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vendredi, 19 avril, 2019
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 La vie des hommes est cyclique, rythmée par des repères dans le temps. Ces repères ponctuent les activités humaines, alternées qu’elles sont, par des moments de repos et d’autres d’intense labeur.

Pourquoi sommes-nous arriérés ? (**)

20 juin 2015 à 10 h 00 min

Il en est de même de la pratique rituelle dans les traditions religieuses. Les rites ont aussi un lien avec l’écoulement du temps et s’y inscrivent. Aussi la lunaison Ramadhan pour les musulmans est-elle un temps particulier, attendu avec ferveur et joie par les uns, appréhendé par les autres.

Mais, il n’en demeure pas moins que c’est un temps déterminé avec des spécificités propres. J’essayerai, pour ma part, de le mettre à profit afin d’introduire quelques réflexions soumises à la sagacité des lecteurs d’El Watan reproduisant une expérience heureuse – pour moi.

Et je sais gré à la rédaction du journal d’ouvrir ses colonnes à la rencontre des idées, à la circulation des concepts, à la confrontation des points de vue et au partage des représentations du monde. Il s’agit de contribuer aux débats existants et d’en susciter d’autres avec, à la fois, l’humilité requise de ne pas se croire seul dépositaire de la vérité absolue et la liberté de pensée revendiquée comme telle et assumée. Puissions-nous émerger des basses eaux des discussions oiseuses aux conclusions péremptoires dictées par le seul argument d’autorité.

En effet, nous avons besoin de renouer avec l’éthique du débat et de l’échange – à la manière d’un Chafiî, le maître éponyme de la troisième école juridique (767-820). Il nous a bien enseigné, dès la première décade du IXe siècle, que lors des controverses : «Mon avis est juste, mais il peut être entaché d’erreur et l’avis de mon contradicteur est – par construction – faux, mais il peut receler sa part de vérité.»

Interrogeons-nous : où en sommes-nous, aujourd’hui, de cette attitude d’ouverture et de respect à l’égard des idées d’autrui, fussent-elles dérangeantes ?

Il se trouve que dans bon nombre de contrées islamiques actuellement, une bonne partie des croyants musulmans va vivre quasiment au ralenti avec une confusion du jeûne diurne et de la torpeur dans une interversion du jour et de la nuit. Certains membres de l’oumma s’acquittent, certes, de leur devoir religieux dans l’élévation de l’âme et l’accomplissent avec abnégation. Ils comprennent le sens du jeûne dans ses dimensions personnelle, sociale et spirituelle et se réjouissent de l’avènement du mois de Ramadhan.

D’autres subissent la pression de la communauté et avec peu de conviction endurent toute cette période. Ils fulminent à la moindre contrariété et, parfois sans être eux-mêmes directement contrariés, ils vitupèrent contre tout. Inutile de nous appesantir sur tous les manquements à l’éthique et à l’entraide, requises de chaque croyant tout le temps, a fortiori, lors du temps sacré du jeûne.

Ce qui prime pour nous – d’abord musulmans – est de comprendre pourquoi sommes-nous arrivés à cette situation d’indigence intellectuelle et de déshérence culturelle.

Pourtant nous nous gargarisons toujours de belles paroles et nous croyons, verset coranique à l’appui, que nous sommes la meilleure communauté suscitée aux hommes (à condition que et parce que) nous ordonnons le bien et proscrivons le mal. Sauf que nous sommes – sans autoflagellation aucune – dans l’ornière.

Et nous nous y vautrons, tant qu’il n’y aura pas d’éveil des consciences. Pourquoi sommes-nous arriérés ? C’est la même question qui nous taraude depuis bientôt deux cents ans ; depuis le livre composé par Rifaat Rafa Tahtaoui (1801- 1873). Une esquisse d’ébauche de réponse aura lieu dans les épisodes à venir.
 

 

*Docteur en sciences et physicien, Ghaleb Bencheikh, fils du cheikh Abbas Bencheikh El Hocine, ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris et frère de Soheib Bencheikh, ancien mufti de Marseille, est également de formation philosophique et théologique. Il anime l’émission «Islam» dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin. Il préside la Conférence mondiale des religions pour la paix.

(**) le titre est de la rédaction 

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