqu’en fin de journée, aucun signe de dégel de la situation n’était perceptible. Il est donc fort probable que la paralysie de l’appareil judiciaire se poursuive aujourd’hui.



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!