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mercredi, 20 mars, 2019
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Pourquoi le pouvoir a peur de la force estudiantine

15 mars 2019 à 9 h 15 min

Les nouvelles dates des vacances universitaires de printemps fixées par le ministre Hadjar du dimanche 10 mars au 4 avril 2019, rendues publiques samedi dernier, ont sonné fort dans les oreilles des étudiants. Du jour au lendemain, les étudiants des résidences universitaires, sauf ceux munis d’une autorisation spéciale, ont tous été contraints d’«évacuer» leur chambre dans les plus brefs délais.

Les autres étudiants se sont ralliés à eux afin de dénoncer cette décision illégitime, voire illégale. «Ils ont peur de nous, c’est pour leur éviter les problèmes, mais avant tout pour nous contrôler que la décision de vacances anticipées a été prise», précise Iris, étudiante en première année en biologie à l’université de Blida. «On a voulu nous liquider, car on a touché un point faible. Si les étudiants se soulèvent, toute la société se soulèvera. Nous ne sommes pas près d’abandonner.

On veut changer le système pour avoir une vraie démocratie et des droits pour toutes les étudiantes et tous les étudiants», déclare Hiba Botta, étudiante en biologie. Quelles sont les raisons de cette nouvelle disposition qui a été prise précipitamment ?

Serait-ce ce mouvement estudiantin qui fait trembler le pouvoir ? Brandissant des banderoles avec des slogans : «Les étudiants refusent la prolongations du 4e mandat», «Non à la prolongation», «Contre le système en place», ou encore «Bouteflika dégage !», les étudiants refusent de baisser les bras ; ils réclament leurs droits. «Nous continuerons à manifester tous les mardis jusqu’à ce qu’on nous écoute», atteste Yazid, étudiant en master I à la faculté de droit de Saïd Hamdine.

Mardi, c’est la journée que les étudiants ont choisie pour réitérer leurs revendications. El Watan Week-end est allé à la rencontre de quelques-uns d’entre eux afin de nous éclairer sur la situation. Retour sur une décision qui a tenté de diviser, mais surtout de désemparer les étudiants.

Meriem. L3 en construction mécanique  : L’Algérie est libre et indépendante

La raison pour laquelle le gouvernement algérien, notamment Hadjar, a pris la décision de précipiter les vacances universitaires, et ce, contre le gré des étudiants, avait pour but dans un premier temps de disperser la mobilisation étudiante, car ils représentent une forte proportion de la population qui peut faire bouger les lignes. Par ailleurs, avec un peuple de plus en plus conscient des enjeux, cette élite se dressera face au système dans tous les domaines.

Les tenants du pouvoir savent que les étudiants représentent un réel danger pour le système actuel. Pourtant, l’article de l’arrêté ministériel n°42 du 25 juin 1998 stipule que l’hébergement universitaire est un droit durant l’année scolaire, y compris pendant toutes les vacances. La situation dans les cités est toujours la même : injustice et étudiants livrés à eux-mêmes. Les étudiants de l’université de Saâd Dahlab ont structuré l’université en choisissant un représentant pour chaque discipline afin de maintenir l’ordre. Les étudiants sont pacifiques, civilisés et conscients de la décision de Bouteflika qui est illégitime.

Nous organisons des rassemblements et des discussions politiques sur la situation actuelle avec les professeurs afin de proposer des solutions, et avant tout réfléchir à un futur plan de sauvetage pour l’Algérie. Les habitants sont sortis dans la rue depuis le 22 février pour renverser et changer le système corrompu. Il ne faut pas suivre les organisations étudiantes ‘’cachiristes’’. L’Algérie est libre et indépendante.

 

Walid Serier Abdellah. Représentant des étudiants de Blida : Changer un pion contre un autre

La plupart des étudiants ont été contraints de libérer la cité universitaire. Cependant, une telle décision n’est pas légitime. Des affiches ont été collées pour indiquer le dernier délai, prévu le lendemain, pour libérer les chambres dès lors de l’annonce de la décision de Hadjar.

Il y a eu un mouvement de panique. Des vacances soudaines et sans raison de presque un mois. Tout cela n’est pas le fait du hasard, ce sont des raisons politiques, car ils savent que les étudiants ont un niveau d’influence très important sur les manifestations et les grèves. Renvoyer les étudiants et arrêter le cous sont un moyen de diminuer la pression. Nous avons prévu de manifester tous les mardis jusqu’à obtentenir gain de cause. Notre but est de rester pacifiques, alors on a décidé de rester pour manifester devant le rectorat de la fac, car si on sort de la franchise, on se retrouvera face à face avec les gendarmes.

Le PV de décision ne sera pas signé par le rectorat jusqu’au 21 mars, date prévue des vacances. Le but de nos manifestations est le changement du système et du gouvernement. On est contre ces vacances imposées et on se rend à l’université pour faire grève, pas pour étudier, mais pour stopper la décision. Ils changent un pion par un autre du même système. Bouteflika s’est permis, sans l’avis du peuple, de décaler les élections et de rester pour constituer un nouveau gouvernement. De plus, on sensibilise les étudiants pour les informer de leurs droits et devoirs et de la situation actuelle.

 

Asma. L3 en physique, résidente à la cité universitaire Saâd Dahlab : Les étudiants sont les futurs dirigeants

Ces vacances ont été décidées pour nous stopper, il est évident que l’on ne va pas s’arrêter et qu’on ne partira pas chez nous. Pour ma part, j’étais déjà partie de la cité, mais dès que j’ai entendu parler de cette décision, je suis revenue, c’était pour moi comme un «challenge». Nous ne sommes pas des jouets, il y a des gens qui habitent loin, ce n’est pas facile de partir du jour au lendemain. La cité a fermé ses portes officiellement hier jeudi, mais est ouverte exceptionnellement pour les étrangers et pour ceux qui ont un stage avec une demande officielle.

Les étudiants ont plus d’impact par rapport au reste de la population, car ils représentent la future génération, les futurs dirigeants du pays. Cette décision a été prise pour nous diviser et nous affaiblir. A l’annonce de l’abandon du 5e mandat de Bouteflika, une partie de la population était contente, alors que l’autre pense que Bouteflika n’est pas le problème. Où est-il  ? Que fait-il  ? Nous ne savons pas.

Ce n’est plus lui le problème, mais ce sont les gens autour de lui et le système. Dans les réseaux sociaux, certains sont contents et d’autres affirment que c’est un piège, une ruse du gouvernement pour placer le bon candidat du même système. Nous ne voulons plus d’une décision imposée, mais d’un scrutin démocratique. Nous voulons choisir notre président et nos dirigeants.

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